‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 37 sur 76 · Rulhière, IV · texte numérisé non relu

Rulhière, IV

qui séjournaient plus ou moins longtemps à Paris. Parmi ces derniers, nous citerons l'ambassadeur russe, prince de Galitzin; il cultivait la société des gens de lettres et devait éditer, à la Haye, où lé rejoindra bientôt Diderot, l'œuvre posthume d'Helvétius : « De Thomme. » Diderot paraît avoir entrepris de faire son éducation artistique dans de longs « entretiens nocturnes » ; il s'était lié d'amitié avec lui et pleura à chaudes larmes quand GaUtzin dut en 1768 quitter Paris pour la Haye.

Deux ans plus tard, Diderot eut l'honneur d'en-^ tretenir plusieurs fois, tête-à-téte, une jeune princesse russe, la princesse Dashkof, qui avait été l'amie intime de Catherine et sa principale alliée dans le complot qui avait mis celle-ci sur le trône. Mme Geoffrin et Mme Necker auraient bien voulu l'avoir à leurs soupers pour la faire parler sur cette mystérieuse révolution qu'elle connaissait mieux que personne : mais Diderot la confina prudemment chez elle. « Je crus qu'elle avait plus à perdre qu'à gagner au jugement de ces deux femmes et de ceux qui les auraient environnées, tous gens qui auraient exigé d'elle qu'elle parlât en chef de conspiration. » Diderot fut moins exigeant : il écouta simplement, et crut ou se donna l'air de croire les récits ingénus que lui fit la princesse, et desquels il résultait que le hasard seul avait présidé à tant d'événements extraordinaires ; tout, en définitive, était arrivé « à l'insu » de Catherine et de ses amis ; et Diderot en concluait que l'histoire de Rulhière n'était qu'un « tissu romanesque ». Les historiens de profession semblent en avoir jugé

autrement (1). Diderot est plus dans le vrai quand il fait sur la princesse la remarque suivante : « elle sent ce que l'état actuel de son pays comporte ou ne comporte pas. » Justement la princesse DashkofV dans la partie de ses Mémoires, où elle parle de ses entretiens avec le philosophe, va nous donner un amusant commentaire de ces derniers mots de Diderot.

Diderot soutenait, un soir, qu'il fallait affranchir les esclaves russes ; la princesse lui montra les dangers de cette émancipation pour les paysans euxmêmes : « Je me représente, dit- elle, un aveuglené placé sur un rocher, au milieu des précipices les plus effrayants, mais qu'il ignore ; tout-à-coup un oculiste lui rend la vue : il connaît ses dangers, sou malheur..., je le vois tomber victime du désespoir à la fleur de son âge. Diderot, continue la princesse, s'élança de son siège comme par un mouvement mécanique, tant il était frappé à l'improviste par cette petite esquisse de mes sentiments. Il se mit à faire de rapides enjambées à travers la chambre; puis soudain, s'arrêtant brusquement et crachant avec une sorte de rage sur le parquet, sans se donner le temps de reprendre haleine : « Quelle femme vous êtes ! s'écria-t-il ; en un moment vous avez

1. « Cet opuscule deRulhière, qui fut, en quelque sorte, témoin de cette révolution, qui put s'entretenir avec la plupart des auteurs du coup d'P^tat, qui plus tard, rentré à l^aris, eut tous les papiers des affaires étrangères à sa disposition, conserve aujourd'hui une valeur considérable. On peut le considérer comme une source historique, presqu*au même titre que les mémoires contemporains» (A. Rambaud. R, des Detix-Mondes, 15janv. 1877, p. 292;.

renversé toutes les idées que je caressais depuis vingt ans. » Ce trait caractérise parfaitement un homme que j'admirais même dans les débordements de sa nature enthousiaste » (1). Il peint bien, en effet, notre philosophe : d'une part, théâtral et rustique à la fois, et, d'autre part, capable de passer, j'allais dire (qu'on se rappelle son sursaut) capable de bondir d'une idée qui lui était chère, à une idée diamétralement opposée avec une stupéfiante rapidité. Il est vrai que notre homme (il était plus fin qu'on ne croit) explique sa volte-face imprévue par « l'enthousiasme » qui l'a soulevé de . son siège ot qui, après l'avoir agité et promené à travers la chambre, a soudainement fait tomber le voile qui lui cachait la vérité ; et, comme illuminé tout d'un coup, il a abandonné « en un moment, les idées qu'il caressait depuis vingt ans. » Bien qu'arrangée peut-être un peu par la princesse Dashkoff, la scène n'en est pas moins très vraisemblable en son fond et très significative : Diderot savait s'enthousiasmer à propos. Le jugement que porte de lui la princesse Dashlcoff' n'est pas, croyons nous, absolument juste : « Si un excès d'ardeur le jeta parfois dans quelque erreur, du moins il était sincère, car il fut toujours sa plus grande dupe. » Nous croyons, nous, que dans les emportements de son imagination, Diderot était plus maître de lui qu'il ne s'en donnait l'air. « La princesse, nous apprend Diderot, eut la bonté de me dire que j'étais un des

1. Mémoires de la princesse Dashkoff, publiés par W. Bradfort, trad. de ranglais par Alfred des Essarts. Paris, Franck^ 1859, 1, 225.

hommes les plus agréables à entendre qu'elle eût rencontrés et que, sage ou fou, elle avait remar-^ que que j'étais toujours conséquent. » Cette « folie » et ces « excès d'ardeur », Diderot ne s^y abandonnait que comme certains méridionaux avisés cèdent à leur verve : ils savent très bien qu'ils y cèdent et nMgnorent nullement, comme ils en ont Pair, jusqu'où leur verve les mènera ; ils sont si peu « leur plus grande dupe », qu'ils font tout leur possible pour le paraître aux autres : c'est un peu le cas de Diderot.

Il raconte, dans un de ses Salons, qu'un jour Greuze, ayant fait un tableau d'histoire pour se faire recevoir à l'Académie, reçut du directeur la réponse suivante : « Monsieur, l'Académie vous a reçu, mais c'est comme peintre de genre; elle a eu égard à vos anciennes productions qui sont excellentes et elle a fermé les yeux sur celle-ci, qui n'est digne ni d'elle ni de vous ». Greuze s'amusa comme un enfant à soutenir l'excellence de son tableau... Qu'aurait fait un autre, me direz- vous? Un autre, moi par exemple, aurait tiré son couteau -de sa poche et aurait mis le tableau en pièces ; ensuite, il aurait passé la bordure autour de son cou et, l'emportant avec lui, il aurait dit à TAcadémie qu'il ne voulait être ni peintre de genre, ni peintre d'histoire : il serait rentré chez lui pour y encadrer les tètes merveilleuses de Papinien et du sénateur qitil aurait épargnées au milieu de la -désolation du reste, il aurait laissé l'Académie confondue et déshonorée. Oui, déshonorée, car le tableau de Greuze, avant que d'être présenté, pas—

sait pour un chef-d'œuvre (il était manqué, do l'aveu même de Diderot) et les débris qu'il en aurait conservés auraient perpétué ce préjugé à jamais; ces débris superbes auraient fait présumer la beauté du reste et le premier amateur les aurait acquis au poids de l'or ». Voilà donc ce que Diderot aurait fait à la place de Greuze : dans un beau mouvement d'indignation il aurait crevé sa toile, en épargnant les bons morceaux qui auraient sauvé sa réputation et rempli sa bourse. Il avait ainsi des emportements fort avisés.

Cependant toutes les preuves de dévouement que Diderot avait données à l'impératrice n'étaient, en somme, que des remerciements indirects : n'irait-il donc jamais remercier en personne sa bienfaitrice? On comptait sur sa visite à Pétersbourg et il le savait bien : seulement il ne partait pas. Au mois de juillet 1767, dans une lettre à Falconet, il avait fait « le serment solennel d'aller se jeter aux pieds de sa grande bienfaitrice ». Mais en avril 1773, c'est-à-dire six ans après, il était encore à Paris. D'où venait son peu d'empressement à quitter, ne fût-ce que pour quelque temps, cette ingrate patrie dont il avait, disait-il, tant sujet de se plaindre? « On m'a laissé promener chez ma nation le reproche de son oubli ». OubUé, personne ne l'était moins que lui à Paris, en 1767, mais il aurait bien voulu l'être à Saint-Pétersbourg, maintenant que sa pension lui était assurée pour le reste de sa vie. Et il imagine toute sorte de prétextes pour reculer le moment du départ. Sa femme est infirme, écrit-il, et même « sexagénaire », et voilà sa fille qui va

bientôt être « nubile ». Il est donc trop tôt pour se séparer de celle-ci et trop tard pour quitter cellelà. Puis, pris tout-à-coup d'un accès de franchise, il avoue, à sa honte, que « ces deux motifs sont peut-être ceux qui l'arrêtent le moins ». Il ouvre son âme à son ami Falconet : « Oh! si je pouvais être aussi pauvre amant que je suis pauvre père et pauvre époux ! » Malheureusement il aime, et, naturellement, comme personne : « un amant tel que je le suis est un être bien rare ». S'il reste, c'est donc surtout pour ne pas affliger Sophie. Sachons-lui gré, à défaut de mieux, de cette profonde et constante affection. Et enfin, il y a bien autre chose encore qui le retient à Paris, c'est Paris même : « Je suis aimé, estimé de tous les savants de ce pays, de tous les artistes ». Sans doute, il est toujours persécuté; mais ses persécuteurs, étant anonymes, pourraient bien être, de plus, imaginaires : « Ces gens-là — et, quand je vous dis ces gens-là, je veux mourir si je sais bien précisément de qui je vous parle — ont joué le jeu de m'envoyer au Fort l'Evêque » (XVIII, 313). En attendant, il vit tranquille dans sa rue de Tarane, entouré d'admirateurs et d'amis, aimé de sa maîtresse, écouté et fêté dans les meilleurs salons, si bien qu'il peut parler, sans fatuité, de « la multitude de distractions infinies qui viennent l'assaillir au sortir de son lit ». Ainsi le Paris du xviii® siècle avait du bon, même pour ces malheureux philosophes, et on comprend que Diderot n'eût point hâte de le quitter (lui qui avait les voyages en horreur), pour aller au bout du monde, tout au

moins du monde civilisé. Mais que dirait-on, à Pétersbourg, s'il envoyait, à sa place, une œuvre de lui, un chef-d'œuvre s'entend? et le voilà qui développe le plan d'un Dictionnaire de la langue, bien différent de tous les dictionnaires antérieurs, car celui qu'il veut édifier à la gloire de Catherine et grâce auquel il compte « donner une croquignole aux quarante jetonniers », sera le dictionnaire d'un philosophe ; il « rectifiera » l'usage et, construit d'après l'adage sacré : « rien n'entre dans l'entendement que par les sensations », il biffera tous les mots qui ne se résoudront pas, en dernière analyse, à quelqu'image sensible. Voilà « l'idiome épuré » que doivent parler des hommes; on n'a eu jusqu'ici que « l'idiome de l'ignorance et du mensonge » ; aussi ceux qui l'ont parlé n'étaient-ils « qu'une longue suite d'enfants ». Diderot prendrait à la lettre les mots célèbres de Buffon : ce n'est que dans les siècles éclairés (c'est-à-dire philosophiques), que l'on a bien écrit et bien parlé. Pour bien parler, en effet, ne faut-il pas commencer par bien penser et qui ne sait qu'on n'osa jamais penser dans ce que YEncyclopèdie appellera « les siècles pusillanimes du goût? » Ainsi les vieux mots despote, âme, mais surtout religion et prêtre auront enfin le sens qu'ils méritent et rien n'entravera plus l'essor de la science russe, puisque cette science sera une langue bien faite. Que si l'on veut savoir comment le parisien Diderot apprendra à parler aux Russes, rien n'est plus simple : à mesure qu'il exécutera en français, d'autres traduiront en russe; et, quand il aura fini, il

liO DIDEROT ET CATHERINE II

ira à Pétersbourg conférer en latin avec ses Septante moscovites. C'est ainsi que, par le moyen du français, du latin et du russe combinés, on composera un dictionnaire vraiment clair et précis, grâce auquel les philosophes réussiront cette fois à élever la Tour de Babel triomphante qui doit menacer les cieux.

Ce projet de Diderot, avons-nous besoin de le remarquer, est absolument saugrenu : un dictionnaire de la langue, c'est ^inventaire de tout le passé, scientifique et littéraire d'une nation, et le dictionnaire de Diderot aurait été un dictionnaire de ?avenir et encore de l'avenir incertain d'une partie de la nation qui était les philosophes. Il est vrai que, dans la pensée de Diderot, c'est l'humanité toute entière qui aurait été amenée à se servir de son dictionnaire. Diderot qui, comme on sait, a devancé tout le monde, devance ici les procédés des conquérants modernes : il veut conquérir les peuples à la philosophie en leur faisant parler la langue de V Encyclopédie y car ^impératrice et les autres monarques d'Europe auraient imposé cette langue à leurs sujets, et ainsi Diderot qui n'a pas, nous le montrerons un jour, compris la liberté de penser, est bien près de proscrire la liberté de la parole.

Mais peut-être prenons-nous le projet de Diderot plus au sérieux qu'il ne le prenait lui-même; car, vraisemblablement ce n'était qu'une échappatoire, et par trop mal imaginée, pour retarder son voyage : car s'il eût attendu, pour aller à Pétersbourg, la fin de son dictionnaire, il ne risquait pas, ce qui devait lui arriver, de se refroidir en route. Il a

donc beau s'enthousiasmer pour son projet, nous, avons appris à nous défier des enthousiasmes de Diderot; Catherine, dans tous les cas, ne se laissa pas convaincre et Diderot dut reconnaître avec amertume que ce n'était pas son dictionnaire, mais sa personne qu'on voulait à Saint-Pétersbourg. Il fallut donc quitter ce Paris qui Pavait si maltraité (1) et lui, le plus casanier des philosophes, qui comparait un voyageur à un homme qui prendrait plaisir à aller de la cave au grenier, et du grenier à la cave (II, 206), il dut entreprendre un voyage de huit cents lieues, dans un pays dont il ignorait la langue, avec des moyens de transport peu commodes, par des chemins affreux. Ses amis, qui le savaient si peu pratique, se demandaient avec inquiétude s'il arriverait vivant à Pétersbourg. Ajoutons qu'il était malade, car nous voyons qu'en 1768 il est au régime du lait. On finit par le plaindre et par en vouloir à cette exigeante impératrice qui ne se contente pas d'être chantée et d'être appelée dwincy mais à qui il faut encore arracher un philosophe, presqu'un vieillard, à ses occupations, à ses amis et à son pays, car elle savait très bien toute la répugnance de Diderot à se mettre en route.

Peu s'en fallut que Diderot ne fût sauvé par ses prétendus persécuteurs : il fut question, à la cour, d'empêcher son départ pour la Russie, ce qui aurait permis à Diderot à la fois de ne pas partir, d'en

1. « Il n'y a pas de lieu au monde, dit-il lui-même, où le génie obtienne plus promptement et plus pleinement qu'ici (à Paris) le tribut de la considération. Le ministère écrase (?) mais la nation porte aux nues » (X, 250).

paraître désolé et de crier une fois de plus à la per-r sécution. Voici la version qui courut à ce propos :' « Le roi était à souper chez la Dubarry lorsqu'on lui parla du prochain voyage de Diderot à Pétersbourg : « Que va-t-il faire là-bas ? dit-il. Je ne le croyais pas assez riche pour entreprendre un pareil voyage. Il n'y va pas de ses deniers, répondit le^ prince de Soubise, c'est Sa Majesté l'Impératrice qui paie les frais. » Louis XV mécontent répliqua : « Que veut donc de lui Sa Majesté l'Impératrice ? Vous ne m'aviez point parlé de cela, M. d'Aiguillon. — Sire, répondit celui-ci, je n'ai rien vu de diplomatique dans ce voyage. » Le roi continua : « Diderot est l'ambassadeur de la clique des philosophes <{ui va réjouir l'étranger à mes dépens ; il n'a jamais mis le pied au château et il racontera cent horreurs de ma vie privée ; il dira du mal de moi lorsqu'il verra qu'on a du plaisir à en entendre dire... en vérité, on est bien malheureux d'être roi. » Le duc de Duras pencha pour empêcher Diderot d'aller en Russie. Lavrillière était prêt à expédier une lettre (le cachet pour faire rester Diderot. Louis XV dit : « Gardez-vous-en-bien, vous me brouilleriez à mort avec l'impératrice; elle désire Diderot, je ne dois' pas m'opposer à ce qu'il parte, on aurait beau jeu autrement, tous les honneurs seraient pour la Sérairamis du Nord, comme ils disent, et tous les pamphlets pour moi. En vérité, ces souverains étrangers me témoignent bien peu d'égards. Est-ce que je débauche les beaux esprits de leurs États ? pourquoi m'enlévent-ils les miens? on a toujours eu la rage de prendre en France nos objets de mode et nos

.^ens de lettres ; passe pour les premiers, mais les seconds !... Certes, tant que je vivrai, ce Diderot n'entrera pas à l'Académie ; je n'y veux plus de philosophes, d'athées ; il y en a assez comme cela! » (1)

Ce récit nous parait assez vraisemblable, si on le rapproche de ce que Grimm, en 1774, écrivait, de Saint-Pétersbourg, au comte de Nesselrode : « Celui qui a dit qu'on s'est opposé en France au voyage de Denis n'a pas menti, mais il a dit là une chose qui n'est pas. M. le duc d'Aiguillon, depuis qu'il est ministre, s'est toujours piqué de s'intéresser à Denis et, à son départ, il lui a dit que, non-seulement il consentait à ce voyage, mais qu'il l'approuvait très fort » (2).

Diderot part enfin le 21 mai 1773, mais il n'est pas pressé d'arriver et fait un assez long séjour à la Haye, où l'on mange de si bons turbots, où les femmes sont charmantes « avec leurs grands chapeaux de paille et leurs yeux baissés » et où il retrouve enfin sont cher Galitzin. « 11 y est si bien... {u'il est fort possible qu'il ne revienne jamais à *aris et qu'il oublie qu'il était en chemin pour aller -Xi Russie (3). » Il se décide enfin à repartir le 17 jLOût SOUS la conduite du chambellan de l'Impératrice, M. de Nariskin qui « l'a pris à côté de lui

1. Bibliolh. municipale de La Rochelle, Recueil anonyme (et manuscrit) de notes et dissertations. '2 voL. t. I, fol. 5.

2. Collection de la Société impériale pour l'histoire de Russie Saint-Pétersbourg, 1881, in-8, t. i7, p. 285. Et de mémo les paroles qu'on prête au roi concordent bien avec ce qu'il dit un jour à propos de la pension que Frédéric faisait à d'Alembert.

3. Lettres de Mlle de Lesplnasse, 2ïjuin 1773 (Paris, Ménard 1815).

dans une bonne voiture et le fait voyager commodément, à petites journées. » Grimm, qui est déjà à Pétersbourg, à la suite de la princesse d'Armstadt dont une des filles va épouser le grand-duc, et qui compte que Diderot passera par Berlin, comme il semble bien l'avoir promis, recommande paternellement l'étourdi voyageur au comte de Nesselrode : « M. de Nariskin est allé chercher Denis à la Haye et ils sont actuellement en route. Je recommande Denis à votre charité. Faites-vous le livrer garottè de la poste. Ne le gardez pas longtemps, car la saison avance. Faites-lui faire ce qu'il faut et rien que ce qu'il faut (1) : » c^est-à-dire veillez à ce qu'il fasse sa cour comme il faut au roi de Prusse. Mais Denis oublia de passer par Berlin, comme il l'oubliera au retour, nous dirons alors pourquoi et quelques jours après nous le trouvons malade à Duisbourg. Catherine s'en alarme et Grimm s'afflige et s'impatiente de tous ces retards : « Quelle que soit la maladie de Denis, écrit-il à Nesselrode, je doute fort qu^il vienne ici. Le cruel homme, il laisse passer la belle saison, il traite le voyage de Saint- Pétersbourg comme une course de la rue Taranne î\ la rue Sainte-Anne (où demeurait Grimm). Il avait écrit de Paris qu^il ferait le voyage de Pétersbourg d'une traite, excepté huit jours qu'il donnerait à Berlin et à Potsdam. Enfin, quand je pense à tous les sujets de crainte qu'il m'a donnés depuis i^uelque temps, je ne désespère pas d'apprendre qu'il est venu chercher une tombe à Duisbourg (2). >

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