DES ARYAS D'ASIE
ia Téritable inspiration ; la Divinité veut être honorée par le rhythme mélodieux d'un chant sacré, par le souvenir des glorieux exptoits qu^ont accomplis les dieux parmi les hommes.
Tel était le chant des scaldes germains, dont Tesprit se révèle encore dans une foule de chants de TEdda. Tels étaient sans contredit les hymnes des prêtres dans les temps antiques dont Homère chante les hauts faits.
Si la Conscience de Dieu n'abandonne pas les Aryas de l'Iran dans ce développement d'enthousiasme poétique qu'avait touIu étouffer Zoroastre, elle se retrouve aussi dans le brahmanisme des Aryas de l'Inde. Dieu apparaît, dans le monde de Tépopée brahmanique, comme le vengeur du crime. L'homme se laisse instruire et guider par les brahmanes, ceux-ci par la loi et les prophètes. T^a loi, ce sont les Védas et les règlements sacrés qu'ils prescrivent ; les prophètes sont les expiateurs, les solitaires qui ont conquis par de longues méditations l'intelligence profonde de la loi, de la nature des dieux.
L'Iranien ne verra plus, après Zoroastre, s'élever aucune personnalité créatrice, aucun réformateur puissant ; l'Arya de rinde en verra surgir un dans Bouddha. Le bouddhisme, sous sa forme primitive, n'est en aucune façon une secte de matérialistes ou d'athées; c'est au contraire un progrès réel, une réforme religieuse partant des plus nobles principes et remontant à la source même du sen- Ument de Dieu. Si le fils de Gotama avait eu le courage de rejeter tout ce qui ne cadrait pas avec sa foi, de repousser les dieux auxquels il ne croyait pas, la métempsycose qui n'avait aucun rapport direct avec les conceptions essentielles de son système, en un mot, s'il s^était contenté de proclamer purement et simplement ses opinions personnelles, qui faisaient de l'Esprit là seule vérité, la seule réalité éternelle, alors, ou bien il eût passé inaperçu à tra-
vers cette vie, ou bien il eût renouvelé de fond en comble le monde aryen.
Mais pourquoi lui reprocher la méthode qu'il a suivie? Quel fondateur de religion, le Christ excepté, en a jamais employé une autre? Le fils de Gotama a ^é un très-grand homme; il a reconnu, avec plus de netteté que tous les grands esprits de l'aryanisme asiatique, la prédominance du principe moral en matière de religion; il a diminué les souffrances de l'humanité autant que le permettait la décadence séculaire de son pays. Que sa mémiHre reste à jamais bénie !
Bouddha lui-même témoigne contre les bouddhistes et le bouddhisme. Citons pour conclure, en témoignage de notre assertion, cet hymne, répandu dan« toutes les communautés bouddhiques, dont la critique a enfin éclairci Tobscurité et dans lequel Tâme de Bouddha, vers la fin de sa carrière, a épanché son intime croyance.
Quand j'aurais mille fois à parcourir le cercle des naissances sans fin, vraiment, si je n'avais pas découvert Tarchitecte que je cherchais, je renoncerais à ces nouvelles existences sans fin et sans but.
Hais je t'ai saisi, ô suprême architecte ! Désormais tu ne reconstruiras plus la maison, les poutres sont brisées, le toit s'est efîondré, Tesprit qui a été plongé dans le Nirvana a éteint en moi la soif du désir.
Le même phénomène se présente à nous dans l'histoire du brahmanisme T les commencements ne ressemblent pas aux développements ultérieurs, mais, ici, point de grande figure. Nous avons ailleurs déjà signalé les circonstances qui empêchèrent l'essor vigoureux et régulier de la Conscience de Dieu. Quelque admiration que Ton professe pour la poésie et pour la métaphysique des Védas, il est cependant incontestable que la Conscience de Dieu n'y acquiert pas un développement suffisant. La réalité s'évanouit, chez les brahmanes, bien avant l'époque de Bouddha. L'histoire n'est rien, la vie réelle n'est qu'un leurre, qu'une illusion ; le monde