‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 48 sur 76 · Mme Necker, Nouv, MéL, I · texte numérisé non relu

Mme Necker, Nouv, MéL, I

« La vie de Diderot, a dit Mme Necker, n'était qu'un rêve continuel » (1).

C'était le rêve (l'un optimiste, c'est-à-dire, le rêve d'un homme très bien portant et très vigoureux : il était « gros et gras et taillé en porteur de chaises », dit le comte de Gheverny, qui fut son commensal tous les mercredis, dans l'hiver de 1764, chez le marquis de Pezay. Un jour, au parterre de rOpéra, il a une discussion avec un jeune homme ^ur un point de littérature ; ils s'échauffent tous deux, Diderot croit que son adversaire le prend pour un procureur endimanché (à cause de son habit noir et de sa perruque ronde) ; furieux, « il le saisit au collet et, fort comme un Turc, l'enlève et le menace de le jeter dans l'orchestre, s'il s'avise de faire l'insolent. On apaisa la querelle, mais le jeune homme fut obligé de s^évader » (2).

Ainsi charpenté, il pouvait jouir impunément, et il ne s'en faisait pas faute, des plaisirs variés que permettait alors aux hommes, voire même aux philosophes, cette indulgente et plaisante divinité du xviii® siècle qu'on appelle la Nature. « Je ne méprise pas les plaisirs des sens ; j'aime à voir une jolie femme », et le reste. Et ailleurs, après un souper chez Damilaville : « Je suis un glouton ; je mangeai une tourte entière ; je mis là-dessus trois ou quatre pêches, du vin ordinaire, du vin de malaga, avec une grande tasse de café. »

Ces plaisirs de la table, sans en compter bien

i. MéL, 1.207.

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