Bouddha ct i.e Bodddhishk
Il faut avoir suivi le long et tragique développement du brahmanisme, non pas seulement pendant les dernières périodes de son règne, mais pendant plus de mille ans: il faut se représenter vivement tout ce qu'il y a de malsain dans cette conception, tout ce qu'il y a d'insoutenable dans cette contradiction perpétuelle, dans ce mélange monstrueux de la poésie la plus élevée et de la réalité la plus écrasante; il laut se figurer l'influence énervante exercée par le climat, pour comprendre Bouddha, la bizarrerie de ses expressions, la puissance de dissolution dont fut douée sa réforme, son prodigieux succès, enfin. Ce n*est qu* en pesant tous ces précédents du bouddhisme, qu'on échappe
* Nous sommes heureux de saluer ici, en passant» uo U?re qui laisse loin clerriùre lui tous le^ travaux publiés jusqu'à ce jour sur lu philosophie indienne. C'est le ChrUtianity and- HHufuiim, de V. Rowland Williams. Les rapports du christianisme avec le brahmanisme et le bouddhisme y sont eiptisés dans une série de dialogues avec autant de clarté que d'élégance : nous nous feûcilons d'être d'accord avec M. Williams sur les points capitaux.
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au danger de se méprendre grossièrement et sur son prophète et sur rhifsioire de rhumanitc tout entière.
Schakhya (l'Expiateur) était essentiellement Hindou. Do famille princicre, il avait étudié la philosophie des brahmanes, puis s^était fait moine mendiant. Sa prédication dura vingt et un ans ; il mourut à cinquante-six ans. Il passa sa vie active au milieu de nombreux disciples, devenu promptement Tespoir et Tappui de tous les pauvres, de tous les opprimés du royaume de Magadha et des régions voisines. Nous trouvons en lui, d'après les documents les plus dignes de foi, un caractère si noble, si dévoué, où Tamour du prochain déborde avec tant de force, où la raison guide si sévèrement les moindres actions, qu'il nous est impossible de le prendre, comme on Ta voulu faire, pour un charlatan ou pour un fou. Nous savons que Bouddha enjoignit à Bes disciples de raconter ce qu'ils avaient entendu de sa bouche. On pense que, jusqu'au second concile, la tradition orale perpétua seule renseignement de sa doctrine; mais, lorsqu'on prétend que les récits, que les monuments qui nous en restent, ne remontent pas plus haut que le troisième concile, tenu en 246 av. J. C, ou 'même que cet autre concile qui eut lieu vers le milieu du second siècle avant notre ère, au plus fort de la lutte des sectes et de la confusion des partis, on porte, nous le croyons, un jugement un peu téméraire. Nous mentionnerons, en effet, plus bas, quelques autorités qui prouvent qu'Aschoka cite, dans sa mii^sive au troisième concile, quelques sentences et plusieurs hymnes de Bouddha. Il en résulte que les sept livres dont il y est parle étaient déjà en grande vogue avant le miheu du troisième siècle.
Les sentences simples et sans art, les paraboles et logia qui composent ces évangiles bouddhiques, ne pouvaient sufBre au goût raffiné et dépravé des Indiens. A la pre-
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mière réunion qui eut lieu après la mort de Bouddha, Ananda, le seul témoin oculaire, le seul auditeur assidu des leçons du maître, le disciple sur lequel Bouddha se reposait de la propagation de sa doctrine, Ananda était déjà exclu du conseil conrnie hérétique et n^obtenait le droit d*y renti-er qu'après avoir abandonné aux rêveurs formalistes, partisans rigoureux delà hiérarchie, la direction du conseil. Après un pareil début, nous ne pouvons naturellement eî^pérer d'avoir un tableau fidèle qui reproduise la simplicité première de la doctrine. Juger le bouddhisme par ces images qui le défigurent, c'est juger Tcxpression d'une physionomie par le pâle reflet qu'en donne une glace san$ tain. xVussi la critique ne devra-t-elle accepter sans réserve que les rèf?leraents d'Aschoka, que sa fameuse missive, que les règlements qui ne s'éloignent pas trop de la naïveté première. La critique est déjà entrée dans cette voie ; elle a mis en lumière bien des points de la. vie morale, du rôle pratique, de l'activité prodigieuse d'un des hommes les plus merveilleux qui aient illustré l'humanité ; mais il lui reste encore beaucoup à faire ^
* Ceii a J. J. Schmidtque revient l'honneur d'avoir, en 1831 el 52, posé pour la première fois la base historique, le terrain solide sur lequel doit se placer la criti({ue vis-à-vis du liouddhisme. Guillaume de llumbuldl (1856) affermit encore ce terrain et suivit le système de chronologie des Sinshalais; mais c'est Eugène Burnoaf, hélas ! trop loi ravi à la scieuce et à ses giganteiqiies travaux, qui appliqua avec un rare bonheur le principe de la saine critique. Son livre sur le Bouddhisme, interrompu par sa mort, est un cheftroravre de critique; il repose en grande partie sur le recueil cl le commentaire des monumenls bouddhistes du Népal, monument dont un érudit anglais infatigable, M. Hodgson, fit généreusement hommage, en 1X57, aux sociétés asiatiques de Liondres et de Paris. Le livre profondément instruclit de Hardy, Mamuil ofBudhiim (publié en 1846). les œuvres de Lassen flSil-rôSl, et la critique de Weber, partent du même principe. Le document le plus important qui ait paru depuis Burnouf est le texte d'un ancien livre pâli, trèsestimé de tous les partis; c'est le Dhammapadam [\es traces de la loi), c'est-' à-dire Recueil de maiimes. lYous devons cette publication aux encourage méats donnés par le gouvernement danois. Enlin, les dernières années ont «nsaleroent apporté un large tribut aux études orientales. Nous trouYons, par exemple, dans le second volume de VBUtoire umverêdU de Dunker,
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L'idée que nous nous faisons de Bouddha est tout juste l'oppose de Topinion admise par BurnouFel tous ses successeurs, à l'exception de MohI, d*Obry et de Dunker. On croit communément que le bouddhisme, c est-à-dIre la religion du monde qui compte le plus de sectaleurs et qui a civilisé et moralisé des millions d'êtres humains, est une religion athée et matérialiste. C'est ainsi, en eiïet, qu'il faudrait qualifier une doctrine qui n'enseignerait, comme le prétendent nos adversaires , que le non-étre, et par couse* quent la négation de Dieu. Si cela était, Bouddha serait pour le moins en dehors du cercle de nos recherches, car il n'y a pas de négation plus formelle de Tordre moral, de l'intervention divine dans les choses de ce moude, que ce nihilisme.
Nous allons montrer que cette manière d'interpréter le bouddhisme est dénuée de tout fondement. A prioHj elle semble déjà inadmissible; une étude consciencieuse des faits en fera plus éloquemraent encore éclater la fausseté.
Voici une traduction aussi fidèle que possible de trois hymnes empruntés aux « Traces de la loi, » au Dhammapadam :