Chamfort. Œuvres, Paris. Lecou, 1852, p
lorsque mon père mangeait en ville, elle dînait ou soùpait avec du pain et se faisait un grand plaisir de penser qu'elle doublerait le lendemain son petit ordinaire pour lui. » Ceux qui la fréquentèrent, et Diderot tout le premier, louent sa bonté. Grimm l'appelle un peu dédaigneusement une « bonne femme. » Elle fait « avec le plus grand plaisir » les commissions de Falconet; elle recommande à celui-ci de pauvres gens, avec quelle insistance, c'est Diderot qui nous l'apprend : « Quoiqu'il en soit, me voilà quitte du spectacle hideux du pauvre Simon... et des sollicitations continues de la bonne Mme Diderot, qui fait aller les choses comme son cœur et sa tête et qui croit aussi ferme en votre bienfaisance qu'en celle de Dieu. »
Qu'on nous permette enfin d'ajouter à ce rapide portrait qu'elle avait justement la qualité qui manquait le plus à Diderot : « elle a le tact juste, » écrit Grimm (1) et Diderot, dans une lettre inédite à M. de Malesherbes, dit qu'elle « ne manque ni de sens ni de goût (2). »
A vrai dire, elle paraît n'avoir pas été d'humeur très accommodante, si l'on en croit le témoignage, un peu sujet à caution, peut-être, de la bonne d'une de ses amies, une certaine Marguerite Barré, qui s'était plainte au commissaire du Ghâtelet d'avoir été maltraitée par elle à la suite d^une dispute : « la femme Diderot lui aurait porté plusieurs coups de poing, l'aurait prise aux cheveux et lui aurait .