LES ART AS DE L'IHDUS ET DU OAIIGE
CONSCIENCE DE DIEU DES VEDàS
La conquête du pays des Sept Fleuves par les Aryas et leur immigration dans ce pays nous sont présentées par les plus anciens monuments de T histoire bactrienne comme des entreprises exécutées sous la direction du divin Ahoura- Masda ; ce royaume était la dernière des quatorze terres jyromises qu'il avait données aux Aryas. Ceci repousse évidemment l'opinion qui attribue celte émigration au schisme, à la révolution religieuse opérée par l'enseignement de Zoroastre. Si les émigrants eussent été les ennemis de ce prophète, les monuments authentiques qui nous restent des Bactriens de Zoroastre ne verraient pas dans leur exil une bénédiclion céleste. Or, non-seulcmeut ces monuments en-
tonnent à ce propos un hymne de reconnaissance, mais ce royaume aryen des pays de l'Indus est le seul qui échappe à leurs reproches ; c'est le seul où ils ne signalent aucune décadence, aucune hérésie.
Les cmigrants ne pouvaient pas plus être des partisans que des ennemis de Zoroastre, car les dieux adorés dans le pays de l'Indus sont précisément les Devas, proscrits par le législateur bactrien. Il faut donc recourir à une troisième expHcation et admettre que ces mouvements de population remontent plus haut que Zoroastre et Tout, selon toute probabihté, précédé de plusieurs siècles.
La linguistique nous conduit au même résultat. La langue des Védas est encore plus pure, plus primitive que le Zend, comme le Zend est à son tour beaucoup plus ancien que la plus ancienne langue du Gange, le sanscrit des brahmanes, d'où, vers l'époque de Bouddha, est sortie la langue vulgaire, le PaU.
k's deux dernières générations ont pressenti avec raison que les Védas nous ouvriraient sur l'histoire de Tesprit humain des horizons tout nouveaux. Aujourd'hui, bien que nous soyons encore sur le seuil du temple, notre regard a pénétré dans le sanctuaire avec une émotion sacrée. Les chants des Védas, surtout du grand recueil, du Big^Véda, nous transportent déjà, par la beauté merveilleuse de leur langue, par l'imposante grandeur du fond, dans ces époques primitives où les ancêtres des Grecs et des Romains, et les nôtres en particulier, étaient unis par les liens d'une communauté toute fraternelle aux pères de ces Bactricns qui, plus tard, émigrèrent de l'autre côté de THindoulousch. La langue des Védas ne difTère guère que par des degrés dans ses formes grammaticales et que par des nuances de prononciation, des plus anciennes formes du grec, de ritalique, surtout du latin. La langue des races slaves et germaines ne ressemble pas moins à cet antique idiome.
Mais ce qui nous émeut encore plus que l'analogie des formes, ce qui établit entre nous et ces frères aines une étroite solidarité, c^est que tout ce qui tient au cœur de l'homme par les plus profondes racines a conservé chez nous tous à travers les siècles son nom primilif : père et mère, sœur et frère, etc., et tous les autres termes du même genre reproduisent de très^près la racine védique.
Si maintenant nous pénétrons plus avant dans la vie spirituelle que reflètent les Yédas, leur importance augmentera encore à nos yeux. C'est là que nous trouvons le lien qui unit les Bactriens de l'Iran et les Aryas indiens, lien que nous ignorions entièrement jusqu'ici ; car, entre la religion de Zoroastre et celle des Indiens plus récents, le brahmanisme, il n'était pas possible d'établir cette relation, que révélait pourtant lu langue. Nous n'avions pas, jusqu'ici, ta clef du brahmanisme comme œuvre du développement général de l'esprit indien, clef sans laquelle nous étions hors d'état de comprendre le plus grand mouvement historique de l'Asie orientale, l'apparition et la réforme de Bouddha.
Les livres sacrés des Aryas de Tlnde sont, pour ainsi dire, plus voisins de notre esprit que les récits qui nous racontent les époques primitives de Thistoire des Juifs ; il y a dans les Yédas un air de famille, une analogie de sentiments avec notre vie à nous, mille rapports enfin, quoique, à d'autres égards, ce soit pour nous un livre beaucoup plus fermé que les chants sacrés des Hébreux. Nous sommes ici en présence d'une vie mystérieuse à laquelle les plus anciens hymnes nous supposent déjà initiés ; c'est à peu près comme si nous n'avions, sur le développement de l'esprit juif d'Abraham à Jérémie, que le livre des psaumes. Nous possédons des hymnes inspirés de poètes inconnus, composés au milieu et sous le coup de circonstances également inconnues, A peine avons^nous éclairci un point confus.
DES VEDAS. -^ iZi
débrouillé quelque obscurité, que les ténèbres s'amoncellent de nouveau et ne nous permettent d'avancer qu'en tâtonnant.
Le seul épisode de vie positive, de réalité palpable, qu'on rencontre dans les Yédas, est la célébration du culte des morts, et cette peinture est si digne, si élevée, qu'elle ne nous remplit pas seulement d'admiration et de respect, mais d'une sorte de fierté, comme si cette grandeur primordiale de notre race rejaillissait jusque sur nous.
L'état social de celte époque, c'est la vie pastorale à demeure fixe. C'est là l'existence de tribus aryennes qui se sentent unies par la communauté de langue et de culte, et qui se reconnaissent mutuellement comme les Aryas, les nobles, les purs ; ce qui ne les empêche pas de se faire fort habituellement la guerre. Souvent aussi les frontières sont le théâtre de luttes acharnées avec les indigènes primitif». Mais le pays de l'Indus est déjà tout entier occupé par les Aryas et par leurs dieux. Tout niaîirc de maison, tout patriarche, célèbre des sacrifices et les accompagne autant que possible de quelque chant sacré. Un sacrifice muet et matériel ne suffit pas aux besoins de leurs âmes ; il faut que l'esprit se révèle, et la voix des chantres éclate en paroles d'un rhythme exquis. Le génie qui créa la plus belle des langues continue à se servir de ce divin instrument avec une souplesse, une liberté admirables.
On trouve déjà de bonne heure des traces de corporations et de monarchie dans cette société, mais l'esprit de caste et la théocratie lui sont totalement inconnus.
Mais c'est en vain que nous cherchons dans ce monde quelque personnalité historique, quelque souvenir populaire, quelque légende poétique, quelque tradition relative aux anciens héros, c'est-à-dire aux civilisateurs des vieux âges. Rien de teut cela ; si vous croyez avoir saisi quelque personnalité vivante, l'illusion se dissipe bien vite, et voire
prétendu héros se trouve n*étre qu'une création toute fictive et purement idéale.
Ceci s'applique en particulier à deux cycles épiques qui remontent à lantiquité la plus reculée et portent une apparence de personnalité, la légende des Ribhous, les trois (ils de Soudhanvan, et Thistoire 4 lama, le Djemschid des Perses.
Un érudil ingénieux et profond, M. Neve, a dernièrement encore voulu voir dans les Ribhous les héros de l'Inde. L'obscurité des Yédas autorise jusqu'à un certain point celte interprétation, qui, selon nous, n est cependant pas fondée, et les trois Ribhous, qui font d'une cuiller de Tvachtar (le Fabricateur, le Démiurge) trois cuillers, et en fabriquent ensuite une quatrième pour Agni (le Feu), sont précisément les personnifications des trois autres éléments, la Terre, l'Eau, l'Air.
lama, le Jumeau, peut au*premier abord être pris pour Adam, pour le premier père de l'humanité, mais il est en réalité le Prométhée divin, le Démiurge, le créateur de l'espèce humaine; son symbole est le soleil. C'est comme Dieu de cet astre qu'il élargit le sein de la terre en le fécondant et qu'il agrandit ainsi le domaine de l'humanité : conception profonde et grandiose, mais que les Yédas, aussi bien que Zoroastre, obscurcissent et altèrent. C'est le moment de nous rappeler les trois phases que parcourt infailliblement, par une nécessité tout organique, le développement mythologique. La création, représentée d'une façon plus ou moins idéale, est Tobjet de toute poésie primitive. L'âge poétique qui succède à cette forme primordiale, a toujours et partout un caractère sidéral et élémentaire, et ce n'est que dans la troisième phase que l'élément héroïque domine enfin à son tour.
La religion des Yédas ne semble, à une vue superficielle, qu'une adoration matérialiste des puissances naturelles, du