RÉSULTATS ET RÉSUMÉ DE U CONSGENCE DE DIEU CBEZ LES LYRIQUES GRECS
On peut le dire, l'humanité doit beaucoup et de grandes choses à la.poésie lyrique des Grecs. Sans doute la poésie lyrique n'est pas une création originale de la Grèce, comme l'épopée et le drame. C'est la plus antique de toutes les formes de poésie. La Chine l'a connue avant l'époque d'IIomcre; les prophètes hébreux en ont donné, vers le même temps, de parfaits modèles, et les Aryas enfin, deux mille ans avant les Grecs, se sont fait une poésie lyrique subHmc dans les hymnes de Zoroastre et des Védas. Sans doute aussi, la poésie lyrique des Grecs ne peut s'égaler à leur épopée et à leur drame.
Il est cependant deux points principaux de la Conscience de Dieu, que, la première, elle a assurés aux hommes. L'école ionienne a prêché la mort pour la patrie; le sacrifice sublime de l'individu à la société, elle Ta déclaré une
œuvre agréable à Dieu. C'est là une chose qu'ignoraient les Aryas. Ils connaissaient la patrie céleste et se rappe* laient la demeure de leurs premiers parents ; mais Tidée d'une patrie terrestre à laquelle Us se devaient, l'idée de la terre natale, de la terre paternelle, cette idée, ils ne l'avaient pas. Ce sentiment qui a inspiré tous les grands peuples et que les sophistes ont seuls osé nier, ce sentiment est né dans la libre société des Hellènes et a trouvé son premier prophète en lonie, son second à Athènes. 11 a animé toute la poésie lyrique de cette grande époque ; il a fait la gloire de Simonide, d'Alcée, et de tant d'autres. Les monuments en sont nombreux, et les épitaphes des guerriers morts dans les guerres médiques témoignent assez de cette haute vocation de la poésie grecque : on connaît l'inscription du tombeau de Léonidas, et mille autres. Cette note sublime ne cessera de retentir en Grèce que lorsque périra la liberté; Aristote touchera encore la corde patriotique , et Démosthène aussi , dans son bel éloge des guerriers morts à Chéronée. Après eqx, la peinture des jouissances de la vie s'emparera de la forme lyrique et la détournera de ses premiers sujets.
Telle fut l'œuvre de l'élégie ionienne. Ainsi naquit et mourut ce premier fruit de l'inspiration lyrique unie à la conscience de Dieu.
Mais aussi importante pour l'histoire du monde, et plus importante encore pour la conscience intime de la Grèce et de l'humanité, est la conquête due à l'élément lyrique dorien, au génie pindarique.
Cette conquête, nous pouvons la résumer en trois points.
La première de ces trois pensées, qu'exprime Pindarc, après Pythagorc et avant Socratc, est celle-ci : Une loi divine régit les choses d'ici-bas, et cette loi est celle-là même que l'homme sage et pieux trouve dans son cœur.
Voici comment ou pourrait exprimer le second principe de cette poésie :
Les choses humaines ne se produisent et ne subsistent que par Télément divin qui réside en elles : l'élément qui se révèle dans l'égoîsme des individus et des Etats n est qu'une source de malheur et de perdition.
Voici le troisième principe :
Les traditions de l'humanité sur les choses divines, surtout les traditions helléniques et les mystères et rites qui s'y rattachent, ont un fond de vérité, parce qu'ils répondent à la conscience intime de Thomme, parce qu'ils trouvent et doivent trouver leur écho dans son cœur et y réveillent le sentiment de la Divinité.
Pour apprécier le sens profond de ces trois propositions que nous avons appuyées par des exemples, il faut se rappeler qu'avant les Grecs aucune race aryenne ne s'en est rendu un compte bien clair et n*en a possédé une conscience arrêtée. Si l'on y réfléchit sérieusement, on découvrira sans peine comment ici Taryanisme prépara le christianisme, et l'on comprendra que, dans cette conquête du génie grec, repose une des plus profondes racines de notre conscience moderne.
On sait maintenant ce qu'a fait, ce qu^a deviné, ce qu'a proclamé de grand la poésie lyrique des Grecs. Ceci constaté, on doit avouer que celte poésie est loin d'être au niveau de l'épopée ou du drame. Nous ne parlons pas de la l'orme : elle est accomplie ; elle va même toujours se perfectionnant à mesure que la vraie inspiration diminue : rien de plus élégant que toutes les productions des Alexandrins ou des Grecs d'Asie, telles que l'Anthologie nous les présente; mais quelle place tiennent-elles dans le grand chœur des prophètes de rhumanitc? Aucune. Un philologue peut seul s'enthousiasmer à la lecture de la fameuse hymne à Némé* sis qu'a écrite Mésomède, l'affranchi d'Adrien, le chantre
CUBZ LES GRECS.
d'Anliiioûs. Point de vie poétique dans cet amas labo d'érudition diseirte, dans cette chasse aux métaphores ques, aux souvenirs antiques, aux phrases résonnante! La vraie poésie lyrique, la grande et prophétique p( est parvenue à sa perfection le jour où elle s'est liée à l'i silion de l'histoire épique, le jour où elle est devenue li dament et l'clément principal du drame, en procla l'ordre moral ot inaltérable qui régit la vie des héros f peui^es.
Di DIEU HUIS LE DRAME iTTlQDE, OU ESCHtLE Et SWl
Les guerres médiques, qui menaçaient l'îndépen des Hellènns, sont une succession ininterrompue Ai (oires : le joug des barbares est repoussé à Maralh Salamine. La Grèce a vaincu deux Grands Rois; elle a l'Europe. Les prédictions des antiques prophètes se réalisées. Les dieux ont secouru leur peuple. La jus triomphé. La Grèce, sauvée par des miracles, rend aui uités, ses protectrices, tout l'honneur de son trior elle remercie Minerve, la déesse de la sagesse, qui a sur sa citadelle ; elle remercie Jupiter, le père des mes et des dieux, qui a protégé son brillant cmpi ce bloc gigantesque de marbre perse que les cnncir apporté avec eux pour s'en faire un trophée (le mat Rbamnus), Phidias, un autre prophète, en fait uneïti Le visage de la déesse de Phidias est grave et sévèii d'orgueiM tout l'honneur est aux dieux I scmble^l-'i la Grèce victorieuse.
II est diflicilc pour l'individu, il est impossible peuples, de croire à an ordre moral, et, par coi
de croire à Dieu, quand ils voient, pendant un grand nombre de générations, la yiolence, Tinjustice, dominer, quand ils voient le crime protégé; que dis-jc? divinisé. Mais, quand l'orgueil est puni sur la terre, quand un peiiple assiste à un tel acte de justice, alors les ailes de Tâme relèvent au haut des cieux, jusqu'aux régions de la foi et de l'inspiration. Alors l'humanité respire, éclairée et fortifiée. Alors la loi morale est reconnue comme loi divine. C'est te moment où Tépopée du passé fabuleux, œuvre et création des poètes, doit disparaître de la scène littéraire. L'homme en activité veut qu'on lui représente une action. C*est le moment où, des récits épiques, se dégagent, pour venir éclater au premier plan, ces grandes personnalités qui s* agitaient dans l'épopée primitive. On connaît Fhistoire extérieure, les aventures de ces héros mythologiques. Depuis des siècles ils se jouent, ils vivent sous les yeux des hommes. Poètes, artistes, les ont créés et ornés. Hais où trouver le prophète qui, saisissant les créations des anciens temps, viendra leur donner une nouvelle figure poétique? où trouver celui qui dégagera de leur histoire encombrée de fabuleux détails le sens profond et philosophique? celui qui les mettra devant nos yeux, parlant, agissant comme les puissants du jour? celui qui nous fera comprendre leur portée religieuse en les rapprochant de nous? Ce prophète-là peut paraître : son œuvre est préparée de longue main. Tout est prêt pour la tragédie : sujets, scène, auditeurs. Qu'un homme vienne maintenant la résumer, la personnifier en lui, et la tragédie pourra naître. Cet homme, elle le trouva : ce fut Eschjle.
Eschyle était un soldat de Marathon, de Salamine et de Platée, le frère d'un des héros de l'époque. 11 a eu des précurseurs pour ce qui concerne la partie extérieure de son art; mais il a été pourtant le créateur du drame, comme le chantre immortel de Smyrne a été le créateur, le
seul créateur de l'épopée. Le sujet du drame, c'est-à-dire de raction, ne peut être qu'un homme, une personnalité isolée ; mais comment cet homme deviendra-t-il un héros tragique, comment l'action deviendra-t-elle une^ tragédie? En Allemagne, le fond de notre philosophie est aujourd'hui la fatalité tragique, et le héros qui lutle dignement avec cette fatalité est, au dix-neuvième siècle, ce qu'on appelle un héros tragique. Toutes les fois qu'on emploie cette formule de fatalité ou quelque autre analogue, on ne manque pas d'invoquer l'autorité de la tragédie grecque et de se mettre à couvert sous ce nom respecté. La tragédie grecque n'estplus désignée, de nos jours, que sous le nom de tragédie fataliste. Et pourtant, cette définition est-elle juste? Ce que nous avons trouvé jusqu'à présent dans le développement de la conscience de Dieu chez les Hellènes n'est certes pas de la fataUté. Nous y avons trouvé, au contraire, une idée très-profonde de l'ordre moral du monde, et, selon toute probabilité, c'est cette même idée que nous retrouverons au fond de la tragédie grecque comme sa véritable base. Puisque l'époque du drame répond précisément à l'apogée du développement de cette conscience de Dieu, puisque le drame est reconnu comme la perfection du génie prophétique et artiste de la Grèce, nous devons nous attendre à y rencontrer aussi la plus haute expression, la plus frappante image de ces lois éternelles qui sont la base de la foi hellénique, la source de son inspiration et qui régissent à ses yeux l'ordre moral du monde. Tout homme qui aura dépassé la juste mesure sera puni tôt ou tard : voilà le fondement de la tragédie grecque, et l'esprit humain puise là des idées plus larges , des espérances plus consolantes que dans la doctrine desséchante, écrasante de la fatalité ^
* Noas supprimons ici tout un chapitre qui expose les théories des philosophes sur la tragédie grecque d'Arisiote jusqu'à Ifegel. [fiote du TrùAicleur.)
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ESCHYLE