‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 41 sur 76 · p. de Ligne. Œuvres, édit. A. Lacroix, 1860. III · texte numérisé non relu

p. de Ligne. Œuvres, édit. A. Lacroix, 1860. III

curiosité que de profit. Si je l'avais cru, tout aurait été bouleversé dans mon empire, législation, administration, politique, finances, j'aurais tout renverse pour y substituer d'impraticables théories.

« Cependant, comme je l'écoutais plus que je no parlais, un témoin qui serait survenu nous aurait pris tous deux, lui pour un sévère pédagogue, et moi pour son humble écoHère. Probablement il le crut lui-même ; car, au bout de quelque temps, voyant qu^il ne s'opérait dans mon gouvernement aucune des grandes innovations qu'il m'avait conseillées, il m'en montra sa surprise avec une sorte de fierté mécontente. Alors, lui parlant franchement, je lui dis : « Monsieur Diderot, j'ai entendu « avec le plus grand plaisir tout ce que votre bril— « lant esprit vous a inspiré ; mais avec tous vos^ « grands principes que je comprends très bien, ou « ferait de beaux livres et de mauvaise besogne. « Vous oubliez, dans tous vos plans de réforme, la « diiSférence de nos deux positions : vous, vous ne « travaillez que sur le papier, qui souff*re tout ; il « est tout uni, souple, et n'oppose d'obstacles ni à « votre imagination ni à votre plume ; tandis que « moi, pauvre impératrice, je travaille sur la peau « humaine, qui est bien autrement irritable et cha— « touilleuse.

« Je suis persuadée que dés lors il me prit en pitié, me regardant comme un esprit étroit et vulgaire. Dès ce moment il ne me parla plus que de littérature et la politique disparut de nos entretiens. » (1)

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