CHAPITRE PREMIER
Denis Diderot naquit à Langres en octobre 1713. Le peu que nous savons de sa famille et de sa jeulesse, nous le devons aux Mémoires^ trop courts, de 5a fille, Mme Vandeul, et à des révélations inatteniues de Diderot lui-même qui ne peut se tenir de lous parler de lui et des siens à tout propos et hors le propos. C'est ainsi que dans un article purement grammatical de V Encyclopédie (au mot subvenir)^ lous apprenons que sa grand'mère avait eu vingtleux enfants (!) ; il lui en restait dix-neuf vivants lutour de sa table : « Elle réussit, je ne sais cornnent, dit notre auteur, à subvenir à tous leurs >esoins avec le peu de fortune qu'elle avait. » Linsi, un sang généreux et une grande activité, oilà ce que nous retrouverons chez le petit-fils : le aillant auteur de V Encyclopédie et l'amant quin-
quagénaire de Sophie Volland ne démentira point ce qu'il a appelé ailleurs, parlant toujours de sa famille, « une bonne race (1). »
Son père, maître coutelier à Langres, était renommé dans son pays pour sa probité rigoureuse, et Diderot aimait à rappeler le propos bourru d'un de ses compatriotes qu'il rencontra quelques années après la mort de son père : « Il m'arrêta par le bras, comme je traversais une rue de Langres et me dit : M. Diderot, vous êtes bon, mais si vous croyez que vous vaudrez jamais votre père, vous vous trompez (2). »
Diderot, qui n'a de secret pour personne, même quand il s'agit de sa famille, ne nous a rien appris sur sa mère. En revanche, il parle très souvent de son père et toujours en fils reconnaissant. Il aime à se le représenter, tantôt « à son établi, dans ses habits d'ouvrier, la tête nue », tantôt au coin du feu, « dans son fauteuil à bras, avec son maintien tranquille et serein », devisant avec ses deux fils et sa fille : « Avant que je commence (lui fait-il dire à sa fille) , sœurette, relève mon oreiller qui est descendu trop bas, et toi, Denis, ferme les pans de ma robe de chambre, carie feu me brûle les jambes... Vous avez tous connu le curé de Thivet?... » Et il entame une de ces histoires morales, un de ces" difficiles cas de conscience qu'aimera tant, après lui, à discuter le philosophe Denis. Quand on a pénétré (grâce à ^Entretien d'un père avec ses