V. p. 14.. Ce sont les N©» 7, 9, 11, 12, 13, 14, 3T
Si Ton considère en outre qu'on ne trouve ici aucune trace des bons ouvrages latins mentionnés ailleurs et réservés sans doute à une autre série d'amateurs, on reconnaîtra sans peine que le Répertoire de Lauber présentait une grande variété. Quant au nombre des manuscrits sortis de ses mains, il devait se compter par centaines. H était en effet limité dans le choix des ouvrages, non seulement par le goût de sa clientèle ordinaire, mais aussi et snrtout par les ressources dont il disposait, par les richesses qu'il rencontrait soit dans sa propre bibliothèque^ soit dans les collections dont l'accès lui était gracieusement ouvert. Mais s'il éditait un livre d'un placement facile, il pouvait le reproduire a l'infinij dix, vingt fois, aussi souvent que le conseillaient les intérêts de son commerce.
C'est par ces catalogues, par l'activité littéraire qu'ils supposent, par les efforts de propagande qu'ils révèlent, que Lauber a tout d'abord frappé l'attention des bibliophiles. Albrecbt Kirchhof n'hésite pas à voir en lui le précurseur de la librairie moderne et le place résolument en tète de ses Noies sur le commerce des livres. »)
L'examen de ses productions ne devait venir que plus tard.
11 est même probable qu'il ne sera pas fait de sitôt avec quelque ensemble pour les manuscrits dépourvus d'illustrations. Grâce aux similitudes d'écriture qui se constatent d'ordinaire chez les scribes dune époque donnée, on sera toujours en peine de se prononcer sur l'origine des exemplaires non signés. Si la présence de plusieurs mains dans un même livre indique que plusieurs y ont travaillé à la fois ou à tour de rôle, la réciproque n'est pas aussi certaine : la physionomie calligraphique de deux ou plusieurs manuscrits peut présenter de grandes analogies, sans qu'ils émanent du même écrivain. Une pareille enquête ne se prête d'ailleurs que fort peu à des conclusions d'un intérêt général. Elle se fera surtout au sujet d'un ouvrage dont on tient à fixer la provenance, à propos d'un calligraphe auquel on attribue ou con-
1) BeUràge swr Gesch, des deutsehen Buehhandeîs. Leipzig 1851 p. 1 — 7.
teste la publication étudiée. Hors de là, elle n'offre qu'une importance fort restreinte.
Il n'en est pas de même des livres illustrés. Aux points d'appui que la critique rencontre dans tout manuscrit allemand, l'écriture, l'orthographe, le dialecte, le papier, le format, la disposition du texte, la reliure, etc., ils ajoutent la peinture et le dessin, deux éléments d'une incontestable importance, caractéristiques pour un œil exercé. Ils soulèvent en outre et permettent de résoudre une foule de problèmes, aussi attrayants par eux-mêmes qu'utiles pour l'histoire de l'art.
Le D' Kautszch ne s'est donc occupé que de cette catégorie d'ouvrages, après des études préparatoires qu'il a exposées ailleurs. 11 a rencontré dans ses recherches un certain nombre de manuscrits du XV® siècle, écrits en dialecte alsacien. En dehors de ce caractère commun, ils présentent encore dans leur exécution matérielle une foule d'analogies, qui leur donnent un air de famille. Beaucoup d'entre eux révèlent le concours de plusieurs ouvriers distincts. Dans une Vulgatp. de Heidelberg, par exemple, se constate l'intervention de cinq scribes différents pour l'écriture et d'autant de dessinateurs pour les illustrations. D'oii la conclusion assez naturelle, que ces manuscrits sortent d'un atelier alsacien et — comme Haguenau possédait alors un atelier de ce genre et qu'on n'en rencontre aucun autre dans la province — qu'ils étaient l'œuvre de Lauber et de ses collaborateurs.
Parmi les dessinateurs de la Vulgate palatine s'en rencontre un que, faute de mieux, le D' Kautsch appelle A, qu'il retrouve ensuite dans 17 autres manuscrits, travaillant tantôt seul, tantôt en compagnie d'un ou de plusieurs collègues. Ceux-ci à leur tour figurent ailleurs associés à d'autres artistes qui deviennent autant de recrues, et même de recruteurs, pour notre officine. De la sorte le D' Kautsch, de déductions en déductions, arrive à reconnaître 16 enlumineurs distincts, à réunir une collection de 38 manuscrits qu'il revendique pour Haguenau, la plupart sans la moindre hésitation, quelques-uns avec une réserve plus ou moins avouée.
11 a bien senti en effet que si Thypothèse d'un atelier commun, de Lauber par conséquent, s'impose pour les productions d'un personnel considérable et varié, il n'en est plus de même, quand on n'a devant soi qu'un artiste unique décorant isolément l'œuvre d'un seul calligraphe, ou chargé à la fois du texte et des illustrations. Quelle que. soit l'organisation supposée à l'atelier de Lauber, il ne saurait délimiter la carrière des hommes qui l'ont traversé. La plupart ont écrit, dessiné, peint, avant d'y entrer; ils auront continué à écrire, à^ dessiner et k peindre, après en être sortis. Ces li'aits de plume, ces procédés plus ou moins artistiques, ces manières de représenter les hommes et les choses, tous ces caractères en un mot qui permettent de les distinguer, les seize dessinateurs reconnus chez Lauber ne les ont pas tous adoptés en se mettant à son service, ils ne les ont pas perdus -en le quittant. On n'est donc pas en droit d'attribuer avec une assurance complète à l'officine de Haguenau tout manuscrit illustré par l'un d'entre eux.
Celte réflexion s'applique en particulier au premier des volumes examinés par le D' Kautzsch. C'est un recueil des Evangiles et des Epitres de l'année, daté de 1427, décoré par A et signé par Diebolt de Dachstein. *) Notre critique -se demande naturellement si ce Diebolt de Dachstein ne serait pas Diebolt Lauber lui-même*) ou le dessinateur A, ou ^es deux à la fois. iMais il n'ose s'arrêter a ces questions et se déclare hors d'état d'y répondre. C'est fâcheux. Non moins fâcheuse toutefois est l'impossibilité même où nous sommes ■de décider, si A n'a jamais travaillé d'une façon indépendante, ou pour des écrivains indépendants de Lauber, si ce dernier par conséquent avait ou n'avait pas, dès 1427, l'ate- Jier que nous rencontrons plus tard.
1) Ezplicit liber iste per me dieboldum de dachstein, proxima feria isccuoda aate nativiiatem domiDi, Sub anno domini m cgco xxvii. Orale pro me deum.
s) Parmi les paysans de Morsbronn qui payaient le forstrecht à la landvogtei, il s'en trouvait un qui est appelé Labers Eœn en 1455, Conen Lauber en 1456, Conen Lauber en 1457, (une Lauber en 1476. Cela ne -suffit pas pour établir que nos Lauber de Haguenau, le bott et le achriber^ fussent originaires de Morsbronn. Il nous a paru bon toutefois de signaler le fait.
Pour diminuer de son mieux le nombre et la difficulté de ces problèmes, le D' Kautszch nous donne une description minutieuse de chacun des 38 manuscrits qu'il a relevés^ à moins que oette description n'ait déjà été faite par des catalogues ou d'autres collections dignes de foi. Encore, dans ce dernier cas, voit-on d'ordinaire notre critique compléter le travail de ses devanciers par des observations supplémentaires, plus directement en rapport avec son but particulier. Très intéressantes à ce point de vue sont les indications historiques qu'il a su firer des filigranes du papier, des armoiries ou des noms des anciens propriétaires^ des bandes de parchemin employées dans la reliure, etc. Toutes ces indications nous ramènent à l'Alsace et aux environs de Haguenair.
Parfois les mêmes manuscrits passent deux ou plusieurs fois sous nos yeux. L'auteur a en effet pris pour base de son étude, les seize dessinateurs qu'il a pu distinguer. \t commence par A, expose en détail son genre et sa manière, et décrit les 18 livres auxquels il a travaillé. Puis vient B* avec sa notice, le rappel de deux manuscrits déjà connus et l'analyse d*un manuscrit nouveau, qui portent tous trois l'empreinte de sa plume. L'appréciation artistique de C est à son tour suivie d'un retour à une mention antérieure et de l'indication de trois ouvrages nouveaux (N®* 20 — 22), etc., etc. De cette façon le lecteur rencontre, à propos de chaqueartiste, rénumération des œuvres auxquelles il a collaboré, et à propos de chaque œuvre, l'énumération des artistes quis l'ont exécutée.
La plus importante de ces notices est consacrée a K, leseul dessinateur de notre groupe dont le nom soit connu,, grâce à l'Ëxplicit de la Bible rimée de la Bibliothèque de Colmar. »)
Il y a plus de vingt ans déjà que Hans Schilling a étéapprécié dans Les Artistes de F Alsace (II. 174 — 178) avec autant de sympathie que de bon goût. Mais Gérard ne con-
i) Dis buch bat bans schiHing gescbriben uod nssgemolt in dem jor do man zalte von der gebart Cristi Tiertzeben bandert fùnffzig and nùa jore.bittent got vûr in, Hans scbiUing von Hag^nowe.
naissait de lui que la Bible de Golmar et n'osait affirmer qu'il ait appartenu à Técole de Lauber. Le D' Kautsch nous: signale cinq autres manuscrits illustrés par lui, notamment un schaohzabet de 1467, qui atteste les progrès sérieux réalisés par l'artiste haguenauien dans le sentiment de la nature et la perfection du dessin. 11 le montre décorant la première^ initiale de trois autres ouvrages avec un brio qui lui est particulier. Il n'est pas éloigné de voir en lui, pour cette période, le chef artistique de l'atelier, imprimant par cette initiale aux productions de ses collègues l'estampille de la maison.
La participation de plusieurs à une même œuvre n'implique pas la division du travail, telle que l'entendrait l'industrie moderne. Il est évident qu'on écrivait un manuscrit avant de Tillustrer. Il est évident aussi que, si le calligraphe n'était pas en même temps dessinateur, les illustrations étaient réservées à d'autres mains. Mais rien ne prouve que la spécialisation ait été poussée plus loin^ qu'il y ait eu chez. Lauber une catégorie d'ouvriers chargée de l'écriture, une autre pour les rubriques, une troisième pour les initiales, une quatrième et une cinquième pour telle ou telle espèce^ de dessins, etc. On a entendu Hans Schilling déclarer tout à l'heure que dans la Bible de Golmar*), malgré son étendue, il avait tout fait, texte et peintures. Le même cas a du se présenter souvent, sans qu'il nous soit possible de le constater. D'autres fois on se bornait à associer un peintre^ à un scribe. Si artistes et écrivains interviennent en grand nombre, cela doit tenir à des causes accidentelles, au départ,, à la maladie, à Tabsence momentanée d'un ou plusieurs ouvriers, au désir d'achever rapidement un ouvrage commandé ou impatiemment attendu, à mille circonstances qu'il est facile d'imaginer et qui n'ont rien de technique.
La valeur artistique du travail répond à cette manière de travailler. Dans tous les manuscrits sortis de Haguenau se remarque une écriture nette, régulière, commode à lire, mais qui ne dépasse jamais le niveau d'une honnête médio-
C'est on gros in-folio qui reoferme plus de 50,000 vers et 618 dessins.
crité. L'écrivain semble trop pressé d'arriver à la fin de sa tâche pour soigner les détails et donner la mesure complète de son savoir faire. La même préoccupation se constate encore mieux chez les dessinateurs. Leur plume vole sur le papier avec une merveilleuse dextérité, mais sans sortir d'un genre convenu d'avance, sans se permettre ces allures indépendantes et créatrices qu'aime l'inspiration. Ils se contentent d'esquisser à grands traits, de plaire, non a des amateurs d'élite, mais au goût moins délicat des riches du jour. On rencontre parmi eux beaucoup d'excellents ouvriers, pas un artiste de valeur.
Ce caractère d'art mercantile, que Gérard signalait dans la Bible de Hans Schilling, le D' Kaulzsch l'a retrouvé dans les 38 manuscrits qu'il revendique pour l'atelier de Lauber. Il l'a longuement exposé et analysé, d'abord dans un tableau d'ensemble, puis à propos de chacun de ses peintres-dessinateurs en particulier. 11 a noté avec soin les traits nombreux qui rattachent l'officine de Haguenau à ses devanciers, ainsi que les points plus rares qui la caractérisent. Il a marqué la place qu'elle doit occuper dans l'histoire de l'illustration. Mais des critiques de ce genre ne sauraient se résumer. Pour les comprendre et apprécier, il faut les lire au milieu des développements qui les expliquent et des preuves qui les justifient.
Bornons-nous à remarquer que la renonciation à l'art proprement dit était pour l'entreprise de Lauber une condition indispensable de succès. Faire des chefs-d'œuvre de calligraphie, demander à ses peintres ces miniatures gracieuses et finies que nous admirons dans certains manuscrits du Moyen-Age, eût été pour lui un non-sens industriel. Il voulait répandre le goût des livres, et faciliter les moyens de le satisfaire. Il avait donc besoin de viser au bon marché, de produire beaucoup et vite. Il lui fallait une marchandise vraiment marchande, à la fois agréable à Tœil et d'un prix modéré, étrangère par conséquent k une perfection artistique qui, à moins d'être commandée et payée d'avance, n'était pour son commerce que du temps et de l'argent perdus.
L'idée première de Lauber ne différait pas au fond de celle qui inspira les inventeurs de Timprimerie, ses contemporains. Mais tandis que ceux-ci voulaient arriver au bon marché des livres en les multipliant par des moyens mécaniques, il espérait obtenir le même résultat par une organisation plus économique et plus intelligente de la production et du commerce des manuscrits. Dans ce but, il se mit à. grouper dans un effort commun les calligraphes jusque-là isolés et dispersés; à centraliser leurs produits dans un magasin, placé d'abord à la Burg, puis en ville, toujours à la: portée du public; à lancer de toutes parts ses annonces et ses catalogues, qui devaient réveiller les convoitises des amateurs et leur indiquer l'adresse où ils pourraient les satis-^ faire. La lutte entre les deux système^ put paraître un instant douteuse. Mais lorsque les imprimeurs eurent réussi à perfectionner leurs premiers essais, leur triomphe fut assuré. Ils comprirent toutefois que les combinaisons ingénieuses et fécondes du vaincu n'en étaient pas moins un grand progrès.. Le jour où ils surent en faire leur profit, la librairie moderne était fondée.
Ce ne fut pas la seule inspiration qu'ils empruntèrent à Lauber.
Ce que celui-ci a pu faire pour les églises, les écoles et les savants en us, nous l'ignorons. 11 a oublié de nous dire en quoi consistaient ses bons livres latins et il est probableque personne ne comblera cette lacune. Mais nous connaissons assez exactement les ouvrages qu'il édita — nous nedirons pas pour le peuple; cette expression prêterait à des équivoques, mais — pour les gens du monde d'alors, nobles,, patriciens et bourgeois. Or, étudiez de près les Incunables, dressez la liste des livres en langue vulgaire que l'imprimerie du XV® siècle a destinés à la même classe de lecteurs,, et vous constaterez, non sans quelque surprise, qu'elle n'a. fait que suivre la voie tracée par notre calligraphe; on dirait que, sur ce terrain, elle a pris nos catalogues pour base de son activité typographique. Pouvait-on mieux reconnaître le^ tact de Lauber à apprécier, et les goûts de la société con-^ temporaine, et les ressources de la littérature allemande?
W DIEBOLT LA.UBEE
L'imprimerie n'était encore qu'un rêve, et déjà Lauber vulgarisait la Sainte Bible, dont le D*" Kautsch a pu retrou^ ver une douzaine dexemplaires haguenauiens plus ou moins complets, sans parler de traductions partielles du Psautier, du Livre des Rois, des Evangiles pour les Dimanches et jours de Fêtes. L'hagiographie était déjà représentée chez lui par les deux volumes de la Légende dorée, si goûtée du Moyen-Age, et par un certain nombre de légendes particulières. A côté des études morales d'Esope et du schaehzabel des dissertations cdsmographiques de Lucidarius et du Livre de la Nature de Megenberg, du recueil juridique connu sous le •nom de Saehsenspiegel, il ne dédaigne pas d'offrir à la curiosité publique ses traités de médecine populaire et de sciences occultes. Maiâ ce qu'on doit surtout admirer chez lui, c'est sa riche collection de romans anciens, empruntés <|U6lquefois aux traditions de l'antiquité, plus souvent aux fantaisies du Moyen-Age. Plusieurs d'entre eux ne nous ont été conservés que par ses manuscrits. 11 en est d'autres, mentionnés dans ses catalogues, qu'on n'a pas retrouvés jusqu'ici. *) On en connaît fort peu de quelque mérite, dont on puisse affirmer qu'ils échappèrent aux recherches de Lauber et à la plume de ses calligraphes.
Il ne faut pas oublier d'ailleurs que les travaux du D'' Kautzsch ont enrichi de plus d'un numéro les catalogues publiés par Lauber lui-même, et la mine ne doit pas être .-épuisée. Notre critique ne s'est occupé que des manuscrite illustrés, et, sauf pour Bruxelles, n'est guère sorti de l'Allemagne proprement dite. *) Or plus encore que les livres imprimés, les manuscrits ont été dispersés par les caprices 4e la fortune. Rien ne défend de s'attendre à d'autres ren- •contres, fournies par les bibliothèques publiques et privées de l'étranger, peut-être même par celles de l'Allemagne, qui rendTerment encore tant de trésors ignorés du public.
1) Cf. D' Eautszch p. 14 et 69 <44).
>; Il en a trouvé 9 à Heidelberg, 4 à Berlin, 4 à Cologne, 3 à Munich, ■S à Dresde, 8 à BruxeUes ; les autres sont disséminés dans autant de «anctuaires différentst
Les collaborateurs.
Laiiber avait des collaborateurs et même de nombreux <îollaborateurs. La richesse de ses catalogues nous force à f admettre, Tétude de ses manuscrits Ta prouvé.
Ces artistes de tout genre, scribes, dessinateurs, peintres, les réunissait-il dans un même local, dans une espèce de fabrique, soumise à une discipline commune, où l'on entrait k heure fixe, d'où Ton sortait à un signal donné. Leur manière de travailler ne l'exige et ne le suppose point.
Une pareille fabrique se comprend pour les jeunes gens qui étaient encore à former, qui avaient besoin d'une surveillance constante et soutenue. Elle était inutile pour les hommes qui avaient fait leurs preuves : les modèles qu'on leur fournissait, les conseils qu'on pouvait leur prodiguer le •cas échéant^ devaient suffire pour les guider et assurer à leurs productions cet air de famille qu'on y rencontre. Elle était impossible pour ceux qui — comme Lauber l'avait fait à ses débuts — ne consacraient à la calligraphie qu'une partie de leur temps.
C'est dire qu'à nos yeux l'expression d'atelier, si souvent •employée par nous et par d'autres, ne saurait être toujours prise à la lettre. Elle ne nous semble complètement exacte <|ue pour les commençants et les maîtres chargés de leur instruction, peut-être aussi pour les étrangers et les nouveaux ^enus, qui ne trouvaient point ailleurs une installation favorable à leur travail. Hors de là, nous n'y voyons qu'une iocution commode, pour désigner en bloc les ouvriers de toute nature qui, sous l'impulsion de Lauber, concouraient à son entreprise, en se conformant aux plans tracés par lui ou. par ce qu'on pourrait appeler ses contremaîtres.
L'utilité de ces considérations préliminaires sera comprise tout à l'heure, lorsque, placés en face^de la vie réelle, de la ^société haguenauienne du XV** siècle, de ses habitudes et de
ses ressources, nous nous demanderons où Lauber a dû chercher et trouver la majeure partie de ses auxiliaires. La question a été peu touchée jusqu'à ce jour. Le D' Rautzsch a réussi à distinguer dans notre atelier seize dessinateurs différents, à y entrevoir un nombre non moins considérable d'écrivains ; mais presque tous ces hommes sont des inconnus pour lui, et même des autres, on ne sait que leurs noms.
En dehors du Psautier de Strasbourg, écrit à moitié par Lauber lui-même, il n'a rencontré que trois manuscrits signés.
Le plus ancien a déjà été mentionné plus haut (p. 25). Mais tout en admettant qu'il doit son texte à Biebolt de Bachsfein et ses illustrations au dessinateur A, nous hésitons à affirmer que ces deux calligraphes, qui ne forment peut-être qu'une seule et même personne, fussent dès 14i7 au service de Lauber.
Le Dietrich und seine Gesellen (N. 22) porte cet expUcit : « Hoc liberus schripsit Johannes Port unus scriptor et magister in ardibus de argentyna. amen. • Ce qu'a pu être le maître es arts strasbourgeois qui a écrit ce latin tudesque et barbare, nous Tignorons. En 1485 un Jean Port, prêtre,, de concert avec son frère Michel, emprunte de S. George la somme de 20 fl. qu'ils remboursèrent quelques mois après. Le même Jean se retrouve plus tard de 1500 à 1511, comma chapelain de l'hôpital et de S. Jean du Landweg, comme camérier du Haut Chapitre de Haguenau, tandis que son frère Michel est schoffenschreiber dès 1488 et receveur de l'Oeuvre de 1490 à 1519. *) Ces dates, ainsi que le petit bagage latin qu'il faut supposer au premier, ne permettent guère de l'identifier avec notre calligraphe. 11 serait plus plausible d'admettre que celui-ci fut le père des deux autres : mais rien ne le prouve. Il se rencontre encore d'autres Port. Nos archives nous^ signalent un Heinze Port qui fut stagiaire à la Chancellerie en 1420, mais dont on n'entend plus parler dans la suite, et un Peter Port qui fut nommé à une chapellenie de-
1) Michel Port fat même échevin de 1509 à 1520. 11 résigna ensuite* pour des raisons de santé, mais fut réélu en 1521. 11 mourut en 1524.
S. George eu 1443. ») Ces hommes appartenaient-ils aussi à la même famille?
Nous avons déjà parlé de Hans Schilling et de la Bible qu'il termina en 1459. C'est encore un nom de famille assez commun dans le pays. Dans un procès de 1374, entre le landvogt Rodolphe de Habsbourg et Henri de Fleckenstein au sujet du fiied, un Hensel Schilling de Haguenau dit avoir été longtemps fonctionnaire dans ce canton (A. A. 149). L'année même où paraissait la Bible de Colmar, un Jobannes Schilling, animissaire, selemesser, de Surbourg, faisait un emprunt hypothéqué sur une vigne de ce village. Mais ce n'est point parmi ces Schilling indigènes qu'il faut chercher, croyons-nous, notre peintre-calligraphe.
Cinq ans auparavant, un Claus Schilling, bourgeois de Haguenau, mais originaire de Soleure, revendeur de profession, avait été arrêté avec sa femme Eilsen, pour malversations dans l'exercice de leur commerce. Aussitôt son fils Ba7is SchUling se présente avec trois membres de sa famille maternelle pour obtenir, sous leur caution, la mise en liberté provisoire de ses parents. Le magistrat commença par leur communiquer le dossier des détenus, dépositions des témoins et aveux. • Voulez-vous, leur dit-il ensuite, courir les risques d'un procès ou vous en remettre à notre discrétion. » Connaissance prise des pièces que l'instruction avait réunies, cautions et accusés se prononcèrent d'un commun accord pour ce dernier parti. En conséquence Claus et sa femme jurèrent un usphede, s'engageant à ne chercher noise à personne pour cette affaire et acceptant en punition de leurs fautes un bannissement de six mois Ci décembre 1454). Hans Schilling, appelé en cette occasion (ter junge, prit encore part à cet acte, dont il garantissait solidairement la loyale et fidèle exécution. Claus se retira avec sa femme à Kaysersberg, d'où un cousin de cette dernière, le noble Etienne
1) Cette nominatioo noas révèle an fait bibliographique qui mérite d être noté. Pour obtenir la jouissance viagère d'un missel lé^ué à l'Oeuvre par Eenteiogen, il paie à celle-ci la somme de 12 fl. (près de 500 frs.)* — Si énorme qu'il paraisse au premier abord, ce chiffre se comprend. On lit dans un inventaire contemporain, à propos d'un missel de la Burg, qu'il est estimé à 26 fl.
34 DTEBOLT LAUBER
de Bavière, suscita toute espèce d'ennuis à la ville de Haguenau. Hans demeura chez nous. Il est possible toutefois qu'il ait fait plus tard à ses parents une visite plus ou moins prolongée, ce qui a pu le mettre en rapport avec le seigneur d'Andolsheim, dont les armoiries figurent dans une illustration de la Bible colmarienne ^), probablement commandée, en tout cas acquise par lui. Voilà tout ce que nous avons pu découvrir sur Hans Schilling.
Si les recherches du D' Kautsch nous présentent beaucoup de manuscrits sans nom d'écrivain ; nous rencontrons ailleurs, dans les documents de l'époque les noms de beau* coup d'écrivains, dont nous ignorons en grande partie, souvent même d'une façon complète, l'activité littéraire. C'était certainement un enlumineur de profession et très probablement un collaborateur de Lauber, que ce Lorentz Minne^ hans, guldenschriber, bourgeois de Haguenau, dont la veuve Catherine vendit à Thôpital, en 1473, une grange avec dépen* dances au Bûhel, dans la rue dite zum Reisser. Mais endehors de ces noms et de cette propriété, on ne sait rien de lui.
Plus vagues encore sont ces mentions, et moins utiles par conséquent, lorsqu'elles se contentent de la qualification générique schriber. Celle-ci convient à un notaire, à un greffier, à un commis quelconque, aussi bien qu'à un caliigraphe. Elle peut même, si aucun autre renseignement n'en précise la portée, n'être qu'un nom de famille.
Il serait plus facile de s'orienter si la ville de Haguenaa et ses établissements publics n'avaient pas perdu, pour le XV® siècle, presque tous leurs comptes. Mais le temps ne nous a laissé, hélas ! et en partie seulement, que ceux de l'Oeuvre S. George, de la léproserie et de quelques béguinages. Encore faut-il ajouter de suite que ni les lépreux, ni
V. F. F. 154 les pièces de notre procès et d'un antre antérienr, fait à Clans Schilling en 1436. Nous n'emprunterons à ce dernier qu'une seule donnée. Ayant à écrire une lettre particulière à une de ses cousines en Suissej Claus recourut à la plume de Hans Meyer, clerc chez le schôffeoschreiber Gappel Ulrich. D'où la présomption que Clans ne savait pas écrire lui-même et que son fils n'était pas encore à cette époque (1436) en état de lui servir de secrétaire.
ET LES CALLIGRAPHES DE JiAGUENAU. 35
Jes béguines, ne s'occupaient de livres. L'Oeuvre reste donc notre seule et unique source d'informations. Elle fournissait à la paroisse les ouvrages nécessaires au culte, et à l'école ceux qui servaient à renseignement du chant. De plus, comme administrateur de l'église, ainsi que de sa fortune tant mobilière qu'immobilière, elle avait non seulement des contrats à rédiger, des arrêts à solliciter, mais aussi à tenir à jour et en bon ordre ses nécrologes, ses cartulaires, ses coUigendes. 11 lui arrivait donc de recourir parfois à des mains étrangères, surtout pour la conservation et le renouvellement de sa petite bibliothèque.
Cette bibliothèque n'était ni variée, ni alimentée par les publications habituelles de Lauber. D'un autre côté, pour la première moitié du XV"" siècle, les Comptes de S. George ont presque entièrement disparu. Le lecteur ne doit donc s'attendre qu à des renseignements peu nombreux et sans rapport direct avec notre atelier de calligraphie. Mais ces notes le transporteront un instant au milieu des contemporains de Lauber. Il verra par lui-même comment s'y prenait alors notre fabrique pour remplacer ou réparer ses livres.
11 est inutile de s'arrêter aux artistes que l'église chargeait de couvrir ses murs de leurs fresques, de décorer des reliquaires, des meubles ou des statues, de peindre des bannières, de tracer sur des ornements les esquisses qui devaient guider les brodeurs dans leur travail. L'un ou l'autre d'entre eux a pu s'occuper d'enluminures. Qui oserait le nier? La chose reste toutefois très incertaine et il nous suffira de relever leurs noms avec les dates où ils paraissent. Les voici : Wentzel le peintre (1441, 1460), Hartmann ou Hartung (1446, 1477) qui était en même temps sculpteur, Marx ou Marcus (1451, 1454), Hans Martin (1457, 1483) gendre de Hartmann, Clemens de Bade (1478, 1495) peintre sculpteur, Henri Lutzelmann de Strasbourg (1485), Diebolt Martin (1492. 1507).
Plus instructives pour nous seront les données suivantes: 1421 : 5 ^ (20 fr.) à Claus Hittendorf pour enluminer (illuminirenj un Psautier.
4422 : 2 fl. (82 fr.) à Kloheloch, pour écrire'le livre dans lequel sont les chartes.
1456 : 3 d. (0,95 fr.) à Frideriehy pour la couverture de la Colligende (zinsbuch).
4 d. (4 fr. 25) à Joh. Poten, pour inscrire dans le Nécrologe Tanniversaire de Kotter 4)ans.
9 fl. (370 fr.) à Friderich, pour écrire la Colligende, et traduire le Nécrologe en allemand.
1462 : 1 yî (3 fr. 70) à Joh. Offenburg, pour inscrire G. Merkwiller dans le Nécrologe.
1476 : 8 fl. (330 fr.) à Heinrich Taugustin, pour restaurer et écrire 4 livres qui étaient en mauvais état (à Técole), plus
35 fi (1^ fr.) pour fournitures de parchemin.
18*/a jî (72 fr.) à Joh. Werthus pour inscrire les anniversaires dans le nouveau Nécrologe*
1478 : 2 fi. 3 /f 9 d. (96 fr.) à Veltin Pfluger, le dominicain, contribution à un missel qu'il a écrit pour Téglise et promis d« corriger.
4490 : 40 fl. (1400 fr.) pour un graduel formant deux gros volumes en parchemin, achetés à Strasbourg chez Conrad Kitzinger le libraire (biichverkaiffer).
1495 : 5 /î (17 Ir.) au maître d'école pour un ordinaire qu'il donna à la sacristie.
42 fl. (1470 fr.) a Jean de Strasbourg calligraphe (buchsch/riber) pour un antiphonaire, renfermant 43 V4 quaiemen, doBt ebâcan coûte 10 fi (32 fr. 50) à écrire et 12 belles pages (schôner bletter) estimées à 6 /^ (19 fr. 50); il y eut de plus une vi^ngtaine de francs e& me^us frais.
4 d. (1 fr.) au maître d'école pour un ordinaire de la messe royale.
1 fl. (35 fr.) au même, qu'il a donné pour un bréviaire.
4496 : 40 fl. (1400 fr.) a Jmn£ae*/wr/caUigraphe(l)^c/i- <8cAn6^, cathédral) à Strasbonarg, pour un psautier.
1499 : 1 /î (3 fr.) au maître d'école pour un livre nécessaire au chœur.
2 fl. (70 fr.) pour 22 peaux de vélin destinées à un livre de l'orgue.
Et LES GA.LUGR.VPHES DE HAGUENAU. 37
15<X) : 4 fl. (140 fr.) au maître d'école pour écrire les deux livres de l'orgue.
2 fl. (70 fr.) au même, pour écrite un livre de Compas- ^ione B. V.
1502 : 4 ff 5 /î (300 fr.) envoyés à Joh. Hackfurt, pour écrire un Sequens et Sanetus, même format que le graduel^ tî Vi quaternes a 10 p.
1503 : G fl. (225 fr.) à André l'ancien maître d'école, pour "i livres destinés à l'orgue, outre 4 fl. ^140 fr.) pour le parchemin.
1508 : 23 ^ 4 den. (73 fr.) à Jean de Strasbourg le vieux messager de Cuntzelingen, pour réparer, rafraîchir et relier à neuf deux petits livres de chant (de l'école), qui étaient en très mauvais état.
1514 : 6 fl. (225 fr.) k Bastian Rosch, maître d'école ou calligraphe (schulmeister oder bvchschriber) pour réparer le gros antiphonaire et en rafraîchir l'écriture en divers endroits.
1515 : 5 fl. (187 fr.) à Veltin Wickram, le maître d'école pour rafraîchir (renoviren) le vieil antiphonaire.
1516 : 9 fi (31 fr.) à Bastian Rosch \e guldenschriber, pour écrire quelques antiennes et répons de la Bénédiction des fonts du samedi saint, afin de ménager le gros livre et de faire cesser tout conflt entre l'organiste et le maître d'école.
Comme cette Notice n'a pas la prétention d'être une dissertation rigoureusement scientifique, nous avons poussé nos extraits jusque dans le XVI* siècle, pour faire ressortir un fait, qui, sans tenir essentiellement à notre sujet, n'en est pas moins intéressant. L'invention de l'imprimerie ne modifia guère, pendant de longues années, les habitudes de notre église. Elle ne se contentait pas de faire restaurer ses vieux livres, elle les remplaçait par de nouveaux manuscrits en parchemin, malgré leur prix relativement élevé. C'était sans doute pour elle une question de solidité. Nous ajouterons même, pour achever cette digression, qu'elle agissait encore d'après le même principe au XVIi* siècle. Voici deux factures 'de 1600 et 1601 qui se rapportent à la rénovation d'un vieil
antiphonajre et à la confection d'un antiphonaire neuf. Jakob Zech d'Engen dans le Hegau, diocèse de Constance, y déclare avoir consacré a ce trai^ail 42 semaines k 12 fi (12 fr.) cha-^ cune, comptant en outre 3 ÏÏ 11 p (74 fr.j pour 16 peaux de vélin et 14 fi 8 d. (15 fr.) pour frais divers.») Jacob Zeckh devint notaire \^schœffenschreiber) en 1603 et échevin en 1624. Ce n'était donc pas le premier venu. Un salaire de 12 fr. par semaine paraîtra bien mesquin pour un homme de cette valeur. Pour être devenus des raretés, les calligraphes du XVll® siècle n'en étaient pas mieux payés. Cela dit, revenons à nos moutons.
Après 1490 les administrateurs de l'Oeuvre partagent leurs faveurs entre Strasbourg et Haguenau. Dans la première de ces villes, ils achètent un graduel chez le libraire Kitzinger; ils recourent k la plume de Jean Hackfurt et de Jean de Strasbourg, qui semblent avoir été deux calligraphes distincts. A Haguenau, ils emploient surtout les directeurs de Técole latine, d'abord Mag. André d'Ehenheim qui continua ses services, même après sa retraite (\^^ juillet 1503); puis Mag. Veltin Wickram qui séjourna ici de 1513 à 1518. Bastian Rosch est aussi appelé maître d'école. Mais tout ce que nous savons de lui, c'est qu'il fut chapelain à la Burg de 1518' à 1522.
Avant 1490, l'Oeuvre ne s'adresse qu'à des Haguenauiens. 11 suffira de signaler en passant Jean Poten ou Pont, Jean Offenburg et. Jean Werthus. Ils étaient tous trois des Johan^ nites, du clergé paroissial de S. George. Us pouvaient transcrire dans le Nécrologe de leur église quelques actes de fondations et accepter un dédommagement pécuniaire de cette peine, sans qu'on soit en droit d'en conclure qu'en d'autres circonstances, ils eussent fait, ou consenti à faire, œuvre de ealligraphe rétribué. Cette conclusion est au contraire par-
1) Il marque des frais de voyage, plas
19 d. (1 fr. 60) pour encre {dintenzeug).
22 d. (1 fr. 90) pour zinoher, gumi arah , gumi traçant, sang draconi» et autres species qui ont servi à taire une assiette (goldgrund).
20 d. (l fr. 70) pour un demi cahier d'or.
8 d. (0 fr. 90; pour des plumes.
faitement légitime pour les autres écrivains mentionnés dans nos extraits.
Henri Clohelouch, déjà nommé comme notaire dans les dernières années du XIV® siècle, était syndic de Haguenau (stadtschriber) depuis 1420. Sa position et ses aptitudes professionnelles l'auront fait choisir pour la confection du cartulaire.
Moins certaine est la condition de Friderich, Nous l'avons souvent rencontré sur nos pas, sans désignation de famille el sans autre qualification que celle d'écrivain. On trouve ailleurs un Frédéric de Gottesheim schriber, qui contracte la même année (1456) au nom de S. Claire de Strasbourg et qui fut nommé échevin en 1460. Deux ans auparavant un Frédéric Kornkauf schriber vend des grains à la Landvogtei. ») En 1466, un Frédéric est schriber de Jacques de Fleckenslein. Quoi qu'il en soit, la traduction du Nécrologe prouve que notre Frédéric possédait le latin aussi bien que l'allemand.' Quoique dépourvues d'ornements, qui eussent été ici un luxe déplacé, ses coUigendes, que nous avons encore, nous révèlent en lui un calligraphe de mérite.
On pourrait être disposé à confondre le Clans Hittendorf de 1421 avec le Clans Hittendorf, échevin à Haguenau de 1451 à 1477. Mais celui-ci qui n'était né qu'en 1402 eût été alors bien jeune. ») Nous préférons attribuer les enluminures de notre Psautier à son oncle, à un Claus Hittendorf, chapelain de S. Jacques k l'hôpital de 1399 à 1428.
Quant à Heinrich Taugustin et k Veltin Pfluger, le dominicain, pour apprécier plus exactement la part qu'au XV® siècle eux et leurs communautés, ils prennent au livre et aux arts qui s'y rattachent, notons encore quelques extrails de nos comptes :
1456 : 11 sch. 2 d. (43 fr.) k Pfluger, chez les Dominicains, pour relier les colligendes et le Nécrologe.
1) CbS EoiDkauf étaient uue famille d'écrivains. Elle compta un Jacques Kornkauf d'abord notaire^ puis successeur de Clcbeloch à la chancellerie ; un Hans Eorokauf, greffier de la justice, gerichtschreiber dans les années 1437, 1438, etc.
S; Dans une déposition de 1475, il Ee dit âgé de 73 ans.
1457 : 1 fl. (41 fr.) à Pfluger pour relier le graduel et rantiphonaire.
9 scb. 10 d. (37 fr.) au même, pour couvertures en peaux, fermoirs, signets.
1459 : 3 sch. (11 fr.) au même pour relier le Nécrologe allemand avec les fournitures.
7 V2 sch. (28 fr.} au même, pour relier un livre de l'école avec fourniture de l.t peau et des fers
1476 : 34 scb. (120 fr) à Dietrich, l'augustin, pour relier 4 livres de l'école.
1478 : 5 sch. (18 fr.) à Burghart, l'augustin pour relier le Nécrologe avec les fournitures.
1492 : 6 schil. (19 fr.) aux Auguslins, pour raccommoder et recouvrir deux hymnaires de l'école.
2 tl. (70 fr.) aux mêmes, pour coller, racommoder et relier Tantiphonaire et le graduel.
^ 1496 : 5 V4 fl. (194 fr.) à Jean Taugustin, pour relier Tantiphonaire neuf avec les fournitures.
10 sch. (32 fr.) au même, pour relier de nouveau et recouvrir le petit antiphonaire.
1500 : 6 sch. (20 fr.) au même, pour relier deux livres
en vélin de l'orgue.
1504 : 7 sch. (24 fr.) au même, pour relier le Sequens neuf.
1507 : 18 sch. (62 fr.) à Jean l'augustin pour relier les deux nouvelles colligendes et laver le papier.
1514 : 4 sch. (14 fr.) à un wilhelmite pour défaire le livre des Epitres, le relier et le recouvrir d'une peau.
1516 : 4 sch. (14 fr.) k un wilhelmite pour défaire un grand missel, le relier, le couvrir d'une peau de porc et fournir les fermoirs.
Ainsi, a cette époque, les couvents de Haguenau s'occupent de reliure et d'écriture. Ils relient même seuls, quoique tour à tour, tous les livres de l'église et de l'école, comme si l'administration bourgeoise de ces établissements n'avait aucun atelier bourgeois sous la main. Ils écrivent dans une mesure moins exclusive, bien entendu; mais ils écrivent
atissi et des œuvres considérables. Ces bons offices qui n'étaient pas des gracieusetés, des actes de complaisance, mais des travaux faits sur commande et payés suivant fac- 1;ure, les refusaient-ils à d'autres, à des particuliers, à Lauber, 5'il les demandait? Gela n'est point vraisemblable.
Gérard a pensé que Lauber eût mieux fait de s'établir à côté des riches Ghapitres de Strasbourg, chez lesquels ses «ouvrages pouvaient compter sur un placement plus facile. En parlant ainsi, il a perdu de vue qu'un fabricant ne dépend pas moins des ouvriers qui préparent ses marchandises que des clients qui les recherchent. Si Lauber ne devait pas trou- Ver dans nos monastères des acheteurs empressés, leur pauvreté relative en faisait des auxiliaires non moins utiles à son entreprise. Pourquoi n'aurait-il pas ' cherché chez eux des copistes pour ses manuscrits latins, et surtout des relieurs, alors que, malgré son activité, il ne produisait pas assez pour occuper un atelier particulier de reliure?
Ge qui est vrai des religieux, peut aussi se dire des chapelains. Haguenau en comptait alors une trentaine. Etrangers à toute fonction paroissiale^ leurs messes dites, ils disposaient de tout leur temps. Us avaient beaucoup de loisirs et fort peu de revenus. Leurs prébendes fondées au siècle précédent avec des capitaux placés à 10 %, ne suffisaient plus à leur entretien, alors que la rente tombait, vers le milieu du XV* siècle, à 5^/o. Ceux qui ne pouvaient pas y suppléer à 4'aide de leur patrimoine ou d'un cumul de bénéfices, étaient forcés de se créer d'autres ressources. Ils donnaient des leçons, se faisaient notaires, ou comme nous l'avons vu à Tinstant, à propos de Claus Hittendorf et de Rosch, ils copiaient et enluminaient des livres.
Une autre catégorie d'écrivains qui pouvaient prêter à Lauber un concours plus ou moins régulier, se trouvait chez les Schœffenschreiber. On nommait ainsi les scribes qui rédigeaient les actes scellés par les échevins ou schœffmi, 4;estaments^ contrats de vente^ de mariage, d'échanges, emprunts et autres conventions de ce genre. On n'exigeait guère d'eux qu'une belle écriture et une certaine connaissance des for^
mules, qu'ils acquéraient par un stage chez un vieux praticien. Aussi leur nombre dépassait-il de beaucoup les besoins de la place. Quelques-uns sans doute, mieux vus du publio^ et des échevins, se tiraient d'affaire. La plupart joignaient à leur étude quelque charge plus ou moins lucrative. C'est parmi les Schœffmschreiber que sont pris les receveurs de rOeuvre et des béguinages, hans Edelman (1458 — 1490)^ iMichel Port (1490—1519); les receveurs de Thôpital, Jean Groman (1454—1459), hansRiete (1461-1492), Jacob Schrya (1493 — 1497); le receveur des lépreux Michel port (1496 — 1501). Le même fait se constaterait certainement dans tous les établissements analogues, si nous connaissions leur per-« sonnel.
Ce fait est en même temps une innovation. Avant 145& la schafnei de l'Oeuvre et des béguinages était confiée au werckmeister. Les Recettes des lépreux et de l'hôpital existaient avant les titulaires ci-dessus indiqués; mais elles étaient entre les mains de gens de métier. Que pouvaient faire à cette époque les schœffenschreiber, aussi nombreux dès lors que par la suite?*) Ils aidaient ces receveurs illettrés, mettant leurs comptes au net, soignant les écritures qui exigeaient de la calligraphie. Mais ces petits services ne les occupaient guère et ne rapportaient pas gros. Il est donc a croire qu'eux aussi ils ne refusaient pas de tirer de leur plume un meilleur parti, de fournir à Lauber des copies, qui étaient sans doute moins bien payées que leurs actes, mais qui leur assuraient du travail pour leurs loisirs.
Cette conséquence s'impose avec d'autant plus de force^ que les écritures de nos établissements publics, si modestes qu'elles fussent en elles-mêmes, ne leur étaient pas toujours accordées sans partage. Si l'on voit figurer comme schriber à l'hôpital, hans Nugert (1436), hanseman (1437, probablement hans ou hanseman Sweighus), Jean Riet (1441), etc..
1) D'après la statistique minutieuse quoique forcément incomplète, quenous avons pu dresser avec les chartes du temps, leur nombre n'a guère varié; pendant tout le XV® siècle, il flotte entre 7. et 9. A côté d'eux se rencontraient en outre les notaires proprement dits, qui dans leursactes prenaient le titre de pubîicus imperiali attctoritate notarius.
connus d'ailleurs comme schôffenschreiber; on y rencontre aussi Heintze Hôhen (1430) dont le nom ne se lit au bas d'aucun acte. Si les comptes de la léproserie sont écrits depuis^ 1465 par les notaires Jean Blitzer et Jean Fleming, le même travail était fait avant eux par le schriber Benedict Hanneman^ qui seconde de la sorte, dans leurs Recettes, non seulement son père^ le cordonnier Claus Hanneman, mais aussi les successeurs de ce dernier, Ulrich de Sufelnheim (1453 — 1455), Heintz Wipruch (1457—1461), Jacob de Wormbs (1463).
Aucune de ces données historiques ne se rapporte directement à Lauber; et cependant leur ensemble jette, ce nous semble, un jour très vif sur son atelier. Elles ne nous font connaître, d'une manière certaine et par son nom, aucun de ses collaborateurs; et cependant nous savons, grâce à elles, quelles étaient les ressources dont il disposait, dont d'autres usaient de son temps, dont il a dû user lui-même.
On a vii des travaux rétribués de calligraphie, exécutés par les religieux Henri Taugustin et Valentin Pfluger le dominicain; par les chapelains Claus Hittendorf et Bastien Rosch; par les maîtres d'école André d'Ehenheim et Valentin Wickram; par les schœffenschreiber Hanseman, Jean Nugert, Jean Groman, Jacob Schrin, Jean Blitzer, Jean Fleming, etc.; enfin par des hommes vaguement désignés sous le nom de schriber, comme le Frédéric de St. George, le Heintze Hôhnen de Thôpital, le Benedict Hanneman de la Léproserie.
Lauber occupait certainement ces derniers qui étaient des spécialistes, ainsi que la plupart des écrivains dont l'existence ne nous est révélée que par des mentions accidentelles, comme Laurent Minnehans l'enlumineur, Martin schriber de Gœrsdorf, Frédéric Kornkauf, Frédéric de Gottesheim, Claus Riff le jeune, Rudolf Mutzdorf, Martin Voltz. Adam Ruff d'Imeringen^ etc. Mais il ne pouvait pas dédaigner les autres. Quand un industriel a sous la main des auxiliaires de ce genre^ assez nombreux et assez bien formés pour donner dans un moment de presse tout l'appoint désirable, assez assurés de^
44 DIEBOLT LâUBëB ET LES GÀLLIQRA.PHES DE HA.6UENAU.
leur entretien pour supporter sans murmure les chômages des mortes saisons, il y aurait plus que de Taveuglement pour lui à négliger un concours à la fois si commode et si efficace. Le seul point sur lequel la critique puisse hésiter, ^'est la part proportionnelle qui revient, dans l'atelier de Lauber, à ces deux classes de collaborateurs.