‹ Dietrich BuxtehudeChapitre 31 sur 70 · CANTATES POUR L « ABEND.MUSIK · texte numérisé non relu

CANTATES POUR L « ABEND.MUSIK

succèdent les phrases les plus vulgaires et les plus vides, en ce passage, par exemple,

sjb jty* 0 M m , l JU

t?K v— i— h— fi-^-L#— •

*IJE

-izipziprj^prts^

Me in Herze soll dir grùnen in stetem Lo!) und Freis1, Und deinem Namen dienen

Dans la quatrième strophe, la basse dit un récitatif, et non sans justesse. Enfin, nous devons signaler, dans le premier couplet, chanté à trois voix, en style d'imitation, un motif où paraît se manifester, comme en un motif analogue de la cantate Kompst du, Licht der Heyden, la joie populaire.

Da-mit, was dich er - get- ze, da-mit, was dich er - get-ze.

C'est le même entrain que l'on trouve dans le cantique de Noël, In dulci jubilo, harmonisé à trois voix, avec accompagnement de deux violons et basse2. En quelques accords vacillants, Buxtehude imite, dès la première phrase, les cornemuses au souffle inégal,

S. i et S. 2 In dul - - ci ju - bi lo

S^ÉiKï*s

Basse et basse continue

et les violons répètent, à l'octave supérieure, la tremblante cadence (A); par de plus longs interludes, le compositeur se

1 C'est encore le motif cité p. 247. Voyez la note 2.

1 Upsal, Tab. 82 : 43, fol. 22 e. M"4 M. L. Pereyra a bien voulu consulter pour moi le ms. de cette cantate à la bibl. roy. de Beriin.

plaît à en opposer les ondulations à la démarche assurée de la basse,

Mil III |i, ,

rs d. -*W-* d. -f-J-* d. ' ' J J J

Sva bassa

conflit où se heurtent, pour notre plaisir, l'entêtement rustique du refrain, et l'opiniâtreté doctorale du continuo.

Dans la quatrième strophe, les instruments, qui ont épuisé tous les soupirs des bergers1, se risquent à des audaces de ménétrier.

h 1 n JrJl n i]u4 1 H 1

<Si'a 6<ma

- - - di

Ainsi, Buxtehude évoque les anges qui préludent à leurs nova cantica, comme un Breughel les peindrait.

Tout près de finir, il rétablit le dialogue. Là, s'épanche de nouveau la champêtre harmonie des sixtes, là s'entrecroisent des répliques aussi brèves que des échos. Dans les dernières mesures, les rumeurs dispersées se fondent en de grandes exclamations (Eia, tvàr'n wir da! da! dal). La conclusion, par là, gagne en puissance; mais la banale majesté des péroraisons d'apparat ne l'alourdit point. Car le musicien est assez riche de ses souvenirs et de ses visions pour parler d'abondance : la rude allégresse qui s'empare des gens du Nord, au Jiddag1, l'inspire ici, comme l'ont inspiré, d'abord, les images qu'il s'est faites de la pastorale biblique en entendant quelque paysan, joueur de Sackpfeife.

1 Les motifs joués dans les ires strophes sont d'un caractère pastoral bien déterminé.

2 II ne faut jamais oublier que Buxtehude a passé toute sa jeunesse en Danemark.

CANTATES POUR l'« ABENDMUSIK » 255

C'est une joie fort vive, aussi, que Buxtehude exprime dans la cantate Jesiclet'n, dît tansendschôn1 . Dans l'introduction, il présente, d'avance, une octave plus haut pour les violons, tout ce que vont chanter, dans la première partie, l'alto, le ténor et la basse. Et, sans paroles, l'orchestre se fait bien comprendre,

r. i j-s i ra ! 1*5 r-n ( — , , < TT n

Fagotto ovveru Violon '^ ' i^^

MU uvvGiu r iviun \^

Organon 6 6 5

mais les accords détachés que l'on trouve à la huitième mesure ne sont pleinement intelligibles que si l'on sait à quelles invocations ils correspondent, dans le chant; tandis que les amples motifs qui suivent, n'auront de signification dans le chant, que si l'on en reconnaît le caractère instrumental.

1 Upsal, parties séparées, 5i : g.

Allô Du, du, du, o niei ner See-len Zier,

geliest

len, al -

geliest al

assi B.c.

Jt=*

Basso § § 6 $

geliest

len, geliest al - len Blijmlein fur (vor)

geliest al - len, al

len

k>n, al -len

Trois soli succèdent à l'introduction et au premier ensemble : avec beaucoup d'expression, l'alto demande la force, et le «doux nectar» qui rafraîchit l'âme souffrante1;

lass den siissen Nec-tar-safft auff die

!L I I ' I Al I

kran ----- cke, auf die

8va bassa

1 Je signale une sorte de port de voix sur l'invocation O, les tenues mêlées de battements, sur stets, l'élégante vocalise sur labe.

CANTATES POUR L « ABENDMU31K »

kran - cke Seele auff die

kran -• - - - cke Sce-Ie fliessen.

le ténor, en un langage assez vulgaire, vante le parfum de la fleur tombée des jardins du ciel, pour le salut des hommes: point d'ambre, ni de musc, ni de baume qui l'égale. Et la basse, plus amplement, et plus heureusement, dit les désirs de l'âme que le «doux Nazaréen» a ravie. Là, des phrases d'une langueur inattendue, ont, dans l'orchestre, des reflets délicieux,

Violons

** ^ Ï"RR Hn^ i fi 1

> ?-7-§»-Ph-r- l-Frfi l-f — '5* - F-

:tz:

Wie selin' — — — — ici) micli 6 76 ff

Fag.

JSJy, j-jv^M^Ejoa

Ach ! wie selin

micli nacli dir, 0 du zar-ter, 0, du

zarter Na - tza — re-ner '

et ces traits descriptifs, tracés par les violons, expliqués ou proposés par le chant, se meuvent en de belles arabesques, aux lignes lumineuses, aux enroulements réguliers2.

1 Les violons reprennent le motif joint à cette invocation (0 du ^arte>) deux octaves plus haut.

2 Dans tout ce passage, le développement est très heureusement conduit.

/ -ri JTT3 i5é ^

rËx±

) •? Dei - ne Him - nuls kla - re Ziei

-fc

(ist ja tausendmal noch schôner) als was die - ses Rund der Welt,

wmimmm

aïs was die - ses Rund der Welt

sonst fur Scliônheit in sich

hait.

CANTATES POUR l'« ABENDMUSIK » 25o,

Après ces soli, fidèle à une méthode qui lui est familière, Buxtehude reprend le premier chœur, mais avec d'autres paroles; et il termine par un Alléluia fort joyeux, auquel les violons préludent bruyamment, un peu à la manière des musiciens de kermesse.

AI -le - - lu-ja Al -le - - lu-ja V. t

l n rrn nj i r

Al-le - lu-ja Al le - lu-ja

Rasso

Fag. etRc. °

AI le - lu-ja. Aile -lu-ja, Al -le -- lu-ja, Al-le - - lu-ja

Fag.

On pourrait dire que, du commencement à la fin, la cantate Bas neugebohrne Kindlein l dépend de ce motif:

Yivace

4 i 4 4344 ttJjJ4 ***•* W.-l-i *„„..' i I 1 y *•«* L i i— J

/?. c. 5ra basxn .

Tel que les violons l'annoncent dans l'introduction, il dirige le premier chœur, et il en occuperait tout l'exorde, si des vocalises entrelacées à la vieille mode ne brisaient, pour un moment, l'élan qu'il a donné;

i Upsal, parties séparées 5o

2ÔO DIETRICH BUXTEHUDE

Der aus-er-wâlil - - len, der aus-er-wiilil — — —

rm

Der aus - er - - waiil

ten Chris

- ten Scliaar

— — len

# m - 0 Vju. «

Cliris - - — len - scliaar, der ans - er

mais l'orchestre l'impose de nouveau, dans une ritournelle toute semblable à l'introduction. Il survit encore, par le rythme, quand les instruments répondent aux voix, au début de la deuxième strophe; dès qu'elle sera terminée, il reparaîtra, dans un autre ton, trépidant refrain de la joie terrestre, qui contraste avec la paisible expansion des jubilations angéliques.

Und sin

in den Liif - ten frey

=fc=t

ffffB

"ry

PI

i nn

CANTATES POUR L « ABENDMUSIK »

2ÔI

Nous l'entendrons aussi, après Yadagio de six mesures où les chanteurs, en de solennels accords que les violons renforcent, proclament l'alliance renouvelée avec Dieu; et ce n'est point une modulation conduite par hasard qui le présente, alors, en majeur, comme pour annoncer lesphrasts où il sera pleinement révélé :

fl^=lLA£=è-££=i1=

Das

Je - su - lein ist un - ser Mort

Es bringt das redite Ju-bel - - jahr, Was trau-ren wir dann im-mer-dar?

- — 0 — J — 0 — 0-yn — 1 m L

6 6 5 fl

Les paroles du dernier chœur (B) expliquent en effet les métamorphoses du thème. En prélude à cette musique puissante, Buxtehude avait fait jouer aux violons un intermède de caractère guerrier, dont la fin, toute frémissante, prépare l'entrée de la basse, accompagnée de fanfares:

notons 1 pi | n 1 rrn \-

Page 1