CHEZ LES ARYAS DE L'ASIE ORIENTALE AV J. G
classique, pourrait, au premier abord, décourager Tobservateur le plus profond. Mais on peut confesser la grandeur de raniiquitc sans méconnaître le moins du monde les qualités des deux principaux groupes modernes, et en rendant justice à la profondeur, au caractère sérieux et moral du monde germanique ; à la finesse, à l'activité d'esprit des nations romanes, à la perfection toute classique de certaines productions de leur poésie et de leur art. Nous devons reconnaître que la conciliation de la mesure et de l'imagination (ce que nous appelons aujourd'hui le goût) , dans la forme des créations de l'esprit; nous devons reconnaître que l'alliance de Tesprit libéral et de la modération dans la conquête des libertés publiques, étaient la règle pour l'antiquité et ne sont jusqu'ici que l'exception dans l'aryanisme chrétien. Mais on marche à grands pas vers cet accord harmonieux ; la littérature et l'art chrétiens sont nés fort tard et leurs progrès sont immenses. Quel gigantesque développement n'a pas pris de son côté la liberté politique ! Aux douzième et treizième siècles, elle ne se montrait que dans quelques villes d'Italie, au quatorzième, dans une confédération de peuplades des Alpes; ensuite elle s'établit dans les Pays-Bas, amenée par la rcformation religieuse; aujourd'hui, deux vastes continents la connaissent; elle est fixée sur les deux rives de l'Atlantique. Dans le passé, néanmoins, la conscience de la communauté, je ne dis pas la vie politique, a été l'exception dans le développement de l'aryanisme chrétien. Le développement individuel de la conscience de Dieu, dans Tari et la littérature, a dû naturellement en souffrir. La servitude politique, c'est-à-dire une barbarie civilisée, a élé jusqu'ici le destin de la plupart des Aryos modernes.
ifais ne perdons pas de vue la contre-paitie de ce tableau. Athènes et Rome périrent par des vices et des défauts dont nous sommes corriges ou prései^és par la rehgion spiritualiste et humaine que nous professons au moins des lèvres.
Notre but est plus élevé que le leur ; notre carrière, comme vie nationale, infiniment plus longue. Les masses à convertir au spiritualisme, les contrastes à concilier se sont multipliés autant que s'est élargi le théâtre du vieux monde, qui se bornait aux rivages de la Méditerranée. C'est là une première considération qui n'échappera pas à l'observateur. Ensuite il ne faudra pas oublier que Tancien monde classique se présente à nous dans son ensemble, tandis que nous sommes au milieu des luttes d'un monde inachevé.
Qui sait si, dans le développement moderne, l'époque à laquelle nous appartenons ne correspond pas à celle de la Grèce avant Solon, pour ne pas dire avant les Olympiades? Enfin^ qui oserait prétendre que le monde germain, soit isolément, soii dans ses nombreux mélanges avec les nations romanes, ait réalisé déjà l'idéal du beau et du sublime? Le christianisme, qui a donné et qui donne encore à tout notre développement sa forme et son unité , a-t-il parcouru sa carrière tout entière en dix-huit siècles, et faut- il la considérer comme terminée par le mouvement des grands réformateurs du seizième? Ce sont là des questions qui s'imposent à l'observateur consciencieux, et peut-être derrière ces questions reifconlrcrons-nous d'autres problèmes plus élevés encore, dont nous ne pourrons nous détourner sous peine d'encourir le reproche de làchelé? Sommes-nous bien certains qu'il ne faille pas faire dater Tavénement du christianisme, comme fondant la conscience de Dieu dans le monde moderne, du jour seulement où se sont formés des (itats chrétiens indépendants? Le progrès du christianisme, depuis que sous Constantin il est devenu une religion d'État, soumise aux formules des conciles, n'est-il pas plutôt un recul ou un arrêt, un état d'immobilité amené par les lois générales de l'ordre universel, et qui pourrait s'expliquer pour les croyants de la même manière que saint Paul expliquait le règne non moins prolongé du mosaïsme entre Abra-