LES OKACLES, LES INITIATIONS, LES CHANTRES SACRÉS
ET l/ÉPOPÉE DES GRECS
LES ORACLES, LES MYSlèRES, PBÉRÉCIDE ET PYTHAGORB.
Avant même que le divin Homère s'élevât en lonie, il existait, au pôle opposé du monde hellénique, des chantres entourés de vénération, des chantres sacrés de la Divinité :
€ff£Z LES GRECS. 247
les préires et les prophètes thraoes. L'antiquité elle-même n'avait déjà plus sur ces personnages des notions claires et authentiques ; les poésies désignées sous le nom d'orphiques^ dit Aristote, ne remontent pas, comme le prétendent les prêtres, au delà d'Homère, mais sont beaucoup plus modernes.
C'était des anciens Orphiques qu^il voulait parler, car, longtemps après Aristote, on écrivit encore des poésies de ce genre. Les dogmes, les enseignements écrits n'étaient que Taccessoirc dans cette école religieuse; ce qui enfermait le fond et Tessence, c étaient les consécrations, les sentences, les rites, les incantations, une musique sacrée et immuable, un Hj'mboHsme sacerdotal. Les sacrifices accomplis en l'honneur de Jupiter et de Junon, de TÉther et de la Terre, du Dieu des hommes et de la vie, de Dionysos et de sa femme , avaient certainement, dès les temps primitifs, donné l'essor à des races de chantres, semblables à ceux de l'ancienne Bactriane, qui développèrent peu à peu lelément purement grec de ce rituel. Lorsque les chants d'Homère vinrent ravir les esprits, ces chantres sacrés de la Grèce apprirent aussi la langue et la prosodie ioniennes, mais sans en accepter l'esprit. L'épopée populaire et les hymnes furent ainsi en contact, en opposition et en transaction. C'est à quoi fait allusion un passage du second chant de niiade. H s'agit des vaisseaux équipes par les antiques cités de la Hessénie, la patrie de Nestor, où s'était aventuré le chantre de Thrace venant de Thessalie :
.... Là où les Muses trouvèrent Thamyris, le Thrace, qui venait d'Œ^ chalie, das bords de TEurytus, et lui enlevèrent le don du chant. Car Taudacicni prétendait se mesurer avec les Muses et les égaler, Alors, les filles du dieu qui agite régide, lui répondirent à leur tour par leurs accents. Irritées, elles le frappèrent de cécité, et lui ravirent la céleste mélodie et Tart de faire résonner la lyre.
Voici Vexplication de cette légende : les Muses chantaient
248 conscience: de dieu
en ionien; c'était dans ce dialecte qu'elles célébraient les exploits des dieux et des hommes. Le génie de la Tbrace, Thamyris, prétendait aussi à l'inspiration du chantre, mais c'était du pôle opposé de la vie hellénique que partaient ses accords. Les Dorions, en Crète surtout, mais aussi dans le Péloponèse, même après que Lycurgue eut introduit à Sparte les poésies homériques, afi'ectionnaient encore ces chants pieux, alors que les Ioniens des côtes et des iles accordaient toute leur admiration à l'épopée d*Homère, moins mystique et plus humaine. Il y a là une opposition entre deux courants contraires^ que nous ne devons pas négliger, et, malgré la supériorité que conquit l'élément ionien qui fit "rentrer l'esprit dorien dans l'ombre, nous devons nous garder de négliger cette autre forme du génie grec.