CHAPITRE II
Il n'appartient qu'à un siècle philosophe de tenter une Enciiclopédie, parce qu'un pareil ouvrage demande plus de hardiesse qu'on ne peut en avoir dans les siècles où la théologie domine des esprits crédules et des cœurs pusillanimes.
L' l-^ncijcbjKhlic de\i\il èlre ["inventaire des connaissances humaines au xvni'' siècle.
« On ne peut disconvenir, disait le prospectus, que, depuis le renouvellement des lettres parmi nous, on ne doive en partie au.x dictionnaires les lumières générales qui se sont répandues dans la société, et ce germe de science ([ui dispose insensiblement les esprits à des connaissances plus profondes. »
Combien donc n'importait il pas d'avoir en ce genre un livre (ju'on put consulter sur toutes les
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matières, et qui servît à guider autaut ceux qui se sentiraient le courage de travailler à l'instruction des autres, qu'à éclairer ceux qui ne s'instruisent que pour eux-mônies!
« Nous osons dire, écrit Diderot, que si les Anciens eussent exécuté une encyclopédie comme ils ont exécuté tant de grandes choses, et que ce manuscrit se fut échappé seul de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, il eût été capable de nous consoler de la perle des autres. «
Qu'est-ce qu'une encyclopédie?
Ce mot signifie enchaînement des sciences. En eiïet, le but d'une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre; d'eu exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous, afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en môme temps plus vertueux et i)lus heureux; et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain.
Il L'iU été difficile de se proposer un objet plus étendu (jue celui de traiter de tout ce (jui a rap-
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port à la curiosité de l'homme, à ses devoirs, à ses besoins et à ses plaisirs.
C'est Diderot qui en eût l'idée, c'est lui qui trouva un éditeur, des collaborateurs, des souscripteurs. C'est lui qui dirigea cette œuvre collective.
Durant près de vingt-cinq ans (I7o2-1777), il fut, d'abord avec d'Alembert, et ensuite seul, le soutien, la colonne, et comme l'Atlas de cette énorme entreprise, sous laquelle Sainte-Beuve le montre un peu courbé et voûté, mais toujours serein et souriant. L'audace, l'initiative ont permis à Diderot d'entreprendre cette grande œuvre (jue sa persévérance a fait aboutir. Il y a rassemblé de nombreux articles supérieurs à tous les livres existant sur les mômes matières.
Sa science immense et, sur certains sujets, profonde, n'est superficielle sur aucun.
L'Encyclopédie esl bien le résumé du dix-huitième siècle, son œuvre par excellence.
En môme temps que le directeur, Diderot eu fut le principal ouvrier'.
(t) Diderot a fourni à, l'Encyclopédie : 8 arliclcs daKii«"ulture et d'économie lUàliciue; 4 articles darcliilecture ; 2 articles d'astronomie; 10 articles de botanique:
2 articles de chimie et physiquo.
« La conception générale de l'ouvrage, l'esprit qui lanimc. un nombre considérable d'articles importants, l'histoire de la philosophie, la description des arts et métiers, tout cela, dit E. Faguet, revient à Diderot. »
Pour le diriger, il eut, au début, pour collègue, le plus prudent des philosophes, d'Alembert, « tacticien plus adroit que ne l'était Voltaire lui-même, se cachant pour frapper V infâme, dit Louis Blanc, et lançant la flèche sans montrer la main. »
8 articles de coiuiultcu, entre aulres les articles : " pi'ivilège et librairie » ;
31 articles de géographit! aiicictiiio l'L moderne ;
407 articles de grammaire : « déliniliims el synonymes»;