‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 63 sur 76 · Faguet, XVIII* siècle (Diderot · texte numérisé non relu

Faguet, XVIII* siècle (Diderot

LE CRITIQUE D'aRT 283

tableaux du xviii® siècle : « le Qergè ou la Religion

qui converse avec la Vérité » « La Justice que

l'Innocence désarme et à qui la Prudence applaudit. » Et on aurait pu ajouter que, du peintre qui a conçu de pareils sujets et de Diderot qui en parle, parfois pour les critiquer, le plus littérateur n'est pas Diderot. Et qu'on veuille bien réfléchir que ce n'est pas seulemelit alors les plus mauvais peintres qui font dire à leur pinceau des choses bonnes tout au plus à être chantées en mauvais vers, mais que les plus grands ou les plus goûtés, un Greuze, un Joseph Vernet, mettent dans leurs peintures des intentions littéraires ou même des pensées morales. Pour Greuze, il suffit, sans doute, de le nommer, et par exemple, son « mauvais fils puni » qui fit courir et pleurer tout Paris, n'a besoin d'aucun commentaire, le titre seul étant, ce que précisément le tableau prétendait être, suffisamment éloquent. Mais Vernet lui-même, son originalité n'est-elle pas d'avoir introduit le drame humain dans le paysage et n'a-t-on pas dit justement de lui « qu'il ne peint pas supérieurement, mais qu'il émeut, charme et séduit. 11 parle peu aux sens,

mais il parle au cœur et à l'esprit; ses œuvres

ont un caractère littéraire (1). » Et ainsi Diderot serait presqu'excusable, même s'il avait senti en littérateur une peinture qui était à ce point littéraire. En eff'et, si vous le voyez comparer un beau tableau à un « beau poème, » c'est que, indubitablement, l'artiste a voulu être poète, un pinceau à la main; et s'il dit de telle toile ou même de telle

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