‹ Dietrich BuxtehudeChapitre 66 sur 70 · pachi boschet-ti · texte numérisé non relu

pachi boschet-ti

o-pa-chi boschet-ti, Di frond'o -do - ra-le

et ne néglige point les mots que la coutume recommande aux compositeurs.

dei-li ne-o - spo-si lan-guen-

in a-mo-re, lan-guen-

La ritournelle est gaie,

les instruments jouent, de plus, une gigue,

Giga. Allegro

g^^^SSBfe^g^

1 Bibl. de Lûbeck. — Sonetto per honorar le felicissime No^e degV illustrissimi Sposi, Signor Dottor Benedeilo Pietro Winkler, Figlio del magnifico Sign. Console régnante, e délia Signora Margaretha de Hôvelen, nata de Kerkring, posto in Musica da Dieterico Buxtehude, Direttorc delV Organo del venerando Tempio di S. Maria in Lubeca (impr. chez Christ. God. Sagittario, 14 mars 1698).

474 D1ETRICH BUXTEHUDE

et Buxtehude ajoute à ces divertissements profanes un canon perpétuel à six voix, sur ces paroles Benedicat tibi Dominus ex Sion : c'est comme un retour à sa devise, Non hominibus, sed Deo l.

L'année suivante, il fut chargé avec Joh. Jakob Nordtmann, organiste de la cathédrale de Lûbeck, de recevoir l'orgue de cette église, qu'Arp Schnitker, de Hambourg, venait de refaire2.

Sa renommée était alors répandue dans toute l'Allemagne. Le 20 novembre 1699, Johann Pachelbel lui dédiait, ainsi qu'à Ferd. Tob. Richter, de Vienne, son Kexachordimi Apollinis 3, espérant que son fils pourrait quelque jour aller saluer ces maîtres, et recevoir «quelques gouttes de la source d'art, jaillissante et abondante» qu'ils daigneraient répandre sur lui.

Au mois de janvier 1700, on signalait, dans les Nova literaria maris balthici et septentrionis'*, la musique solennelle que Buxtehude avait adaptée au Carmen sœculare d'un poète anonyme. C'est le Ier janvier que l'on avait chanté, à l'église Sainte-Marie, la «félicité de Lûbeck», et le «fracas des timbales et des trompettes » s'était mêlé, ce jour là, au concert des «instruments de tout genre»5. Cette œuvre fut tellement admirée que l'on décida de la faire entendre encore le quatrième dimanche de l'Avent, la même année. Le texte des «musiques du soir » de 1700, qui a été conservé, nous l'apprend 6. Pour les quatre autres dimanches, la musique exprima la reconnaissance envers Dieu, et le mépris du monde, et l'on célébra les beautés de la Jérusalem céleste. Le 23e dimanche après la Trinité, premier jour

1 Voyez plus haut, p. 126.

1 Mittheilungen des Vereins fur Lùb. Gesch. Il, p. 114; art. de M. I.ey.

3 Denkmàler deutscher Tonkunst, Ile série, 2« année, ier vol. 1901, éd. Seiftert.

5 La Rathswache avait été appelée, afin d'éviter tout tumulte.

8 Abdruck der Texte, ivelche jur Ehre Gottes, und Vergnûgung der Zuhôrer, bey den gewiihnlichen Abend-Musiken, in der Haupt-Kirchen St. Marien sollen prœsentiret werden. Lûbeck, 1700 (Bibl. de Lûbeck).

de Y Abend-Musik, il s'agissait d'offrir à Dieu un «cantique de louanges et d'action de grâces, à cause du maintien de la paix dans le voisinage». On joua d'abord une Sonata ariosa, puis une Intrada, et l'on chanta un Halleluja cum tubis et tympanis. Ensuite, trois voix firent entendre six strophes, dont la première commence par ces mots, Lachet itzt fur Freud und Wonne, et l'on reprit Y Alléluia. Dans la seconde partie, l'assistance fut invitée à glorifier le Seigneur par Singet dem Herm ein nettes Lied (forte), et dans la troisième, furent chantés successivement, AUein Gott; Wir lobeu, preisen; O Jesu Christ, Sohn angeboren, et O heiliger Geist. Le sujet de X Abend-Musik pour le 24e dimanche après la Trinité fut un Danklied nach ùberstandener Rranckheit. Après une pièce de musique retentissante (Nach Leiden kommt Freuden. Forte), le soprano, la basse, le ténor et l'alto chantèrent de courts soli, et la première partie se termina par un chœur joyeux (Tutti). Dans la seconde, fut exprimée la «bienheureuse joie céleste» (Aria O htmmlische Lieb), et la troisième partie ne comprend que ces prières, Erhalt mir Leib und Leben, et O Herr, hilff mir vollenden. Afin de préparer les fidèles au mépris du monde et à la contemplation du ciel , Buxtehude commence Y Abend-Musik du deuxième dimanche de l'Avent, par le psaume 124 tout entier, Wo der Herr nicht bey uns wàre, so sage Israël (Forte) : dans la deuxième partie, les musiciens chantent Wol dem, der mit Fleiss hintrachtet ( Tutti), et un soliste rappelle que les choses de ce monde sont passagères (Nichts auff dieser Welt besteht); enfin, le choral Es woll tins Gott genàdig seyn occupe la troisième partie. Les huit strophes du cantique Jérusalem, du hochgebaute Stadt forment la première partie de Y Abend-Musik destinée au troisième dimanche de l'Avent: dans la seconde, nous trouvons un Winter-Lied, que le soprano entonne (Bar in kalten Winter- Tagen), et qui se poursuit en dix couplets, où se répondent les solistes, le chœur entier, et un groupe de trois voix. La troisième partie ne renferme que le cantique O Vater aller Frommen. Comme nous l'avons déjà dit, on répéta, le quatrième dimanche de l'Avent, «pour la gloire de Dieu»,

la cantate composée afin de célébrer l'année jubilaire de 1700 l.

Compositeur actif, jusqu'en sa vieillesse, Buxtehude avait gardé, aussi, le goût des travaux poétiques. Quand Andréas Werckmeister publia, en 1702, son Harmonologia musica, il lui dédia deux petits poèmes, dont l'un n'est qu'un jeu de mots, en deux vers, mais dont le second, en forme d'acrostiche, témoigne, ainsi que le remarque Spitta"2, d'une habileté peu commune.

L'année suivante, Buxtehude fut visité par Johann Matthéson et par Georg Friedrich Hândel. Le 17 août 1703, ils allèrent de Hambourg à Lubeck. Le président du conseil de la ville, Magnus von Wedderkopp, avait invité Matthéson : il semblait que le temps fût venu de chercher un coadjuteur pour le vieil organiste. Matthéson et Hândel furent accueillis avec beaucoup de bienveillance3. Ils jouèrent sur presque tous les instruments, orgues ou clavecins, de la ville, Matthéson s'étant réservé les clavecins, Hândel, les orgues. Et ils écoutèrent, avec beaucoup d'attention, l'organiste de la Marien-Kirche, dans son église. Pour être admis

1 Dans les Nova lit. Maris balthici de 1700, p. 32, est mention ne'e la « récitation » de ce Carmen sceculare, qui fut chanté « solemni Musicà, interstrepente tympanorum buccinarumque, et omnis generis instrumentorum harmonico concentu », et le titre allemand de cette œuvre est donné.

2 J. S. Bach, 1, p. 255. Voici les vers de Buxtehude. — Ad Dn. Authorem. / 6ë fagen in§ gefatnt bon %tixn bic flugen ©eifter : / Ditt ïjocfjften 9îu^m unb $reife, lott biefe§ SBerï ben «Dteifter. — Aliud. Wer em $unft=2Ber<ï ted>t bettacfytet, / E§ nidjt unerïannt betaâ)tet, / Rebet fret? otyn' argc Stft, / Cbttftlicfj, Joie e§ btllig tft ; / Kommt e§ benn auà) auf bie 5|koben, / Mufj btâ SBetcÉ ben 5Dîetfter ïoben. / Et mein fÇreunb ! t)at tool ettoogen, / In bem Sud), unb auêgejogen, / So bex jtunft etfbticfjlid) fetj, / Treulicb, uni) oïjn §eudjeleb, / Et tft auà) SSercfmeifter tootben, / Rùïjmlià) in bet 30iufen=Dtben. — Stefeê frotte bent £>ettn AUTHORI aï§ feinent ^odjgefcptjtent fjtcunbe glud;ixiùrtf(ï>enb 3utuffen, fein Srgebenftet îieterid) 5Bttjte()nber Dtgati. an bet §aubt=<ffttcf>en ju-©t. ÎRatten in Siïbecï. (bibl. du Conservatoire, 24,492) J. G. Walther dut à Werckmeister de connaître beaucoup de pièces de Buxtehude (Matthéson. Grundlage einer Ehren-P forte, p. 388). Cf. la préface que Spitta a écrite pour le second vol. des pièces d'orgue de Buxtehude., p. IV.

3 Les traditions de courtoisie et d'obligeance n'ont pas péri à Lûbeck ; je l'ai reconnu, à mon avantage, quand j'ai fait des recherches dans cette ville. J'exprime ici ma reconnaissance pour M. le prof. Stiehl, qui a tant fait pour l'histoire de Buxtehude, et est mort avant que ce livre ne fût achevé; je remercie aussi M. le prof. Curtius, directeur de la bibliothèque, M. le Dr Kretzschmar, archiviste, et M. Lichtwark, organiste de Ste-Marie.

à l'aider, en sa charge, puis à lui succéder, il fallait épouser une de ses filles. Les deux jeunes musiciens n'acceptèrent point de se soumettre à cette exigence1, et ils se retirèrent, non sans avoir été fêtés2.

Vers la fin d'octobre 1705, Johann Sébastian Bach obtint du surintendant d'Arnstadt un congé de quatre semaines, et entreprit, à pied, le voyage de Lubeck. Au désir impérieux d'entendre Buxtehude3, se mêlait peut-être, chez Bach, un secret espoir de se faire connaître du fameux organiste et même de gagner une place à ses côtés. Il ne croyait point, certes, que, dans un mois, il ferait le trajet d'Arnstadt à Lubeck, et de Lubeck à Arnstadt, et trouverait encore le temps d'étudier près de Buxtehude; mais il se figurait sans doute, que, très rapidement, il se révélerait au maître, obtiendrait sa protection, et s'assurerait, par lui, près de lui, et après lui, un avenir honorable et avantageux. Illusions nourries pendant les journées de marche, et qui durent tomber, dès que le musicien pénétra dans cette ville d'aristocratie bourgeoise, en modeste appareil, sans recommandation4, intimidé par ce qu'il voyait, intimidé plus encore, vraisemblablement, par ce qu'il entendit. Car cette année là, justement, Y Abend- Musik fut célébrée avec beaucoup de solennité. L'empereur Léopold Ier venait de mourir ; la ville libre le pleura magnifiquement. On dressa, dans l'église, un Castrum doloris; le cadavre de l'empereur fut représenté, sur un lit de parade, entouré de lumières que l'on avait placées à la tribune de l'orgue, que l'on avait réparé peu de temps auparavant, et dont le buffet était tout doré5. L'effigie portait la couronne impériale: les cou-

1 Le successeur de Buxtehude, Schieferdecker, épousa Anna Margaretha. Elle était née en i6y5 (Taufreg. de Ste-Marie, 165g— 1676, p. 3i3); Mattheson et Hândel étaient bien plus jeunes qu'elle.

2 Mattheson, Grundlage einer Ehren-Pforte, p. 94, p. 191, p. 227 (2e alinéa).

3 Voyez la notice nécrologique publ. dans la Musikalische Bibliothek de Mizler, 1754, p. 162.

4 II eut peut-être recours à Gôldel, cité plus haut, qui était de Gotha. Cf. l'art, de M. Buchmayer dans le Bach-Jahrbuch de 1908, p. 117.

5 Le texte de ce que l'on chanta et une courte description de la cérémonie ont été publiés sous ce titre, Castrum doloris, etc., Lubeck 1705 (bibl. de Lubeck, Buxtehupe-Mappe, 8). Cf. l'étude de M. Seiffert {Buxtehude, Hândel,

ronnes de Bohême et de Hongrie étaient fixées à ses côtés; quatre palmiers soutenaient le baldaquin du lit; les armes des diverses provinces de l'empire étaient disposées alentour, et des anges, un flambeau à la main, formaient la garde. Les deux tribunes où l'on chantait, près de l'orgue, avaient été tendues de noir; les trombones et les trompettes avaient des sourdines, ainsi que tous les instruments à cordes. On commença par un Lamento puissant et lugubre {nach einem starcken traurigen Lamento), après quoi le chœur gémit (O Leyd, herbey, etc.), puis la Renommée {das Geruchte), en un récitatif, invita l'Europe à pleurer {Europa! thràne doch). Le chœur entier fait entendre, alors, le choral Ach wie nichtig, ach wie flùchtig. Suivent les deux couplets, avec ritournelles, d'un Klag-Lied {O Weh, ach Leid). Les pleureuses {Kiag-Weiber) chantent, Eheu ! [ Vana, vana terrigenum sors: / Neqne parcit Caesaribus mors! / Eheu! De nouvelles plaintes leur répondent, O Weh ach Leid, et Ach Leid, o Weh, avant qu'elles ne répètent leur thrène. La «Crainte de Dieu» {Die Gottesfurcht) leur succède; dans un récit, elle ordonne aux grandes lumières de la terre de se voiler, et le poète lui destine quelques vers où se distingue son goût pour l'allitération : Die Gottesfurcht bringt Furcht und Frucht. Tout le chœur reprend Ach wie nichtig, avant que la Justice (die Gerechtigkeit) ne rappelle, dans un récit et dans un air, que les trônes mêmes sont périssables {Rein Thron besteht). Le grave refrain du chœur {Ach wie nichtig) est redit encore, avant les strophes où la Grâce célèbre la bonté de l'Autriche, évoque le souvenir de Vespasien, et défie la mort. Les sciences {die Wissenschaften) ajoutent deux couplets au cantique de la Grâce : dans le dernier, elles avouent que nul poète, et nul orateur ne pourrait célébrer, comme il convient, le souverain défunt. Les lamentations, seules, ont assez d'éloquence {Redner schweigen, Dichter lallen Stimmt nur ein Lamento an).

Bach), Jahrbuch der Bibl. Peters fur igo2. — En février 1710, Zacharias Conrad von Uffenbach admire encore la dorure neuve de l'orgue, et l'étoile qui se meut au-dessus des tuyaux, par l'effet du vent des soufflets (Merkwùrdige Reisen, II, 1753, p. 22).

LES DERNIÈRKS ŒUVRES 479

Et les instruments, avec les cloches, jouent un Lamento, en forme de chacone [Lamento, chiaconetta, con Instrom. & Campant) Le chœur revient encore à son choral (Ach wte nichtig); la Crainte de Dieu, la Justice, la Grâce, et les Sciences, chantent ensuite, tour à tour, deux vers, et toutes les voix s'unissent pour souhaiter à Léopold le repos qui ne finit point. L'assistance entière, enfin, prend part au chant du dernier choral Nun lasst uns den Leib begrabeu l.

Le lendemain, on fêta l'avènement de Joseph Ier, par une musique joyeuse : le titre seul du Templum honoris qui fut consacré à l'empereur nous est parvenu2.

A défaut de ces compositions, qu'il nous serait très utile de connaître, puisque nous y verrions comment Buxtehude obéissait alors, dans sa musique vocale, aux influences modernes, et comment Bach tira profit de les avoir entendues, nous ne possédons qu'une œuvre fort courte, de l'automne de 17053. C'est une Ariette, écrite pour les noces d'Anton Wmckler et d'Elisabeth Niemann, née Friis (7 septembre i7o5). Dans la Sonatina forte con molti Violini ail unisono qui la précède, Buxtehude nous révèle sa prédilection croissante pour une musique aux motifs clairs, impétueuse et impérieuse.

1 Dans les dernières cantates que nous venons de signaler, on peut observer que Buxtehude emploie souvent le choral. L'assistance chantait sans doure avec les musiciens, comme ici, où toutes les forces sont unies (Worauff dieser Actus, mit dem Gesang uni Choral Nun lasst uns den Leib begraben..., von allen Orgeln und Chôren, darin die gantée christliche Gemeine und Versamblung mit eimtimmet, gant\ klàglich beschlossen wird).

2 La musique funèbre et la musique d'hommage furent chantées le 2 et le 3 décembre igo5 (Nova literaria Maris Balthici, 1706, p. 128 et p. 124). Buxtehude dédia au conseil sa Trauer- und Freuden-Musik et demanda des soldats pour maintenir l'ordre, le 2 déc. ; on décida de n'ouvrir que deux portes de l'église, et l'on accorda une garde militaire (Arch. de Lûbeck).

3 Bibl. de Lûbeck (Buxt-Mappe, 7). Winckler avait voyagé en Italie et en Allemagne. 11 était né en 1637. El. Friis était la veuve du théologien Niemann. Niemann est cité dans le titre d'une œuvre perdue de Buxtehude, citée p. i63, note 5 : Trosllied M. Maur. Rachelh bey dem Abstcrben der Liebsten Seb. Niemanni bey Beysetjung Marg. Racheliœ, mit Stimmen getferet. Ratzeburg, 1677, 4°.

-^-J-Tt—i — t-^-J . N-N-h-T— j^^H-J-P-j— ,

fc=t

^^ffip^BSSjiTO^

§ffcb -ah-af—=-ah-af— fw— ?— 3— f-9

fr- -y— y— e

7 6jj

+fc

*J*» 'JJJ

PS

La mélodie s'épanouit ainsi, de degré en degré : c'est le principe même de l'abondance italienne, des amples phrases de Bononcini, de Scarlatti, de Vivaldi.

L'Ariette même a sept strophes, chantées par le soprano, avec plus d'énergie que de variété.

0 froh-li-che Stunden, 0 herr-li-cher Tag, Von wel-chen muss

weichen Ail' trau-ri-ge Klag

D'après la fin de la dernière strophe, il semble que Buxtehude soit l'auteur de cette poésie, ornée d'allusions mythologiques:

O môcht es gefallen nur was wir hie bringen

Die Gônner zu Elire, wir treten Jiervor,

Ich Diener der Orge/, und mit mir das Chor.

Cette extrême simplicité dans l'orchestration de ses dernières œuvres était peut-être imposée à Buxtehude par l'état même de ses ressources en instrumentistes. Mais la musique de théâtre et les compositions profanes de ce temps lui inspiraient aussi, sans doute, de tracer des traits fermes, un peu gros, et sans entrecroiser les lignes. On ne saurait admettre qu'il fût resté ignorant de ce que l'on jouait, depuis quelques années, à l'opéra de Hambourg, où Johann Sigismund Kusser, élève de Lully, Agostino Steffani, et Reinhard Keyser avaient établi une musique vive, précise et colorée l. A Lûbeck même, avaient été publiés, en 1699, les airs principaux du Roland de Steffani. En 1706, d'autre part, Johann Fischer devait y éditer sa Triumphirende Helden-Musika2, et sa Musicalische Fùrstenlust. Depuis 1701,

1 Je renvoie aux ouvrages qui traitent de l'opéra de Hambourg, et en particulier à une étude récente, de M. Hans Scholz {Joh. Sigismund Kusser, 1911).

2 Je donne ces indications d'après le Katalog de la musique à la bibl. de Lûbeck, publ. par M. Stiehl (p. 55). J'observe que la Musikalische Fùrsten- Lust contient «une excellente Feld- und Helden-Music», faite en l'honneur des vainqueurs de Tallard à Hochstâdt (éd. de Lûbeck, 1706; bibl. nat. Vm7 I497).

Fischer, autrefois copiste de musique au service de Lully, était maître de chapelle à Schwerin1.

Nous ne pouvons citer aucune œuvre postérieure à YArietta et aux grandes compositions de 1705. Buxtehude vécut encore plus d'une année après les avoir données. Il mourut le 9 mai 1707. Joh. Caspar Ulich, ancien cantor de Ratzeburg, et, depuis 1698 maître à la Schola cathedralis de Liibeck2, écrivit, au sujet de ses obsèques, un poème dont la recherche est assez enfantine, et où l'on apprend du moins que, si le zèle du musicien ne trouva pas toujours la récompense qui lui était due, son talent eut un admirateur fidèle en Winckler3.

Le 23 juin 1707, on choisit pour lui succéder Joh. Christian Schieferdecker, auteur de quelques opéras, joués à Hambourg4. Suivant la coutume, Schieferdecker épousa une fille de son prédécesseur.

' Fischer avait passé 5 ans à Paris (Nova literaria Maris Balthici, 1703, P- 3).

2 Nova lit. Maris Balth. 1698, p. 196. Ulich était Thuringien ; il pouvait être aussi l'un des introducteurs de Bach près de Buxtehude.

3 Die unverhoffte stille Abend- Musique, welchc der wohledle, gross-Acht-

bare, und Weltberùhmtc Hr. Diederich Buxtehude den 16. Mai /707

^um letytenmahle prœsentirte, mit trauriger Feder bemercket J. C. Ulich (bibl. de Lubeck, Buxtehude-Mappe, 9). — Ulich se plaît aux jeux de mots, il parle de monter d'E (mi, lettre initiale du mot Erde, terre), à H (si, initiale de Himmel, ciel). D'après ce poème, il semble que Buxtehude eut à craindre les attaques des théologiens rigoristes.

4 En 1702, on joua de lui Alaricus, «vainqueur de Rome», Victor, «duc des Normands» (Mattheson, Bronner et Schieferdecker, firent un acte chacun pour cet opéra), et Rcgnerus, dont la scène est en Danemark (Lindner, Die erste stehende Deutsche Opcr, i855, p. 181) Ce goût pour les légendes Scandinaves avait peut-être rapproché Schieferdecker de Buxtehude. En 1706, on donna son Justinus, «le laboureur élevé au trône impérial » (Lindner, p. 184). Voyez, dans la Relation... d'un voy. fait en Danemarc (1706), citée plus haut, une description comique de la représentation de Regnerus (p. 3y3). Cf. le même ouvrage, p. 599. Pour l'origine de Schieferdecker, je renvoie à l'étude de Mr Arno Werner, Stâdtische und fûrstliche Musikpflege in Weissenfels bis \um Ende des 18. Jahrhunderts, 191 1.

Page 1