LE DIEU INCONNU
Au commencemeut parait 1c germe doré de la lumière ; Seul il fut le souverain-né du monde ; U remplit la terre et le ciel :
— A quel Dieu offrirons-nous Tholocauste ?
Lui qui donne la vie et la force, lui dont tous Les dieux eux-mêmes invoquent la bénédiction,
L'immortalité et la mort nt^ sont que son ombre !
— À quel Dieu, otc.
Lui, seul souverain tout-puissant de Tunivers,
De Funivers qui s*est éveillé et a commencé à respirer.
Lui qui règne sur Thomme et qui conduit Tanimal!
— À quel Dieu, etc.
Lui, dont les montagnes couvertes de neige,
Dont le courant lointain de la mer, annoncent la puissance,
Lui dont les bras entourent Tétendue des cieux!
— A quel Dieu, etc.
Lui qui illumine Féther, qui affermit la terre,
Qui fiiele ciel et même Tempyrée,
Qui a répandu la lumière à travers les coucbes des nuées!
— A quel Dieu, etc.
Lui que contemplent en tremblant la terre et le ciel
Que sa volonté a fixés,
Lui dont la tête rayonne de Taurore,
— A quel Dieu, etc.
De Tendroit où se précipitèrent les puissantes eaux Elles qui portent les germes, qui enfantent la lumière. De cet endroit vint le souffle vivifiant des dieux.
— A quel Dieu, etc.
Lui dont le regard puissant s^étendit sur ces eaux Qui portent la force et qui enfantent le salut. Qui au-dessus des dieux fut seul Dieu!
— A quel Dieu, etc.
Qu'il ne nous frappe point, lui qui a créé la terre.
Qui créa le ciel, le gardien de la vérité,
Qui créa même les eaux puissantes et limpides !
— A quel Dieu, etc.
Dans cette sublime aspiration vers l'Esprit il y a deux éléments qu'il faut distinguer avec soin. C'est, d*une pari, un progrès dans la voie de la mythologie, de Tautre, un retour vers la croyance primitive. La mythologie naturaliste n'est nullement la forme prenûère de la religion, ainsi qu'on le
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prétend souvent de nos jours. Une idée synthétique et unitaire la précède : la mythologie ne s'est formée que plus tard, par le besoin des âmes naïves de jouer avec des symboles. Ces symboles, ces paraboles, Tusage, la légende, la doctrine, les fixent et finissent par les identifier à l'essence même des choses. Le souvenir de Tidée première, à travers une foi complète dans la réalité des êtres mythologiques, ne se trahit nulle part d'une façon aussi évidente que dans les prières védiques : dans Tinvocation directe au Dieu de la lumière, nous entendons Técho dune croyance obscurcie en un Dieu créateur et ordonnateur de Tunivers, et cette conception répond à peu près à celle que se formaient de Zeus les anciens Grecs. Le Dieu serein de TÉther nous donne la nourriture, le repos et le bonheur, en maintenant par sa vigilance l'ordre sur la terre.
Le Yarouna védique, qui est l'Uranus de Pantiquité classique, exprime, comme plus tard Indra, Tautorité sereine , la bienfaisante souveraineté divine ; ce sont tous deux des divinités favorablement disposées envers r homme, vengeresses du crime, protectrices de l'ordre et de la paix ; témoin ce beau chant de Vasichta, qui rappelle le psaume li :
Varouna a préparé les voies du soleil, il a ouvert les sources célestes des rivières.Tel que raiguillon qui dirige les cavales, il fait marcher les grandes nuits avec les jours.
Le vent, c^est ton souffle qui agite Tair ; il s*y étend, en semant Tabonliance, comme le robuste taureau s'étend sur le gazon. En toi existe rimmensité du ciel et de la terre. 0 Varouna, tous les mondes sont h toi.
Les fortunés rayons de Yarouna voient autour d'eux les belles formes du ciel et de la terre. Les prêtres sages et pieux affermis dans la route du sacrifice élèvent leurs vœux vers Varouna.
Exempts de péchés, puissions-nous pLiire h Varouna, qui est doux même envers le pécheur! Puission»-nous augmenter la gloire du puissant fils d'Adilil Et vous, secondez-nous toujours de vos bénédic* tions.
Les chants relatifs aux funérailles ne respirent pas moins la sérieuse conviction religieuse et la noble fraternité des Aryas. Ainsi, dans le dixième livre du Rig-Véda, on place sur le bûcher du mort sa veuve et son arc ; on reprend l'arme pour la briser, en prononçant ces paroles :
Je prends Tare de la main du mort ; puisse t-il nous assurer la sécurité, la gloire ! quant à toi, reste là ; nous demeurons sur la terre, et, héros retloutables, nous vaincrons l'ennemi dans tous les combats.
Mais, auparavant, déjà le beau-frère du défunt ou un de ses anciens serviteurs a fait descendre la femme du bûcher en lui adressant ces exhortations :
Lëve-toi, ô femme, reviens au monde de la vie ;
Tu partages la couche d*un mort; descends de cette couche:
Tu as été suffisamment sa femme,
A lui qui t'a choisie et t'a rendue mère.
Voici donc précisément le contraire de Teffroyable coutume pratiquée parfois encore par les brahmanes en dépit de toutes les remontrances, de toutes les interdictions d'un , gouvernement chrétien. Le sacrifice de la veuve était, pré- ij, tendaient-ils, prescrit par les Védas. On leur a fait voir que celte absurde interprétation repose sur une falsification du texte précédent, et qu'on a prêté au livre sacré une prescription tout opposée à celle qu'il contient réellement.
Quand le bûcher est en feu, on adresse ces paroles à Tes- 1 prit du défunt : «r
Marche, marche sur ces antiques voies sur lesquelles s'en sont allés nos pères. Tu verras les dieux Varouna et lama, les deux rois, les deux I buveurs de libations. Va retrouver nos pères auprès d'iama, dans le ciel I élevé dont tu as mérité Taccès. Dépose là tout mal, puis reviens à la ( maison, et revêts ta forme nouvelle rayonnante d'un pur éclat. Là où les hommes pieux vivent dans le bonheur, c'est là que le dieu Savitn doit te transporter. Pouchan seul connaît tous ces espaces ; c'est lui qui doit 'iJ nous conduire par un chemin sur ; qu'il marche avec précaution devant [^, nous, lui, ce héfos divin, qui donne de si riches bénédiclions, lui qui, né u^ sur les confins de l'eau, du ciel et de la terre, connaît le mieux les ij^ j deux séjours et parcourt sans cesse cette roule. Va vers la mer, va vers
te
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la terre, qui s'étend au loin, large et féconde, favorable et douce comme la laine à l'honnne pieux. Puisse-t-elle te détourner de Tabîme du mal ! 0 terre, ouvre-toi, sois clémente au nouveau venu, accueille-le avec bonté et amour : enveloppe-le, terre bienfaisante, comme la mère enveloppe son enfant de sa robe. *
Quand les funérailles sont accomplies, le sacrificateur se tourne vers les assistants et leur dit :
Profitez du temps, réjouissez^vous de la vie, vous toussant que vous êtes. Le créateur qui vous aim<! vous promet de longues années.
Le lendemain, les amis de la maison se réunissent hors
de la demeure funéraire, dans le silence de la nuit, autour
d un feu flamboyant, et célèbrent les exploits des ancêtres.
Puis, celui qui dirige la cérémonie dit aux parents :
Restez purs et pieux, vous les témoins de ce sacrifice, Afin que votre route s'écarte de la maison de la mort, Afin que votre vie soit plus longue, Et que vous abondiez de troupeaux et de trésors.
Il verse ensuite des libations sur une pierre et prononce, en associant les assistants à sa pensée, la prière suivante :
De même que les jours suivent les jours,
Et les saisons les saisons,
De même, ô Créateur, donne à vivre à ces bommes,
Et £iis que les enfants n'abandonuent pas leurs parents.
Alors s'avancent les femmes en se frottant les yeux, et le
sacrificateur continue :
Les femmes s'avancent avec de Thuile et du beurre. Ce ne sont pas des veuves, non ! elles sont fiëres de leurs nobles Les femmes montent les premières vers le tombeau, [maris;
Ornées de riantes parures, sans douleurs et sans larmes.
Ensuite il engage les hommes à secouer leur abattement
et à avancer.
ÎAî torreiit se précipite et vous atteindra tous; allons en avant, vous, compagnons du défunt. Laissons là ceux qui portent son deuil; mais, nous, partons et rejoignons les joyeuses luttes de la vie.
Cest ainsi que, le lendemain même des funérailles, le deuil
Cnit par un sentiment plus vif, plus énergique de la vie, et que la notion d^un Dieu aimable, clément et doux, éclate avec une grâce admirable. « Le sacrifice, dit MaxMuller, est regardé comme une chaîne ininterrompue d^actions, qui unit les hommes d*aujourd*hui à leurs prédécesseurs et resserre les liens qui relient Thumanité à Dieu. » C'est le mot du Rig-Véda :
n me semble voir, par les yeux de Tesprit, ceux qui ont autrefois célébré le même sacrifice.
Ce n'est pas seulement au défunt du jour que sont dus les sacrifices ; mais le fils ou le sacrificateur, quel qu'il soit, doit encore en offrir au père et à l'aïeul du défunt. Ce rite sacré n'est pas formulé dans les Yédas ; mais, dans tous les codes indiens, nous en trouvons l'obligation proclamée comme fondement, comme base du droit d'héritage. Cette coutume, comme la croyance a la métempsycose, remonte évidemment aux Aryas les plus reculés. La première forme, en effet, de la croyance au divin dans l'homme, c'est la conception de la famille comme étant une communauté qui se développe, et l'expression de cette conception, c'est le droit d'héritage reconnu comme dépendant du culte des ancêtres.
Si la croyance aux héros surnaturels, que nous trouvons chez les Grecs et les Germains, fait ici complètement défaut, une pensée qui respire dans tout le culte des morts, c'est que les cœurs braves et nobles mèneront après la mort une vie toute divine ; c'est que les âmes des bons ne périssent pas. Le mot de Cicéron sur l'ancienne religion de son pays peut s'appliquer également ici : « Toutes les âmes sont immortelles; celles des meilleurs sont divines. »
Ici reparaît chez les Indiens lama. II est pour eux le dieu des bienheureux, non pas comme ayant été lui-même un homme, ainsi qu'on l'a prétendu, mais parce qu'il est le dieu du soleil de Taulrc monde, et c'est ainsi que nous expli-