BjœrnstahVs Brief*, Ros ock. 1781, t. III
sophe se fit écouter même sur les affaires d'Etat . C'était le temps où Catherine, satisfaite d'avoir, en démembrant la Suéde et en dépouillant la Turquie, ces deux amies de la France, joué le « roi des Welches » et désireuse de jouir en paix de ses conquêtes, semblait pouvoir travailler avec nous au maintien de l'équilibre européen et devenir, ce que la France n'avait jamais cessé d'être, une puissance conservatrice (1). Notre ministre plénipotentiaire à Pétersbourg, M. Durand (1772-1775), eut mission de « détruire les préjugés personnels qui paraissaient avoir occasionné l'éloignement des deux cours ». M. Durand avait un intermédiaire tout indiqué entre Catherine et lui : il chargea Diderot de plaider auprès de Catherine la cause de son pays, et Diderot le fit, sans hésiter, avec une insistance et une chaleur d'âme vraiment patriotiques. « Il m'a dit, écrivait M. Durand au duc d'Aiguillon (31 déc. 1773) et j'ai des raisons de croire qu'il n'est pas faux, qu'il a peint le danger de l'alliance de la Russie avec le roi de Prusse et l'utilité de la nôtre » (2). Nous avons la preuve que Diderot avait fait comme il Tavait dit : « Nous portons la plus belle haine au roi de Prusse; sur ce point la cour et les philosophes sont d'accord... Celui qui fera son éloge en France passera toujours pour un mauvais Français y> (3). En parlant ainsi, Diderot
1. Rambaud : « Recueil des instructions données aux ambaS' sadeurs et minisires de France» Introduction ». Paris, Alcan,