‹ Dieu dans l'histoireChapitre 45 sur 157 · L'OrcsIie : Agamemnon, les Clioépborcs et les Euménides · texte numérisé non relu

L'OrcsIie : Agamemnon, les Clioépborcs et les Euménides

Nous avons ici devant nous Tœuvre la plus parfaite, la dernière œuvre du grand poète, une trilogie qui nous a clé conservée entière. Les trois pièces n^en sont pas liées entre elles comme les chants d*un poëme épique, ou comme les drames historiques de Shakespeare. Le lien des trois pièces est d*une nature plus intime et moins extérieure. Ce senties parties* organisées d*un grand tout, si vous considérez l'ensemble; ce sont des actions isolées, circonscrites, se suffisant chacune à elle-même, si vous les considérez individuellement. Le meurtre d* Agamemnon est le nœud de la première pièce; le meurtre de Clytemnestre, celui de la seconde; le combat que se livrent les dieux pour la vie d*Oreste, Texpiation et la délivrance, sont le fond de la troisième.

Nous ne pouvons ici que faire ressortir aux yeux de nos lecteurs les deux principaux points de cette trilogie ; à sa-

* Edgar Quinct.

voir, premièrement, que la conscience des lois morales est ici encore rame du poème et la clef qui ouvre Tinte!ligence de Tensemble ; en second lieu, que cette conscience ne doit pas èiitî désignée sous le nom de fatalité. En effet, le meurtre d'Agamemnon ne pourrait faire à lui seul un sujet de tragédie; le sentiment moral ne serait pas satisfait si la première partie de la trilogie ne lui offrait que le fait matériel tragique ; il faut que le spectateur ressente dès l'abord le dénoûment moral de Tœuvre. L'Agameranon d'Eschyle n'est pas une victime innocente comme Iphigénie. Ce n'est pas seulement Clytemnestre qui voit un meurtre dans le sacrifice de sa fille; le chœur, lui aussi, déclare à Agamemnon que le peuple ne lui a pas pardonné la mort d'Iphigénie ; non; ce crime n'excuse pas celui de la femme adultère, mais il le motive et rend en quelque sorte à la coupable la dignité tragique. Le roi des rois a violé, dans son superbe égoîsme, les droits sacrés qui s'attachent aux noms de fille et de mère. Il revient aujourd'hui avec sa belle captive, avec Cassandre, la fille du roi vaincu, et la fait asseoir près de lui sur son char, quand il rentre dans sa capital^ : il 1 amène dans sa maison, sans respect du lit conjugal.Unc voix divine, cependant, une voix intérieure, l'avertit de fuir tout excès d'orgueil; il écoute d'abord cette voix, il refuse l'honneur de la victoire, il l'attribue aux immortels. Jamais il ne mettra le pied sur des tapis brodés d'or pour entrer dans sa maison : de tels honneura n'appartiennent qu'aux dieux. Mais les flatteries de l'astucieuse Clytemnestre le détournent de ces sentiments salutaires : il foule les tapis de pourpre, et il oublie, dans son égarement, qu'il a donné à sa femme, par sa liaison avec Cassandre,un nouveau sujet de vengeance. Les fautes d'Agamennon sont alors effacées par le forfait de Clytemnestre. -Celle-ci vient, le crime une fois accompli, l'attribuer à la colère du démon qui poursuit la maison

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d'Atrée, excuse banale de tous les coupables; puis elle va jusqu'à s'en faire gloire devant le chœur qu'elle menace de la puissance d'Egisthe.

Les Choéphores nous préparent à Texpiation du meurtre d'Âgamemnon. Oreste, le fils du monarque assassine, doit venger son trépas. Clytemnestre, quia fait ensevelir sa victime sans honneurs, effrayée par des visions nocturnes, envoie enfin Electre, sa fille, au tombeau paternel, faire les libations prescrites. Le cortège funèbre rencontre, devant la tombe même, cet Oreste qu*on croyait mort, et qui, revenu dans sa patrie après de longs voyages, apprend ce que sa sœur et ses concitoyens ont souffert de la tyrannie des meurtriers. Apollon lui a déjà ordonné de venger le meurtre de son père : le Chœur et Electre viennent encore Texciter à la vengeance. Les supplications de sa mère ratlendrissenl; mais Pylade lui rappelle son vœu, et il tue sa mère à côte du cadavre d'Egisthe tombe sous ses coups. Tous approuvent et s'épouvantent à la fois. Alors il aperçoit les Furies, les chiens de l'enfer que l'ombre de Clylemnestre lâche sur lui ; les Euménides s'élancent contre le meurtrier : il s'enfuit, il va chercher dans le temple de Delphes, auprès d'Apollon, un refuge et une expiation.

Ainsi se termine la seconde partie du drame. La troisième montre la poésie grandissant encore et d'invention et de langage. Les Euménides pénètrent dans le sanctuaire, demandent justice et réclament leur proie. Apollon apparaît en personne» et chasse les monstres, malgré leurs hurlements et leurs menaces. Les deux parties enfin prennent Minerve pour arbitre. Les jurés de l'aréopage jugent le procès, d'après le droit de la conscience : les voix sont partagées : la sentence de Minerve fait pencher la balance : Oreste est absous. Mais les antiques déesses de l'expiation ne doivent pas rester offensées. Minerve, la conciliante déesse, apaise leur colère par de douces paroles : elles aban-»

donnent la ville d'ÂIhéné, la ville des dieux sereins et du droit miséricordieux : on leur offre le bois sacré qui s'étend aux portes de la ville : elles y établissent leur séjour, et, de là, elles protègent Athènes.

11 n est pas une création poétique dont la magnificence égale celle des Euménides; il n'en est point où Fexpiation tragique soit mise en scène avec plus de force et de profondeur. Un premier crime a dû être expié ; mais l'expiation môme a enfanté un crime pour venger un crime, et il faut, pour fermer cette série fatale, l'intervention bienfaisante des dieux.

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