Les Maîtres d^autrefois, p
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vieux Chardin, ne peignent pas seulement ave(* leurs veux, mais avec leur àme. Or, si c'est ainsi iine peignent généralement les artistes français, Diderot est alors un critique d'art bien français; <j[ue ce soit là son grand tort, c'est bien possible; mais, pour nous le persuader, il faudrait d'abord avoir démontré que nos peintres se trompent tout les premiers quand ils croient que la peinture (îst Tart de parler à l'âme par l'entremise des yeux.
Si nous consultons là-dessus les maîtres les plus justement écoutés de l'école contemporaine, ce n'est ni la pensée, ni même le sujet qu'on paraît vouloir proscrire de la peinture. Parlant des con- <ours annuels pour le prix de Rome, l'éminent l)rofesseur au Collège de France, M. Guillaume, (lisait : « Sur un nombre considérable de prétendants, il y en a toujours plusieurs qui annoncent toutes les qualités qui font le peintre dliistoire; les meilleurs dons du génie français, ceux dont . relèvent Vordonnance et Vexpression morale des stfjefs restent le partage d'une certaine élite... » Et voici sur la jieinture de genre : « les sujets ne sont pas toujours choisis avec goût (en 1879) et il , y a souvent dans l'action quelque chose de double. » Quant au paysage il est, dit-on, vraiment sincère, cependant nos paysagistes n'échappent pas à la <ritique : « trop souvent les motifs rpi'ils traitent sont <rune insignifiance absolue. Or, c'est dans le paysage et la nature morte que l'abus de la pratique est l)articulièrement sensible. Là, en effet, rimportance <lo ce que l'on nomme Vidée étant, bien à tort, considérée comme secondaire, l'artiste peut se croire "
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autorisé à faire, avant tout, preuve de dextérité. Mais c'est toujours le même péril : la matière se substitue à l'esprit » (1).
Si nous avons pu, en des choses aussi importantes que la façon d'expliquer un peintre et de comprendre le but même de l'art, invoquer, en faveur de Diderot, l'exemple et les paroles même de deux critiques d'art, tels que Fromentin et M. Guillaume, cela ne montre-t-il pas que, par leurs tendances et leurs idées générales, les Salons de Diderot ne 8ont pas si contraires qu'on l'a dit à la vérité artistique ?
Venons maintenant aux détails et aux preuves : sans nul doute, Diderot s'est trompé sur la valeur de certaines toiles et même de certains artistes (mais où est le critique infaillible)? En revanche la postérité a ratifié beaucoup de ses jugements et parfois même l'histoire de l'art désespère de parler de certains peintres mieux que n'a fait l'auteur des Salons. « Diderot, dit par exemple M. Paul Mantz, adorait les Desserts de Chardin, et il en a si bien parlé qu'on ne saurait rien dire après lui » (2).
Si l'on prend la peine de contrôler fe5 Salons par VHistoire des Peintres, de Charles Blanc, on constate que sur une foule de tableaux et de peintres, Diderot a dit et bien dit ce qu'il y avait à en dire. Nous nous contenterons ici de relever certaines appréciations générales, dont on peut saisir toute la portée, sans même avoir sous les yeux les toiles
1 . Eug. GuiUaume : Etudes sur l'art antique et inodem€* Didier, 1888, p. 226, 32S.