LES PRÉCÉDENS, BLANCHE
BLANCHE, timidement et cachant U7ie lettre. Mon père, le caissier m'envoie vous dire qu'il n'«i
plus rien... rien !... et ils arrivent toujours pour élre payés î
MONTMORiN, à demi-voix»
NVst-ce que cela ; j'ai chez moi cincj cents mille francs que Raymonddestinait à l'achat d'une terre en ce pays, je vais vous les envoyer.
DIDIER, haut.
Cent mille écus suffiront !
MONTMOUIN.
Ils seront remis à votre caisse dans un instant.
BLANCHE, étonnée.
Qu'est-ce que cela signifie?
DIDIER
Tu le sauras.
BLA>'cnE, avec émotion.
Et puis, mon père...
DIDIER
Quoi donc?...
BLAISGHE.
Le frère de M. Antoine...
DIDIER
Le premier commis de Raymond.
BLAWCHE.
Il vient d'arriver...
DIDIER
De Marseille ?...
BLANCHE
Harrassé de fatigue... il a voyagé nuit et jour... je l'ai reçu de mon mieux... je l'ai engagé à se reposer... et il m'a remis pour vous...
DIDIER, prenant la lettre qu'elle lui présente, La lettre de Raymond... laisse-moi, ma fille... (A Montmorin.) laisse-moi, mon ami, je veux. ..j'ai besoin l'être seul. (Sortie.)
Air de Sh^auss,
BLANCHBy UOISTXOnm. DIDIBB.
Kespeclons la douleur En proie à la douleur
54 DIDIER l'hONKÉTE HOMME.
Qui déchire son cœur, Qui déchire son cœur,
QuMl reste seul ici. Laissez-moi seul ici,
Seul, avec son ami. Seul, avec mon ami.
scsNi: XIV.
DIDIER, seuf.
Oui, pour lire celte précioijsc lettre avec le recueillement dû à une sainte chose... il faut être seul! 0 Raymond, ton amitié, compagne de ma vie, ne m'a jafi.ais fait défaut, ot olle le survit encore !... du fond de la tombe tu me tends la main pour m'aider, me soutenir et m'arracher au déshonneur... (Regardant la lettre.) « A mon meilleur ami... à Didier, pour lui seul. »
C'est bien son écriture!... (Ouvravt la lettre.) Là dedans est tout son cœur... là dedans sa dernière pensée!... et elle a été pour moi î... pour moi!...
Il porte la lettre à ses lèvres; puis il s'assied et lit lentement.
a Didier , je n'ai eu après toi qu'une affection dans « ma vie... une jeune femme... on m'a juré qu'elle me « trompait... je n'ai plus voulu la revoir, ni elle... ni « son fils, qui pourtant était le mien... Aujourd'hui, « mais trop tard... j'ai des doutes... tout me porte à «t croire que des parens éloignés... des parens avides... « avaient intérêt à m'abuser... si je reviens à la santé... « si je retrouve la mère de mon fils... je reparerai mes <i torls, mais, d'ici là... je suis tourmenté... j'ai des « remords !...
tt Par un testament que j'ai confié à Montmorin , j'ai « légué tous mes biens à toi, mon meilleur ami, à toi « qui es plus riche que moi et qui n'en as pas besoin... ft Plus tard, car je me sens bien fatigué... je te donne- « rai tous les renseignemens nécessaires , et si je n'ai « pas la force de refaire mon testament, je m'en fie à « ton honneur!... je te charge de remettre mes biens à n Charles, mon fils, qui est aussi mon filleul... »
— 0 ciel !... et cet argent que Montmorin doit avoir envoyé !... moi!... disposer de ce bien qui ne m'appartient pas !... ah î courons î...