DU BRAHMANISME
Sophie naquit un peu avant le bouddhisme, six siècles avant J. C. Cette première école s'efforça de pénétrer l'essence du Brahma, qu'elle regardait comme Tâme du monde, comme la substance première et la cause de tout être. On lui a donné le nom de Vedanta (le but de la science) ou de Mimansa (recherche de la sagesse, philosophie), et on Ta opposée à la philosophie Sankhya (méditation, contemplation, raison pure). La première est considérée comjBe une sorte de scolastique, qui s'astreint à Tétude des livres sacrés ot ne cherche qu'à introduire Tunité dans le chaos des légendes, des créations religieuses ; la philosophie sankhya, qu'on lui oppose, est, dit-on, au contraire, une doctrine pan- ' théiste ou même athée. La première aurait uniquement tenté de spiritualiser les dieux du brahmanisme; la seconde aurait brisé avec la croyance populaire et les enseignements des Yédas. L'histoire authentique ne sait rien de ces prétendues oppositions. J'avoue que la seule différence que je remarque entre les deux systèmes, c'est la forme un peu plus dialectique, la méthode un peu plus rigoureuse, qui distinguent le second. Quant aux Yédas, il n'en est question ni dans Tun ni dans Tautrc. La philosophie Sankhya entre plus avant dans Vétude du phénomène de Tâme humaine, rattachée par le corps au monde e^ctérieur; mais Tidentité de l'Être suprême et de la pensée est proclamée dans les deux écoles. Dans la philosophie Vedanta, Brahma est, * nous l'avons dit, l'âme du monde, l'essence primitive qui seule existe réellement. Non-seulement la matière n*ost qu'une apparence fugitive; mais l'âme individuelle n'est ellemême qu'une forme passagère, qu'un de ces flots qui surgissent un moment dans l'océan de l'être infini, pour s'affais ser et s'évanouir l'instant d'après. La philosophie Sankhya est un peu plus consolante, en ce qu'elle regarde la délivrance de l'esprit des tourments de l'existence comme le but nonseulement de la vie spirituelle, mais de In nature entière.
La philosophie Sankhya n*est pas plus athée que le syslèmeVedanta, où Brahma est proclamé le principe, la source des êtres. Ils sont Tun el Tautre des écoles panthéistes, parce qu'ils anéantissent la liberté morale de l'homme, et, avec elle, le sentiment du mal moral.
La théocratie brahmanique n*a pas plus attaqué la philosophie Sankhya que la Yedanta, pendant qu'elle a de très* bonne, heure déclaré la guerre au bouddhisme et accablé ses partisans de sanguinaires persécutions.
D*oii vient cette dilférence? De ceci. Le brahmanisme avait la prétention de fortifier par sa philosophie la croyance aux dieux des Yédas et de Tancien naturalisn)e, et restait on apparence dans le courant de la tradition. Les écoles do brahmanes laissaient la hiérarchie debout avec sa puissance illimilée et ses droits eNchisifs ; Bouddha sapait ces privilèges par la base. Taniis que les adorateurs du métaphysique Brahma respectaient les rites, les sacrements de l'Église matérielle, Bouddha ne ménageait point le brahmanisme et cherchait à dissoudre tout le culte extérieur qu'avaient institué les brahmanes.
Nous croyons pouvoir appuyer tout ceci sur des preuves irrécusables, bien que nous soyons là-dessus en désaccord avec l'opinion la plus généralement admise parmi les philosophes.
Quel rôle joue donc, dans l'histoire que nous avons entreprise, le développement brahmanique ? Le rôle de Tombre par rapport à la lumière, un rôle essentiellement négatif. Il repose sur une conception malsaine et corrompue, conception qui nie absolument la réalité des choses créées, et par conséquent la présence réelle de l'être divin dans la création. Par contre, le mouvement brahmanique nous ouvre des horizons nouveaux sur la route que suivent toutes les religions en décadence ; il est plein de pensées sublimes qu'on peut dégager de la teinte maladive qiii les recouvre.