c d Violone
:f=±=£=qi:
-exs—PP — -— — J
Avec tout le métier de son art, il possède, on le voit, l'expérience des choses : c'est pour cela que sa musique respire, palpite, et parfois, s'enflamme. Il est impossible de prétendre qu'un tel compositeur n'ait eu sur Buxtehude aucune influence. Même sans s'appliquer à l'imiter, chaque musicien danois devait considérer avec curiosité les travaux d'un personnage dont le caractère était si particulier, et la situation si haute.
Et quel artiste serait resté sans intérêt pour ces fêtes où la chapelle du roi représentait une pièce aussi importante que Çadmus, le second opéra, en somme, que l'on vît dans le royaume? Après l'opéra, il y eut Vertskab (26 septembre)'2, et «les plaisirs de la forêt» furent le thème d'une sorte de ballet, que la cour dansa, où trois princesses du sang et huit dames de la noblesse parurent en bergères, et où un
1 Das ist meine Freude (alto, basse et 5 instr. à cordes). Le ms. est daté de i65g (Upsal, Vok. mus i Hdskr. 21 : 1).
2 Voyez la description d'une WirthschaH dans les Memoiren der Her- "\Ogin Sophie, nachmals Kurfûrstin von Hannover, éd. Kôcher, 1879, p. 5i. La fête c'tait donnée par l'empereur d'Allemagne (i653). Cf. sur ces divertissements, le P. Menestrier, Des représentations en musique, anciennes et modernes, 1681, p. 283, K. Biedermann, Deutschlands geistige, sittliche und g esellige Zustânde im 1 8ten Jahrhundert, II, 1, 1880, p. 91; J. Sittard, Zur Gesch. der Musik und des Theaters am Wùrttembergischen Hofe, I, 1890, p. 201.
paysan et une paysanne de théâtre chantèrent1. Le lendemain, les musiciens du roi prirent part au service religieux, et la reine admira le talent du Napolitain Antonio de Blasii, chanteur de la chapelle de Dresde2. Pendant le repas, le même jour, on joua du violon; deux trompettes de l'Electeur de Saxe sonnèrent, et le « petit Baltzer», Balthasar Butheuck, que nous avons vu au service de Christine, concerta sur la viole de gambe3.
Cette abondance de belle musique ne resta pas, sans doute, inutile pour Buxtehude. Elseneur est si près de Frederiksborg, que, vraisemblablement, il parvint à pénétrer quelque jour au château. Tout au moins, il dut chercher à obtenir une description détaillée des fêtes. Evidemment, il était encore en relations avec des musiciens de Copenhague, et il connaissait ainsi ce qu'entreprenaient les artistes à la cour ou à la ville. C'est alors qu'Andréas Kirchhoff gagnait sa réputation de compositeur pour les instruments à cordes4. Les sonates que l'on a conservées de lui, sont assez habilement écrites, et dans un style alerte.
Sonata à 4 (1664)"' Simplionia. Adagio.
Violino et Viola n.
fc^a 1-
Yiola 2ia
if^ES
r-^==tr:-g:
1 Die Waldlust, Masquarada, im Walde beym Kôniglichen Schlosj Friedrichsbarg allerunterthânigst fûrgestellt (Hist. Tidsskrift, VIevol., p 490, dans l'article de C. Molbech, Ludvig Holberg og hans Samtid), cf. Gottsched, ouvr. cité.
- Voyez Eitner, Quellen-Lexikon.
3 Den svenske Résident Gustav Lilliecronas Brève til Kong Cari den Ellevte, i<)63 — 70, dans les Samlinger til Danmarks Historié under Kong Frederik den Tredies Regiering af udenlandske Archiver, publ. par P. W. Becker, 2e partie, i85;, p. 20 et p. 448 (note de la p. 20, d'après une une relation allemande du voyage du prince de Saxe).
4 « Musicus instrumentais excellens civitatis Hafniensis multa et quidem praeclara in musicis egit sed inedita», écrit de lui Schacht, ouvr. cité, p. 7.
5 Bibl. d'Upsal (Instr. Mus, i Handskrift, Caps. 4, 8) communiqué par M. Rafaël Mitjana, à qui j'exprime ici toute ma gratitude.
Allegro
! i-= iz— =tc= =:
Sonata à 4 (1664) ' Prœludium. Presto.
tw I J — I— g
*LjLfî3 ,
Allemand. Adagio
^ 1 ' lLU 1
3=to*
J^Jr
iAl-2
Courant
Saraband
— ci j .j j i
1 Upsal, Instr. Mus. Caps. 4, 6, 7. Coin, par M. R. Mitjana.
Chique
Bi-112:
j-JU-
hé
..- jfi ± u bJ-
là b «1 sp- r i.
-Hy-t-
Sonata à 6.
Adagio
V/oZon f, 2 eZ 5.
Braccio i°, 2°. c cl
Éfe=
iPi^^^^^
Yiolone.
§JjE^EgE|EÈEE
SfSL
En ce même temps, Johann Schrôder, organiste à Saint- Pierre et au château royal, recevait pour élève Johann Philipp Krieger1, attiré peut-être par la renommée de savant
1 Mattheson, Gruhdlage einer Ehrenpforte , p. 147. Krieger dut aller à Copenhague en i663. Après 2 ans d'études, son maître le prit pour suppléant ; en 1667, on lui offrit la place d'organiste à Christiania, mais il refusa (J. G. Doppelmayr, Historische Nachricht von den Nûmbergischen Mathematicis und Kûnstlern. Nuremberg, 1730, pp. 278-279).
maître de contrepoint que Schrôder avait acquise l. En cette église de Saint-Pierre, qui était l'église allemande, Michaël Zachaeus, de Kremnitz, était cantor depuis i656 environ-, A Saint-Nicolas, Johan Lorentz maintenait la coutume de faire entendre l'orgue, le lundi, le mercredi et le vendredi3. Dans les dernières semaines de 1664, enfin, étaient arrivés à la cour six « violons » français : Gaspard Besson, né à Marseille, en était le chef; Nicolas Gouffreville, Matthieu Rossignol, Pierre Gravelle et Pierre Bouquet l'accompagnaient, ainsi qu'Edme Moulier (Mollier), né à Chaumont en Champagne, qui jouait la basse4.
Tandis que la musique se ranime ainsi, et redevient aussi florissante que jamais en Danemark5, Dietrich Buxtehude
1 « Johannes Schrôder, Magister quondam Capellae Regiae Hafniensis, composilionibus diversis conlrapuncti jloridi et duplicis manum et ingenium adhibuit: sed dolendum quod ejusmodi rarissima opéra in tenebris lateant, quippe cum hucusque non sint literis impressav, écrit Schachf (ouvr. cité, p. 66). Dans la seule composition, attribuée à J. Schrôder, que nous connaissions, on chercherait en vain les témoignages de cette habileté d'écriture que loue Matt. Schacht : les deux violons jouent presque toute l'introduction en tierces, et, pendant neuf mesures, les deux voix qui chantent les premières, ne cessent point de s'accorder à la tierce. Les épisodes à grand chœur sont d'un style lourdement syllabique; il y a du moins quelque noblesse daus la phrase dite en solo, pax et fortuna, etc. (Adesto virtutum chorus, à 6, C. A. T. B, deux violons et basse. Bibl. d'Upsal, Vokalmusik i Handskrift o\, 19). Schrôder dirigea la chapelle royale après le départ de Fôrster.
2 Nova literaria Maris Balthici et Septentrionis, 1698, p. i85.
3 Vers 1672, Holger Jacobaei écrit, dans son journal : vOrganum pneuma~ ticum tcmpli S. Nicolai egregium est. Organista ipse nulli in Europa secundus. Han léger derpaa om Sommeren Manda g, Onsdag, Fredag, fra Klokken 4 til 5, meget konstige Stykker, hvilket baade Fremmede, og Indvaanerne selv, som sammetid spadsere i Kirken, med Forlystelse horer- om Vinteren fra 3 til 4. Lonnes derfor af BorgerskabeU. Publ. par Suhm, dans les Nye Samlinger til den danske Historié, 3e vol. Gop. 1794, p. 180. Jacobaei admire aussi le carillon de l'église Sanctorum Hospitium, composé de 19 cloches, qui joue des versets de psaumes. Au sujet de l'orgue de Saint-Nicolas, voyez plus haut, p. 18.
* Cari Thrane, Fra Hofviolonemes Tid, p. 24. Il y avait, à la cour, un maître à danser français, Pilloy (Th. Overskou, Den danske Skueplads, 1854 p. 107 et p. 109;.
5 C. Thrane, ouvr. cité, p. 24.
commence à faire connaître qu'il sait écrire. Un de ses motets fut composé peut-être quand Fôrster était encore maître de chapelle du roi : Buxtehude se dit, sur le feuillet du titre, organiste de l'église Sainte-Marie d'Elseneur, et il ne garda ces fonctions qu'un an environ après le départ de Fôrster1.
L'œuvre a donc été faite, au plus tôt, vers la fin de 1660, au plus tard, dans les derniers mois de 1667. Buxtehu de l'a dédiée, en manière d'étrennes, à un certain Christoph Schneider, « commissaire » du roi de Suède à Elseneur. Ce Christoph Schneider fut, de 1645 à 1662, maître de poste suédois à Elseneur"2. Il fréquentait volontiers les musiciens: il est inscrit parmi les créanciers de l'un des prédécesseurs de Buxtehude à l'église Sainte-Marie, Jonas (Johannes) Garding (i65o)3. Chargé, sans doute, par son gouvernement d'observer le Sund, il signale, en i656 (lettre du 19 iuin), la situation de la flotte hollandaise4, et les renseignements qu'il envoie doivent être fréquents et précieux, en ce moment où la paix est mal assurée5. Pendant la guerre, le gouverneur de Kronborg fit visiter des coffres qui se trouvaient dans sa maison (4 janvier i658). En 1660, il est cité dans un état de succession ; en i663 et 1664, il figure comme parrain dans les registres paroissiaux6. Dans une lettre du 9 juillet 1666, on lui donne le titre de « commissaire » 7. Il avait probablement reçu cette dénomination quand il cessa d'être maître de poste en 1662. Le motet de Buxtehude
1 Fôrster prit congé au printemps de 1667 (Thrane, ouvr. cité, p. 23).
2 Hastrup-Schultz, ouvr. cité, p. 211.
3 Communiqué par M. S. A. E. Hagen.
* Magnus Durels Brève til Kong Cari Gustav, 1 654-1 657, publ. dans les Samlinger til Danmarks Historié under Kong Frederik den Tredies Regering, af udenlandske Archiver, éd. par {P. W. Becker, i«r vol, Copenhague, 1847, p. 102.
5 Un certain Peter Isaksen était chargé sous Gustave Adolphe d'observer ce qui se passait dans cette région. Il mourut en 1625 (Dansk biogr. Lex. VIII).
8 Communiqué par M. S. A. E. Hagen.
7 Samlinger... de P. W. Becker, 2e partie, 1837, p. i5o {Den svenske Résident, Gustav Lilliecronas Brève til Kong Cari den Ellevte 1 663-1 670). Dans ces mêmes lettres, le 24 sept. i663, Schneider est encore désigné sous le titre de Postmester (p. 20).
ne serait donc pas antérieur à cette année, puisqu'il est destiné au «très méritant et très digne» commissaire du roi Charles de Suède. Admettrons-nous que cette musique fut offerte à Schneider «strenae loco», même après 1663? Un mot de la dédicace nous y autorise presque. Le compositeur explique pourquoi son œuvre est adressée à Schneider : Schneider est son protecteur, qu'il vénérera toute sa vie ; il aime la musique comme peu d'hommes savent l'aimer, et ce «spécimen de son art» lui revient, si modeste qu'il soit, en hommage d'un cœur reconnaissant. Or, pour mieux dire quel prix a pour lui cet acte de gratitude, Buxtehude ne se contente plus, ici, de parler latin, il emprunte au grec, et écrit, fort proprement, avec l'accent qui convient, le mot Ts/.ar'ptov. Veut-il éblouir le maître de poste, devenu commissaire royal? Ou plutôt, ne tient-il pas à paraître érudit près d'un autre personnage, très entêté d'hellénisme, et, au-delà de Christoffer Schneider, ne désire -t-il pas atteindre Marcus Meibomius, autrefois bibliothécaire de Christine de Suède, maintenant administrateur de la douane du Sund, pour le roi de Danemark ? Ne souhaiterait-il pas de lui donner à croire qu'il n'est point, sachant le grec, un de ces praticiens du commun, qu'épouvante le titre seul du recueil qu'il a édité, Antiqvae Mvsicae Avctores septem l ? Cette flatterie indirecte, fort aisée et assez habile, serait bien dans l'esprit du temps: et surtout, dans l'esprit des petites villes, et là, d'un effet sûr, en quelque temps que ce fût. Mais, alors, le motet n'aurait point paru avant les étrennes de 1664, car Meibom ne devint péager du Sund qu'en i663. D'ailleurs, il serait étrange que Buxtehude eût, très peu de temps après la guerre, étalé ses sentiments de déférence envers l'agent du roi « sérénissime et très puissant » des Suédois, quand les bourgeois de la ville gardaient encore une aversion vivace pour l'ennemi, quand on voyait sur les mains de Gerner les marques de la torture, quand le souvenir des conjurés mis à mort par les Suédois n'était pas éteint, quand, enfin, le pasteur de l'église où Buxtehude servait, était toujours ce J. V. Steman, qui s'était exilé d'Elseneur, plutôt que d'y
1 Voyez plus haut, p. 34.
vivre sous la domination des vainqueurs. Pourquoi, au surplus, ce témoignage public1 de reconnaissance pour Schneider? Peut-être avait-il épargné à l'artiste ou aux siens quelque vexation pendant l'occupation suédoise, peut-être lui avait-il procuré quelque avantage, lorsque Christine et sa suite avaient été fêtées à Kronborg, peut-être aussi, quand il était encore maître de poste, lui avait-il facilité le voyage de Hambourg2. Peut-être, enfin, et ceci reporterait le motet jusqu'aux étrennes de 1668, l'avait-il aidé, quand il songea, vers la fin de 1667, à succéder à Franz Tunder, organiste de la Marien-Kirche de Lubeck. Dans le texte de cette œuvre, on trouverait aisément le moyen de justifier cette hypothèse. Les versets du psaume 118 que Buxtehude a choisis expriment fort bien les vœux, les prières et les promesses d'un prétendant : « Ouvrez-moi les portes de la justice; quand je serai entré, je rendrai grâces au Seigneur; voici la porte du Seigneur, par où les justes entreront, ouvrez, ouvrez; c'est le jour que le Seigneur a fait; ô Seigneur, sauvez-moi, soyez-moi propice; béni celui qui vient au nom du Seigneur». A les considérer dans ce sens, on reconnaît que ces phrases sont saturées d'allusions, et que le musicien y démêlait, pour ainsi dire, l'oracle de sa destinée, expliqué par ses désirs.
Sur ce sujet, il composa pour trois voix, alto, ténor et basse, deux violons et basse continue3. Cet arrangement est, alors, très commun : Heinrich Schutz donne la même ordonnance à plusieurs de ses Symphoniœ sacrœ, Julius Johann
1 Buxtehude ht sans doute exécuter cette pièce. Voici la dédicace, qui sert de titre à ce motet, Serenissimi ac potentissimi Svecorum / Régis / GAROLI / Commissario, Helsingorae, meritissiriio, j dignissimo, / Dno / Dn. Christophoro <S(St|DÏî(S32S9t / fautori suo aetatem colendo, arti Musicae / in paucis amico, hoc, qvalecunque est artis / spécimen, in grati animi TEXfjniJpiov, / strenae loco, dicat et offert / Dietericus Buxtehude, / Ecclesiae, qvae Helsingorae est Germanicae, Organista. Bibl d'Upsal, bo, 4.
3 En lui permettant d'accompagner le courrier suédois, d'Elseneur â Hambourg. Le voyage de Copenhague à Hambourg coûtait alors i3 Rixdaler «des Pâques à la Saint-Michel.» G. L. Baden, Faedrclandets Historié, II, p. 406).
3 Aperite mihi portas iustitiae, a 5, A. T. B. et 2 Violini. D. B. H.
Weiland ', Christoph Bernhard2, Caspar Fôrster3, Giacomo Carissimi '% d'autres encore5, disposent leurs motets de semblable manière. Buxtehude n'a pas l'intention de troubler la coutume, ni par la forme, ni par la substance de son ouvrage. Des deux motifs que le ténor et l'alto présentent, aussitôt après l'introduction, le premier est fort simple, et le second, bien connu :
A. A-pe — ri- te, A - pe -
#=2" f " t — =n tl 5 il
T. A-pe - - ri - te, A-pe - - ri - te6 . , ■/.
i ; i il iii
— P— 2 F ] fi \-o-
ri - te
a - pe - ri - te mi - lii
Il 7- i,,!
§ÎE
por — tas
a - pe - ri -te nii-lii por -
Tt
ZT.
A-pe - ri - te mi - hi por - - tas
A-pe- ri -te
' AEYTEPOTOKOI, ••• Braemae, iG5ô, n»s i3 et 14 (A. T. B., 2 violons), no i2 (C.T. B. 2 v.) et n° i5 (A, 2 T. 2 v). - Geistliche Harmonien, i665.
:i Repleta est malis anima nostra (A. T. B. 2 v. Upsal. 7^z£. 78, no 4.3).
4 In te, Domine, speravi (Bibl. nat. Vml i638). — Surgamus, eamus (B. nat. \'ml 1267, 1 1).
5 Rosenmû!kr, Dialogo... von Tobia vndt Raguel (Ups. Tab. Si, p. i3). — Balt. Erben, Confitebor tibi, Domine (Ups. Vok. mus. i Hdskr. Caps. 20: 3).
6 II y a quelque ressemblance entre ce motif et le motif de Das ist meine Freucie de Forster (cité p. 77).
Ce qui paraît ensuite, quand la basse a chanté, en solo, les paroles du début, n'étonne pas davantage:
T ii-
-sH
T. In - - gressus in
Con -fi-
giPE^JEÈ^
zzn
:gE^=^gÊ|
fi. c.
«• In
- gres-sus m
çres-sus in
con - - ii te — - bor
=fè
-s — 1 rS— o
^=Lju-3±^ j^i
bor
Do — mino, in grès - - sus in
gres-sus m 7 6
e - as,
grès - sus in
7«r FtoZon.
2e l'iO/OH.
-js~isl
r-rx- 4--=t=
Do - mi -no
in gres-sus in
e-as
-si— É-si-f