‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 46 sur 76 · ET PAR SES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

ET PAR SES CONTEMPORAINS

Mort de Diderot.

A son retour de Russie, Diderot connut la vérité de ce qu'il avait écrit jadis : « on n'est nulle part mieux que chez soi, » surtout, ajouterons-nous, quand on revient de si loin et que, de plus, on est assuré du lendemain: en effet, si, aux 89.000 livres que lui valut, on l'a vu, l'amitié do Catherine, on joint les 30.000 livres au bas mot que lui avait r^.]^j^OTièesVEncyclopédieSi\i dire de Grimm(l) et les 1.000 livres de pension qu'il s'était fait octroyer par le prince de Conti (2), et si l'on réfléchit enfin, que « pour maintenir les conditions d'existence qu'on remphssait avant 1789 avec un revenu de 5.000 livres il en faut aujourd'hui (écrit en 1811) 10.000 et plus (3), » on voit que, tout compte fait, Diderot jouissait d'une très honnête aisance. 11 en profita,

1. Note de Grimm dans le Journal de PariSy du 9 octobre 1784.

2. DuteDS : Mém . d'un voyageur qui sa repose, Paris, Bossange, 1806, II, 85.

3. Mém. présentés à l'Acad. des Inscript, et BeUes-Lettres, t. I, Leber : t Mèm. sur V appréciation de la fortune privée, » Suivant une conversation prêtée à Diderot, il aurait gagné 200.000 livres avec les libraires, XX, 136 et lettre à Sartine, juin,

semble-t-il, pour vivre assez « solitaire », occupé d'algèbre et d'inventions mécaniques, telles qu'une imprimerie portative et un bureau chiffratoire, « dont les résultats devaient être prodigieux. > Toujours laborieux, du reste, il s^attelait « quatorze heures durant, » à son Essai sur les règnes de Claude et de Ncron, qu'il ne parvenait pas à finir et qu'il aurait mieux fait de ne pas commencer. Puis, vers cinq heures du soir, il allait se promener au Palais-Royal ou on le trouvait souvent seul, rêvant sur le banc d'Argenson; quand le temps était froid ou pluvieux, il allait au café de la Régence pour causer ou voir jouer aux échecs le fameux Philidor. Voulait-on le mettre en verve, il n'y avait qu'à lui parler de son grand voyage et de sa grande amie : sur ce chapitre, il ne tarissait pas, étant îi Paris, suivant un mot inventé par Voltaire, le « Catharin » par excellence. Et Ton constatait alors, comme le lui disait un jour Mme Necker, que « sa voix ne s'était pas enrouée dans les climats glacés qu'ils avait parcourus, » ni son imagination refroidie quand il s'agissait d'embellir l'objet de son culte. Il aimait, paraît-il, à comparer l'impératrice à une statue antique, ce qui faisait sourire Mme Necker, laquelle lui rappelait malicieusement que les « chefs-d'œuvre de l'antiquité ont toujours été un peu mutilés dans les grandes révolutions. Mais d'habiles artistes comme vous, .Monsieur, remettent les morceaux sans qu'il y paraisse.

S'il faut en croire Métra (1), il vit, en 1778, Vol-

Page 1