‹ Diderot, l'homme et l'écrivainChapitre 8 sur 76 · Maraiontel : Mémoires, livre VIII · texte numérisé non relu

Maraiontel : Mémoires, livre VIII

mations à demi sincères contre le luxe, les arts et la civilisation, à prendre conseil que de lui-même, des souffrances et des humiliations de sa vie vagabonde, de ses ardentes rancunes enfin contre une société où il n'avait trouvé, pour vivre, qu'à faire le métier de laquais et où cependant il était impatient, à rheure même qui nous occupe, de jouer un rôle à tout prix. « Je me disais : quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d'être recherché; primons donc n'importe en quoi. » Le sujet donné à l'Académie de Dijon, par son absurdité même et par les riches développements qu'il offrait à une imagination oratoire, répondait merveilleusement à la fois au désir fiévreux qui tourmentait alors Jean- Jacques de se signaler par un coup d'éclat et à cet amour de l'extraordinaire et de l'inouï qui devait souffler à l'auteur de VEmile et de la Nouvelle Hèloïse tant de sottises parmi tant d'ingénieuses ou d'éloquentes témérités. Qu'on lise d'ailleurs attentivement le très court récit de Diderot lui-même : « Lorsque le programme de l'Académie de Dijon parut, il vint me consulter sur le parti qu'il prendrait. Le parti que vous prendrez, lui dis-je, c'est celui que personne ne prendra. — Vous avez raison, me répondit-il » (1). La réponse de Diderot ne montre-t-elle pas que Jean-Jacques était déjà, au jugement de son ami, assez audacieux ou assez bizarre pour fuir de lui-même le heu commun auquel prêtait le sujet du concours? Enfin quand il serait démontré que le paradoxal Diderot n'aurait

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