‹ Dieu dans l'histoireChapitre 24 sur 157 · DU BRAHMANISME · texte numérisé non relu

DU BRAHMANISME

Eotin, il est d'une importance capitale comme préparation, comme introduction au bouddhisme. Nous avons résumé en quelques propositions les idées fondamentales de ses diverses écoles d'après les Pouranas et les Oupanichads.

i. — Cmcf^ption bkahma^iiqur w, diku kt di: vomdk

L'absolu est le Brahma. C'est là une locution consacrée par un antique usage et qui se trouve déjà dans le passage du Samavéda, cité plus haut, où il est dit :

i^ Brahma fut enfanté le premier avant le commencement des âges. C'est de Brahma «pie s'est déployée la brillante lumière. Le premier et le dernier échelon de TÉtre lui appartiennent. L'essence de TÊtre et du Non-Être n'est révélée que par Brahma.

Voici ce que disent, au sujet de ce Brahma, les Oupanichads ; rOupanichad Kenecchitam d'abord :

Nous ne comprenons pas comment on enseigne ce Brahma. Il est autre chose que le connu. Il est aussi au-dessus de Tinconnu. Ce qui n'est pas exprimé par la parole, mais ce par quoi la parole est exprimée, sache que cek est le Brahma. Ce qui ne pense pas par l'esprit, maïs ce par quoi l'esprit pense, sache que cela est le Brahma, etc.

Si maintenant tu crois savoir ce que c'est que le Brahma, tu sais en réalité bien peu de chose sur le Brahma. Celui qui dit que le Brahma est inconnu, celui-lii connaît le Brahma; celui qui le connaît ne le connaît pas. Ce n'est pas par la connaissance , c'est par l'ignorance qu'pn W connaît.

Kt, dans un autre Oupanichad, TOupanichad Kathakn :

iUï ne pent l'atteindre ni par la parole, ni par la pensée, ni par lu \ue; celui- là seul peut l'atteindre qui dit : Il est, il est. C'est ainsi qu'on peut l'apercevoir et dims son essence !

L'Oupanichad Tchandogya s'exprime ainsi :

L'Être est la racine, le repos, le fondement de toute créature.

Ces pensées, nous les avons trouvées plus haut chez liSo-Tseu, à peu près sous la même forme. Le monde est un sacriGce fait par Brahma ;* c/est la con-

séquence de son aspiration ^ers le fini, qui a nom Haia, c'est-à-dire Tillusion. Le premier trait tjui ait rapport à cette idée, plus tard si étrangement développée, se trouve dans riadchnavindou :

De même que Taraignée fait sortir les fils d'elle-même et les retire, de même que les plantes sortent de la terre et les cheveux de Thomme vivant, de même cet univers est un germe sorti de TÊtre éternel.

Voici maintenant dans TOupanichad Tchandogya une véritable cosmogonie.

Le soleil est Brahma, telle est la doctrine. En voici Texplication : Au commencement, le Tout n'existait pas ; lui existait. Il se métamorphosa et devint un asat. Au bout d'un an, Tœuf se fendit en deux; une moitié de la coquille était d'or, l'autre d'argent : l'argent c*est la terre, l'or c*est le ciel.

L'idée d'une personnalité morale réglant, maintenant Tordre universel, cette idée, qui éclate à tous moments dans les Yédas, s'affaiblît de plus en plus. On y trouve çà et là quelques allusions, comme dans l'Iadchnavindou , par exemple.

C'est de la destinée et de Faction de Thomme que dépend le succès d'une entreprise. Or, la destinée n'est évidemment que le résultat de la conduite de l'homme dans une vie antérieure. De même qu'une voi* ture ne saurait avancer sans roues, de même, sans l'action de rhomoM*, le destin ne peut se réaliser.

La personnalité humaine s'évanouit complètement, pour ainsi dire, dans la conception de la Maïa, de l'illusion, tan* dis que, chez les héros de la Grèce, au contraire, l'élément divin s'humanise. Dans les poésies grecques, dont l'anthropomorphisme est Tessence, on retrouve d'ailleurs des traces évidentes de l'ancienne conception aryenne, des passages où la divinité se révèle dans l'homme comme vengeresse de l'iniquité, de l'insolence et du crime.

ï. — Phuosophis viaarta.

Cette école accentue plus vivement encore les maximes

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i|ue nous venons d'énumérer. Ainsi Sankara, le plus fameux de ses maîtres, prête à peu près ce langage à Brahma :

h suis le grand Brahma, qui est étemel, pur, libre, un, constant, heureux, infini. Celui qui ne contemple rien d*autre, qui se retire dans un lieu solitaire, qui étouffe la voix des passions et leur impose le joug, celui-là comprend que l'Esprit est un et étemel. Un sage doit confondre, anéantir dans FEsprit toutes les choses sensibles, et ne contempler jamais que rSsprit qui équivaut au pur espace. Brahma est sans grandeur; sans attribut, sans caractère, sans dualité. »

Pour cette philosophie, le monde, la création, c^est le non^re.

De même que les tours du jongleur ne sont qu^une vaine apparence, de même le spectacle du monde est une forme trompeuse sans fond réel. De même que le monde des rêves est une illusion, de même ausu le monde du réveil est semblable à un songe.

L'âme elle-même n'existe pas réellement : ce n*est qu'en Brahma qu'est Fêtre. L'homme se Toit dans les autres, et, dans les autres, il ne voit que Tapparence de Tétre. C'est là le sens de cette parole : « Voilà ce que tu es I »

Si, par cette parole : « Yoiià ce que tu es, » on reconnaît qu'il n'y a pas de différence, alors disparait pour l'individu la nécessité d'être soumis aux destructjons et aux renouvellements du monde, et pour Brahmn l'obligation de créer, parce que tout ce qui est division, séparation, repose sur une conception imaginaire. Qu*e8t-ce donc que la création? U métamorphose du monde. La création est une illusion produite par la confusion, l'obscurité qui est dans les noms, dans les formes, etc., et toute cette confusion nait elle-même de l'ignorance. Ln création n'a pas d'autre réalité.

Cette philosophie, qui ne se propose d'autre but que la eonnaissance à tout prix, arrive logiquement à la théorie du néant, en faisant disparaître le particulier, l'individuel, dans rÉtemel, c'est-à-dire dans l'indivisible qui se révèle dans Pespace et le temps.

De cette doctrine découle tout naturellement ce désespoir inerte, celte indifférence glaciale qui semble à plus d'un la philosophie véritable. Ainsi nous lisons dans le Sankara Atcharya :

i:>i CONSCIENCE DE MKV

Une goutte qui tremble sur rarl)re du Lotus.

r/est ]à ce qui r<*$te de cette vie passagère.

Les huit montagnes avec les sept mers.

Le Soleil, les dieux eux-mêmes, les dieux puissantrii,

Toi, Moi, le Monde, tout sera détruit

Par le Temps ; pourfjuoi donc se soucier de quoi que ce soit ?

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