I . (Revue des Deux Mondent !•' juiUet
LE CRITIQUE D'aRT 299
d'avoir parfois « pris la sévérité de ses opinions dans une rivalité de confrères? » (1) Que serait-ce donc si, au lieu d être seulement l'ami de ces charitables confrères, il avait été lui-même de la confrérie, et se figure-t-on, par exemple, avec quelle bienveillante impartialité nous aurait parlé des dessinateurs et des peintres le « malicieux » Cochin, ou encore quelle aménité aurait mise, dans ses jugements sur les sculpteurs, cet intraitable Falconet que Diderot appelait le Jean-Jacques de la sculpture ? Précisément, dans son Salon de 1775, Diderot a fait parler un peintre, retour de Rome, et dont l'Académie a refusé les tableaux. Il nous le présente « jetant partout un coup d'œil rapide et sévère et très résolu de ne rien approuver ». Ce qu'il cherche au Salon, ce n'est pas des confrères à apprécier, mais des « victimes » à exécuter. Diderot, par cet exemple, nous a appris, sans y songer, à estimer à leur prix les critiques d'art qui ne sont pas des artistes.
On nous objectera qu'il y a eu au monde ^m Fromentin : en effet, depuis je ne sais combien de siècles qu'il y a, d'un côté, des hommes qui écrivent, et, de l'autre, des hommes qui peignent, un homme s'est rencontré qui a été à la fois grand peintre et grand critique, et un noble et délicat esprit par dessus le marché. Mais n'est-ce pas le cas de dire ici que cette exception, parce qu'elle est à peu près unique et miraculeuse, ne fait que confirmer la règle, et, en attendant qu'un nouveau Fromentin se lève dans Fart et la littérature pour