‹ Dieu dans l'histoireChapitre 43 sur 157 · Trilogie de Prométhée · texte numérisé non relu

Trilogie de Prométhée

Nous avons déjà, plus haut, parlé suflisamment du héros même de cette trilogie, et touché, en même temps, beaucoup de points relatifs à Toeuvre immortelle d'Eschyle. Nous avons surtout mis en lumière cette destinée étrange de Prométhée, qui lui impose, à lui, Dieu immortel, à lui. Titan créateur du monde, les supplices et les douleurs d'un homme. La mort exceptée, les mêmes lois régnent sur le mortel et sur. Prométhée. Il souffre comme un héros tragique, puisqu'il porte la peine de Topiniâtreté avec laquelle il a résisté à la volonté suprême. Il a foit du bien aux mortels, mais il ne Ta pas fait conformément à la décision de Jupiter; il ne Tapas fait eu temps et lieu. Les hommes n'en ont profité que pour devenir plus méchants ; possesseurs do feu malgré les dieux, ils se sont cru tout permis.

L'action delà pièce, c'est le développement, c'est le nœud même de la destinée humaine ; le dénoûment, si dénoûment il y a, est celui qu indiquait à l'avance l'esprit de l'antique et profonde tradition. L'empire de Jupiter n'est pas éternel : ce n'est point par des moyens légitimes que Jupiter est monté sur le trfine ; il a eu, il est vrai, pour femme la Prudence (My^tk;) ; il a pour fille Athéné, la déesse de la Sagesse; mais son règne n'est pourtant que le règne de la foudre, de la force physique. Un jour viendra où, de Jupiter et d'une mortelle, naîtra un nouveau maître du monde. Ainsi l'a prophétisé Thcmis, la Justice Qlemelle, la mère de Prométhée. Peu importe l'auteur de cette prédiction. Elle s'est réalisée, parce qu'elle procédait du fond

même de la vraie conscience de Dieu. Trois mille ans, Pro* méthée doit souffrir, cloué sur son rocher (c'est encore Thémis qui Ta prédit à son fils trop audacieux) : terrible châtiment, dont se souviennent encore certains barbares aryens habitants du Caucase, qui conservent avec un religieux effroi cette tradition des anciens temps, devenue inintelligible pour eux. Mais, de bonne heure, le génie hellénique a prédit à l'humanité que sa délivrance viendra, et viendra de l'humanité même; que le Sauveur du monde sera 61s d'une mortelle.

Revenons au Prométhée enchaîné^ la seconde pièce de la trilogie que complétaient le Prométhée porteur du feu et le Prométhée délivré nous y retrouvons cette forme de la conscience de Dieu que nous avons reconnue antérieure au génie hellénique, cette cmscience dont le drame est à nos yeux l'interprète et le prophète.

Contemplons d'abord le héros en face des dieux : Jupiter excepté, les dieux représentent les forces aveugles de la nature, cachées sous des noms mythologiques, mais dépcn* dantes, sans volonté, sans libre action. C'est une vérité que Yulcain, l'habile dieu du feu, est lui-même contraint de reconnaître, quand il dit (Y. 49, 50) :

Tout a été donné aux dieux, tout, excepté d'être les maîtres ; car personne, sauf Jupiter, personne ne peut être nommé libre et indépendant.

Voyez au contraire Prométhée, le représentant réfléchi et divin de ses enfants, les hommes : Prométhée est libre, pourvu qu'il ait le courage de l'être et d'en subir les conséquences. 11 n'a rien voulu de mal; il consent volontiers, en fils de Thémis, à céder au droit; mais il ne veut pas céder à la force. Il souffre maintenant, mais ce n'est pas la souffrance du corps qui lui est la plus douloureuse.

Jusque-là, cependant, il n'a point subi les plus extrêmes rigueurs de sa destinée : il est seulement enchaîné au ro-

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cher, abandonné à la solitude et à la contemplation. Mais sa science de Tavenir lui devient fatale : sachant que ta puissance des divinités physiques de Téther n'est pas éternelle, il se plonge, avec toutes les jouissances de la vengeance savourée à l'avance, dans la prévision de la chute de Jupiter. Il voit le maître du monde engendrer lui-même son vainqueur; ce vainqueur destiné à briser et la foudre paternelle et le trident de Neptune (Y. 877-897). Un sort plus terrible encore est réservé au tyran, dit-il aux Océanides épouvantées. Alors s'engage l'entretien qui doit amener la catastrophe :

LB CHOBCR.

Comment ne trembles-tu pas de proférer de telles paroles ?

PROMBTBÉE.

Que pourrais-je craindre, moi que la mort ne peut frapper?

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