T articles d'histoire ancienne el anticjiiités
8i articles d'histoire moderne ;
42 articles d'histoire ecclésiastiiiue et d'articles sur les superstitions anciennes cl modernes ;
10 articles d'histoire naturelle;
13 arliclrs de jurisprudence ;
o7 articles de lilléialuro el beaux-arts ;
23 articles de logique.
10 articles sur la magie cl la divination ;
3 arlicles de malhématiciucs ;
18 articles de médecine;
45 articles de mélai»hysif|ue ;
3 articles de minéralogie d métallurgie ;
131 articles do morah; :
07 articles de mythologie ;
75 arlicles de philosophie e\posant It-s opinions des philosophes anciens cl modernes et l'histoire des sectes et des hérésies;
33 articles de politique ;
cl 28 articles de théologie.
CHAI'. II. — L'EiNCYGLOI'KDIK lO'J
Voltaire encourageait leurs eiïorts et y applaudissait. Dans sa LcUrc sur t' Encijclopcdie, il exalte leur courage et le mérite de l'œuvre.
Le vestibule de ce prodigieux édifice fut uu discours préliminaire composé par M. d'Alembert. « J'ose dire, écrit \'oltaire, que ce discours, applaudi de toute l'Europe, parut supérieur à la Méthode de Descaries, et égal à tout ce que l'illuslre cliaucelier Bacon avait écrit de mieux. »
Quaud, plus tard, Voltaire se plaignit de rencontrer dans VEnciiclopedii' des articles dignes du Journal de Trétoux, « il y a, répondait trauquillement d'Alembert, d'autres articles moins au jour, où toul est réparé. Le temps fera distinguer ce que nous avons pensé de ce que nous avons dit ».
Diderot veut faire de V Encyclopédie uu livre où seront tous les livres. Il veut opposer celte nouvelle Bible, celte Jiihle de ilniiiKinilé au livre unique des chéliens. Il veut y faire le tableau général des efforts de 1 esprit humain, dansions les genres et dans tous les siècles.
A son aptitude encyclopédi<iue, Diderot joignait l'énergie morale, le zèle, laclivilé infatigable. Il était à la fois le général eu chef, capitaine et le plus vigoureux combattant. N'épargnant point sa peine, il se chargea, outre
DIDEI'.OT. 7
l'histoire de la philosophie, de tous les nomhreiix articles dont personne ne voulait. C'est ainsi qu'il exécuta seul la description dos arts mécaniques.
« On s'est, dit il, adressé aux plus habiles de Paris et du royaume. On s'est donné la peine d'aller dans leurs ateliers, de les interroger, d'écrire sous leur dictée, de développer leurs pensées, d'en tirer les termes propres à leur profession, d'en dresser des tables, de les définir, de converser avec ceux donton avait obtenu des mémoires, et (précaution presque indispensable) de rectifier, dans de longs et fréquents entretiens avec les uns, ce que d'autres avaient imparfaitement, obscurément et quelquefois infidèlement expliqué. Il est des artistes qui sont en môme temps gens de lettres; mais le nombre en est fort petit : la plupart de ceux qui exercent les arts mécaniques ne les ont em])rassés ({uc par nécessité, et iTopérent que |)ar in.sliiict. A peine, entre mille en trouvera-ton une douzaine en état de s'exprimer avec quelque clarté sur les instruments qu'ils emploient et sur les ouvrages qu'ils fabriiiuent. Nous avons vu des ouvriers qui travaillaient depuis quarante années sans rien connaître à leurs machines. Il nous a fallu exercer avec eux la fonction dont se glori-
ciiAP. 11. — f/i:ncy(:l(>im;i)Ik m
liait Socrale, la fonclion pénil)le et dolicato de faire accouclier les esprits, obstetri.v aninwnim.»
« Le philosophe moderne, dit Camille Pelletau, c'est Diderot, ceint du tablier du chimiste ou du dissecteur. ni;ini[)iilant amoureusement la matière, tout poudreux, tout macu](' du fourneau ou de l'atelier, poursuivant la vie universelle dans le creuset ou sous le scalpel, mêlant aux plus hauts aperçus, aux élans les plus lyriques, des investigations, des conjectures sur la fabrication de l'acier ou sur une expérience nouvelle au sujet de l'électricité, toujours en communion avec la nature, la comprenant, la surprenant à demi-mot. de telle sorte que non seulement il iiuli({ue des découvertes de détail réalisées après lui. mais encore qu'il entrevoit des horizons qu'il ose à peine dévoiler. »
Il passait ses journées entières dans les ateliers; il commen<;ait par examiner attentivement une machine: se la faisait expliquer, démonter, remonter; ensuite l'ouvrier travaillait devant lui. Enfin lui-même prenait la place de l'ouvrier qu'il étonna plus d'une fois par sou adresse et sa pénétration. Il se rendit ainsi familières les machines les plus compliqui-es, telles que le métier à bas et le métier à fabriquer les velours ciselés. Il finit, dit Génin, par posséder
très bien l'arl des tissus do toile, de soie et de coton ; et les descriptions qu'il eu a données sont le résultat de sou expérience.
« Jai trouvé, disait-il. la langue des arts très imparfaite, et cela par deux causes : la disette des mots propres et l'abondance des synonymes. 11 y a des outils qui ont plusieurs noms diflérents; d'autres n'ont, au contraire, que le nom générif[ue : engin, machine, sans aucune addition qui les spécifie; quelquefois la moindre petite différence sulïit aux artistes pour abandonner le nom générique et inventer des noms particuliers. Dans la langue des arts, un marteau, une tenaille, une auge, une pelle, etc., ont presque autant (le dénominations (|u'il va (Farts. F. a langue change en grandes i>arlie tl'une manufacture à une autre.
« C'est aux arts libéraux à tirer les aris mécaniques (le l'avilissement oCi le i)réjugé les a tenus si longtemps: les artisans se sont crus nu'îijrisables, parce c|u'on les a méprisés: apprenonsleur à mieux penser deux-méiues; c'est le seul moyen d'en (ibicnir des pritducl ions plus parfaites. (Juil s()rt(; du sein des académiesquchnu' homme (|ui descende dans les ateliers, (jiii y recueille les phéndinènes des arts, et qui les expose dans un ouvrage (jui délei'mine les ai--
ciiAi'. 11. — i/i':.NL:YL:L(ti'i:i)i !■; 113
listes à lire, les philosophes à penser utilement et les grands à (aire enlin un usai;e utile de leur autorité et de leurs récompenses.
« Il y a des époques et des milieux où les métiers et les ouvriers (jui les exercent sont dédaii;nés, et où le travail industriel est considéré comme une besogne nécessaire, mais indigne d'occuper l'esprit. 11 eu est d'autres où le métier est honoré, entouré d'une active préoccupation intellectuelle; où l'on sent qu'il participe delà science et de l'art, où l'on recounait en lui un des terrains de la lutte par laquelle l'homme plie la nature à le servir. »
Diderot porta son intérêt et son attention sur l'industrie de son temps, jusque dans ses procédés techniques.
L'art industriel lit d'admirables progrès au xviu'" siècle. C'est alors, dit Camille Pelletau, (jue la céramique, le mobilier auparavant massif, architectural, tous les menus objets accommodés aux nécessités de l'existence, assouplirent leurs formes, devenues fluides et vivantes, les adaptèrent à l'intimité de la vie, ennoblirent les usages quotidiens par une élégance à la fois exquise et familière.
« C'est un peuple d'artistes que celui qui créa cette industrie nouvelle; et ce n'est point chose
m i)ii)i;i{(>T
saus impoilauce, de voir un philosophe d'uue telle envergure, un écrivain de si grand éclat, consacrer la magnificence de son style et les forces de son génie à ces métiers dédaignés jusqu'à lui, et eu faire comprendre toute la haute valeur. »
La distinction des arts lihéraux el des arts mécaniques a produit un mauvais elïet, en avilissant des gens très estimables et très utiles, et en fortiliant eu nous je ne sais quelle paresse naturelle, qui ne nous portait déjà que trop à croire que donner une application constante et suivie à des expérieuces et à des objets particuliers, sensibles et matériels, c'était dérogera la dignité de l'esprit humain, et que de pratiquer, ou môme d'étudier les arts mécaniques, c'était s'abaisser à des choses dont la recherche est laborieuse, la méditation ignoble, l'exposition difficile, le commerce déshonorant, le nombre inépuisable et la valeur minuliclle...
« Mettez dans un des cotés de la balance les avantages réels des sciences les plus sublimes, et des arts les plus honorés, et dans l'autre cùté ceux des arts mécaniques, et vous trouverez que l'estime qu'on a faite des uns, et celle ((u'on a faite des autres, n'ont pas été distribuées sous le juste rapport de ces avantages, <.'t qu'on a bien
CHAI'. H. — L'ENCYCI.olMlDIi: ii;.
plus loué les hommes occupés à (aire croire que nous étions heureux, (juc les hommes occupés à faire ((ue nous le fussions eu effet. Quelle bizarrerie dans nos jugements! nous exigeons qu'on s'occupe utilement, et nous méprisons les hommes utiles. »
Mais Diderot ne donne pas son attention seulement aux industries d'art, à ces arts industriels qui touchent et confinent aux beaux-arts, ses tendances démocratiques le conduisent jusqu'aux journaliers, jusqu'aux manœuvres. Un journalier, écrit-il, est un ouvrier qui travaille de ses mains, et qu'on paie au jour la journée. Cette espèce d'hommes forme la plus grande partie d'une nation; c'est son sort qu'un bon gouvernement doit avoir principalement en vue. Si le journalier est misérable, la nation est misérable.
L'esprit libéral et démocratique qui anime Diderot et qu'il a fait passer dans VEnrijclopcdie a triomphé dans la France moderne. 11 a fait triompher aussi l'esprit d'examen.
Sceptique à la façon de Montaigne, de Descartes et de Bayle, Diderot oppose la raison à la prétendue Révélation divine; il oppose la libre critique à l'autorité abusive de la tradition. Seule la raison est capable de nous faire voir la
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vérité, car elle est la lumière de l'esprit: penser, c'est voir.
Le premier volume de VEncijclnpédie parut en 1752. Quatre mille trois ceuts souscripteurs avaient répondu à l'appel. C'était un fait sans précédent que cet inventaire des connaissances humaines dressé par les hommes qu'une si glorieuse entreprise avait seule unis et que mentionnait le Discours pn-limintdrc de d'Alembert : Voltaire, qui avait tout de suite pris le tablier de (( garçon encyclopédiste », Montesquieu, qui se réservait davantage, mais qui lit preuve de bonne volonté; Rousseau, que sa misanthropie inquiète écarta bientôt; puis le chevalier de .Taucourt, dont le zèle infatigable n'aj^portait peut-être pas assez de choix dans l'emploi des matériaux; d'Holbach, Grimm, Marmontel, Morillet, le président de Brosses, l)uin;iis;iis. Hourgilat. Boulanger, etc.; on dénombrerait plus aisément les hommes remarquables qui s'abstinrent que ceux qui prêtèrent leurs concours.
L'encyclopédie in;ir(|u(' le moment où le xvin' siècle eut la pleine conscience de sou génie. Elle en est la manifestation lumultueuse, incohérente, mais puissante.
\JKiii'\jch)]inrn' ne pouvait (prêtre suspecteaux yeux des ennemis de la liberté! Le choix de la
i;il A I'. 11. — F/HNCYCl-itl'I-Dir; 117
pliipnrl des rédacteui^^ iii(li([iiait assez l'esprit du recueil. Ou voyait se former uue associatiou puissante composée de ce qu'il y avait de plus considérable dans le monde des lettres, des sciences, des arts, sontoiuie par ropiniou pul)lique. encouragée ou au moins tolérée par la cour, pourvue de moyens d'action énergiques, et f|ui. par la nature môme de l'ouvrage, allait propager dans toutes les directions les doctrines redoutées de la libre pensée. Prévisions légitimes. Dés»iue les travailleurs lurent à l'œuvre, ils se sentirent unis, solidaires. Isolés jusqu'alors et étrangers les uns aux autres, ils purent s'entendre, se concerter, s'éclairer, marcbei- du même pas au même but. présenter à l'ennemi un corps compact et difficile h entamer. 11 y avait des gens de lettres, des savants, des artistes : il y eut une légion, les encyclopédistes, et un |iarti. les philosophes. La communauté d'idées les avait réunis, la communauté de périls cimenta l'union.
C'estDiderot (jui. le preuiici-, conçut etesquissa dans ses traits essentiels une histoire générale des systèmes philosophiques de l'antiquité. Diderot releva les ruines de l'église des sages, il reconstitua ce grand diocèse qui compte parmi ses membres Aristote, Zenon, Cicéron et bien
d'autres qui ne veulent pas se laisser enfermer dans les symboles officiels.
Le jour où Diderot, rédacteur en chef de VEncycbpcdii', directeur, administrateur, fort recherclié par conséquent, et fort en vue, devint un personnage; Rousseau, son ami de longtemps, commença à craindre (|irils ne fussent pas faits l'un pour l'autre. Il lui sembla que son ami le prenait d'un peu haut avec lui, qu'il abusait de sa supériorité; son orgueil maladif fut atteint.
M. Paul Albert fait remarquer que « Diderot était terriblement en dehors et souvent, sans s'en douter, écrasait tout ce qui se trouvait à sa portée, comme ces chênes puissants qui interceptent lair et la lumière et ne laissent que l'ombre aux cliétifs arbustes. Chez les Dujjin, chez M""' d'Epinay, chez llelvétius, d'Holbach, partout, cette exubérante personnalité s'étalait naïvement, jiar un besoin de nature, ot tous lui étaient indulgents, car ils y trouvaient leur profit : il y avait en lui des torreuts d'idées, d'enthousiasme, de poésie. Les indigents comme d'Holbach, llelvétius, l'abbé ilayiial, se penchaient et prenaieutdes notes; Grimm emportait des articles tout faits pour sa correspondance. Si d'Holbach était le maître dliùtel de la philo-
CHAI'. II. — LHNCYCLdI'KDIi: ll'J
Sophie. Ditlerot était ramirovisiomiciir des esprits.
D'Alembert et Diderot prirent sur eux la responsabilité de tout l'ouvrage; mais ils s'elTorcèreut de rattacher à la rédactiou les houiiues les plus distingués de l'époque. Ou remarque parmi les auteurs de VEnci/dopi'dic, Dumarsais, Daubenton, Rousseau, qui douua l'article Musique; BulTon l'article Nature, el le chevalier de Jaucourt, qui rédigea avec un dévouement à la science que rien ne put lasser, tous les articles concernant la physique et l'histoire naturelle. A dater du troisième volume, d'iiolbach, la Condamine, Marmoutel et Langlet Dufresnoy, qui fit l'article Histoire, se joignirent aux premiers. A dater du tome quatrième il faut ajouter Duclos {Déclamation des anciens). Boulanger (Corvée et Délur/e), Voltaire, qui commença de fournir beaucoup d'articles, Montesquieu qui fit l'article Goût, le comte de Trenau, le président de Brosses, l'abbé Morellet, Dauville, Quesnay, Necker {Frottement) et Turgot qui fournit un mémoire dont on fit usage à l'article Coton.
Les auteurs de V encyclopédie prenaient d'ailleurs de toutes mains et pillaient, sans s'en cacher lorsqu'on le leur reprochait, Trévoux et Buffier, Furetière et Basnage.
li>0 DIDKHOT
D'Alembert et Diderot revoyaient tous les articles et dounaient à l'ouvrage entier la teinte générale de leurs opinions, Diderot surtout, qui était spécialement chargé de la partie philosophique. La variété des écrivains n'ùtait donc pas tant qu'où pourrait le croire à l'unité de dessein et d'intention.
Découragé par les tracasseries du Gouvernement qui tantôt tolérait, tantôt ordonnait de suspendre VKncyclopedie, mécontent aussi des libraires-éditeurs. d'Alenibert abandonna l'entreprise avant la fin et cessa d'y prendre part après la publication du huitième volume.
Diderot, lui. ne se fatigua ni ne se rebuta jamais, et fût sans relâche l'àme véritable de VKnniclopédie. Il y aborda et y traita toute sorte de sujets, les faits historiques et les faits fabuleux, les usages anciens et modernes, la pliilosophie et les superstitions, la politique et la grammaire. Il y rédigea entièrement tout ce qui concerne les arts mécaniques (OiK) articles).
Dans les articles iiliilosoplii(|U('s. sa |»r('(lilection pour llobbes, Locke et Sli.illcsbwry est nettement marquée.
La morale de Vl-jtrijrlojx'dic (\^\. |;i morale utilitaire. l;i morale de l'intérêt et du bonlieur. Selon Diderot, l'homme cherclie le honheur. cl
ciiAiv 11. — L'EM:Y(:i.<ti'i:i)iK i'2i
c'est dans ce but que la Société a ôlé établie. Nous avons des passions qui créent en nous des besoius, et ces besoins se résument tous dans le désir inné du bonheur. Il faut donc, dans ce but, raisonner nos actions, c'est-à-dire faire servir au développement de notre nature sensible la raison.
A l'article InnnorUditc, Diderot ne parle que de cette espèce de vie que nous acquérons dans la mémoire des hommes.
A larticle Epicure, il dit : « Épicure est le seul d'entre tous les philosophes anciens qui ait su concilier sa morale avec ce qu'il pouvait prendre pour le vrai bonheur de l'homme, et ses préceptes avec les appétits et les besoins de la nature. »
La soumission à la volonté générale est le lieu de toutes les sociétés; les lois doivent être faites dans l'intérêt du bonheur de tous. Le bonheur de tous, qui est le seul légitime exige que la puissance législative appartienne à la volonté générale. Dans sa mobilité, la loi doit toujours être l'expression exacte de la volonté générale. La volonté des peuples est le fondement du droit et de la puissance des souverains. Dans l'article Autorité, Diderot attaque l'axiome que toute puissance vient de Dieu; il déclare que le
priuce ne tient (jue de ses sujets l'autorité qu'il a sur eux.
Daus les questions esthétiques, Diderot pense que le beau est relatif à nous. La diversité des rapports perçus est ainsi la cause de la diversité des opinions humaines sur la beauté.
Toutes nos idées de beauté sont tirées de l'expérience; elles se résolvent ainsi dans la notion essentiellement variable et complexe des rapports.
Dans l'article Acailcmic, Diderot montre comment l'établissement des académies a contribué au développement de l'esprit laïque daus la direction des intérêts moraux delà société.
Dans l'article Eiicijclopâlu', il expose ses idées sur le projet d'un dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines, sur sa possibilité, sa destination, ses matériaux, l'ordonnance générale de ces matériaux, le style, la méthode, les renvois, la nomenclature, les manuscrits, les auteurs, les conteurs, les éditeurs et le typographe.
Dans aucun article Diderot n'a déployé avec plus d'aisance cette faculté rare ([u'il avait de s'occuper de toute espèce de sujets avec un égal enthousiasme.
\^' Kiinjclnpedie ou Dictionnaire laisonné des-
cil Al'. II. — L'KNCYGLOI'KDII': 1^3
scieuces, arts et nnHiers, par une société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot et quant à la partie mathématique par d'Alembert, se compose de 17 vol. iu-lolio, dont le premier parut en l7o2, le dernier en 1765. Un supplément de o vol. parut en 1776-77. V Encyclopédie fut réimprimée à Genève eu 1777, 39 vol. et à Berne et Lausanne en 1778, 72 vol.
Enfiu, le 23 juillet 1765, Diderot pouvait écrire à iM"'^ VoUand : « Enfin je n'y viendrai plus guère dans ce maudit atelier où j'ai usé mes yeux pour des hommes qui ne me donneront pas uu bâton pour me conduire... Dans huit ou dix jours, je verrai donc la fin de cette entreprise qui m'occupe depuis vingt ans, qui n'a pas fait ma fortune, à beaucoup près, qui m'a exposé plusieurs fois à quitter ma patrie ou à perdre ma liberté et qui m'a consumé une vie que j'aurais pu rendre plus utile et plus glorieuse. »
— « Je proleste que l'entreprise de VKncijclopedie n'a pas été de mon choix; une parole d'honneur très indiscrètement accordée, m'a livré pieds et poings liés, à cette énorme lâche et à toutes les peines qui l'ont accompagnée. J'y ai mis tout ce que j'avais de temps, de santé, de connaissance et de capacité. Si je n'ai pas mieux
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fait, c'est qu'il n'était pas eu mon pouvoir de mieux faire...
« Quitte envers le public, les uiagislrals, les libraires et moi-même, je me bâte de retourner à la tranquillité de mon cabinet et à la douceur de mes éludes dont je ne me suis pas laissé distraire saus répugnance et que je ne sacrilierai pas davantage... »
« J"ai travaillé près de trente aus à cet ouvrage. De toutes les |)ersécutions qu'on peut imaginer, il n'en est aucuue que je n'aie essuyée. L'ouvrage a été proscrit et ma personne menacée par différents édits du roi et par plusieurs arrêts du Parlement.
« Nous avons eu pour ennemis déclarés la Cour, les grands, les militaires qui n'out jamais d'autres avis que celui de la Cour, le.s prêtres, la police, les magistrats, ceux d'entre les gens de lettres qui ne coopéraient pas à l'entreprise, les gens du inonde, ceux d'entre les citoyens ((ui s'étaient laissés entraîner par la multitude. Cependant, au milieu de ce déchaînement général, tout le monde souscrivait. Ils voulaient avoir l'ouvrage et perdre les auteurs.
« On fit du nom d'encyclopédiste une es|)èce d'étiquette odieuse (lu'on attacha à tous ceux qu'on voulait Mionlr(îr au roi connue des sujets
CIIA IV II — LlCNCYCLOI'i;!)!!.; 12:1
dangereux, désigucr au clergé comme ses enuemis, déférer aux magistrats comme des geus à brûler et traduire à la uatiou comme de mauvais citoyens. Un encyclopédiste est, encore aujourdliui. un homme de sac et de corde, sans ([u'ou sache quand cela finira; c"est ainsi qu'on nous peignait dans les cercles de la société et dans les chaires des églises, et Ton continue.
« Il n'est pas surprenant qu'au milieu de ces troubles incessants, l'Encticlopedie, avec toutes les qualités d'un excellent ouvrage, ait tous les défauts d'un mauvais.
«Il sérail digne de Sa Majesté Impériale (l'impératrice Catherine 11) de porter ÏKncyclopédie, (jui n'est qu'un précieux manuscrit, à l'état d'un bel ouvrage.
« L'Encijdopédie, telle qu'elle est, n'est ni sans mérite, ni sans considération. Combien sa réputation et sou utilité ne s'accroîtraieut-elles pas si elle était ce qu'elle peut être!
« J'ai en ma disposition tous mes coopérateurs, tous mes amis, sans en excepter d'Alembcrt.
« Je puis, saus le môme danger, avec la multitude des secours qui m'environnent, une douzaine de coopérateurs et le grand nombre de choses qui sont assez bien faites pour n'avoir
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besoin que d nue révision légère, porter dans uu intervalle de temps assez court cette énorme entreprise à uu tel degré de perfection que, de plus duu siècle, uos successeurs ue trouveront pas matière à un supplément de vingt feuilles.
« Je m'engage à envoyer le manuscrit complet à Sa Majesté Impériale dans le courant de la sixième auuée, à compter du jour de mou arrivée en France.
« L'ouvrage, celte fois, sera fait avec liberté ; on suppléera ce qui manque; les articles défectueux seront rectifiés; les redondants seront resserrés; les mutilés seront étendus; les renvois seront soigneusement indiqués et remplis; je donnerai à la partie des arts mécaniques toute lexactitude dont elle est susceptible.
« Je prendrai sur moi la direction générale, toute la partie des arts mécaniques, discours et plancbes, l'histoire de la philosophie ancienne et moderne, et tout ce qui tend à la langue usuelle.
« Je n'anibilionue d'autre honoraire ({ue celui de consacrer les dernières années de ma vie à construire uu grand monument littéraire sur lequel je puisse inscrire le nom de ma bienfaitrice et de laisser après mol sur la terre ([uelque trace durable d(! mon existence.
CIlAl». il. — L'KNCYCLOPKDIK IJT
(( Que Sa Majesté impériale ordouDe et tout sera fait à point iioiniiié. »
A son retonr à La Haye, Diderot espérait encore cette refoute de sou ouvrage au compte de l'impératrice de Russie. « J'y mettrai, disait-il au docteur Clerc, les quinze dernières années de ma vie, mais([u'ai-je à faire de mieux? «
Diderot n'avait plus alors que dix années à vivre et ces dix années n'auraient pas suffi pour un pareil laijeur.
Il y avait quelque grandeur dans le projet de tracer un inventaire de tout ce que l'esprit luimaiu croyait savoir; le plan esquissé par tlAlembert est d'une main ferme et sûre. Voltaire et Montesquieu furent enrôlés dans la milice des travailleurs; l'on ne peut, dit Villemain, contester la puissance de Diderot, qui s'y. multipliait, prodiguant l'érudition, écrivain parfois obscur, capricieux, emphatique, mais esprit vaste, et portant dans beaucoup de détails un rare degré de précision et de vigueur.