‹ Dieu dans l'histoireChapitre 46 sur 157 · Les Perses. — Les Danaîdes. — La Thébaïdc · texte numérisé non relu

Les Perses. — Les Danaîdes. — La Thébaïdc

La tragédie des Perses^ cette pièce de circonstance, qui n'est nullement indigne des autres œuvres d'Eschyle, est empreinte du même caractère. La justice divine s'abat sur le monarque enflé d'orgueil. L'ombre du grand Darius vient elle-même prononcer l'arrêt de son fils, et le chœur des Perses reconnaît que les dieux favorisent ainsi la libre expression de la pensée humaine. Les peuples, désormais, parleront en liberté.

La langue des hommes ne sera plus surveillée : délivres dcsormaif:, les peuples parleront sans crainte, puisque la tyrannie est abolie.

Le chœur ajoute :

De la fleur de Tarrogance sort un fruit funeste, le crime, bientôt suiri de la douleur et des larmes, etc.

Dans la trilogie des Dam'idesy telle que Welcker l'a reconstituée, c'est encore d^une première faute que sort une série de malheurs et de crimes. lo, fille de roi, gardienne du temple de Junon, a immolé son devoir à l'amour de Jupiter; des lors mille infortunes s'accumulent sur sa tête ; puiS) en Egypte, deux frères ennemis naissent de sa race :

Égyptus et Danaûs ; les cinquante filles de Danaûs, à Texception d'une seule, égorgent, par ordre de leur père, les cinquante fils d^Égyplus, leurs maris, dans la nuit des noces. Ilypermnestre, qui seule a épargné son époux, relève sa famille fatale, et de sa race doit naître plus tard le libérateur promis à lo, rinvincible Hercule.

La trilogie de la Théhdide^ une des plus anciennes d'Eschyle et qui a encore un caractère tout épique, nous montre, dans sa dernière partie, les Sept chefs devant Thèbes^ tous les héros de celte guerre périssant avec les fils d'Œdipe, mais la pure et noble Ântigone survivant comme afin de personnifier la pacification de Tâme humaine bouleversée partant de crimes et de passions. Antigone, au milieu des infortunes publiques, semble promettre un avenir -de paix et de sérénité à la ville si cruellement éprouvée. La où se rencontre un pareil héroïsme dans le cœur d'une jeune fille, héroïsme qui entraîne toutes ses compagnes, on ne saurait désespérer de la patrie; la flamme sainte de la liberté n'est pas éteinte.

Ainsi, chez Eschyle. Tart n'est que le moyen : le but est la manifestation de l'ordre divin des choses, toujours victorieux et toujours juste. Chez lui, ni impulsion extérieure, ni solution fatale. Ce n'est ni par la fatalité, ni par un malheur immérité, ni par la jalousie des dieux que ses héros périssent; ce qui les perd, c'est leur propre outrecuidance, ce sont leurs crimes ou au moins le défaut de mesure, la transgression des limites imposées à l'homme. C'est là, pour lui, la loi d'après laquelle Jupiter dirige le monde. Chez Eschyle le dénoûment n'est jamais l'œuvre d'un deus ex machina : il est amené naturellement par la conscience de la faute, par la réflexion et le repentir.

SOPHOCLB

i. Le» Tragédies du Cycle d'Œdipe. Œdipe roi, Œdipe à Golooe

Aniigone.

Les deux Œdipe, CEdipe roi et Œdipe à ColofiCj manifestent Vidée de Sophocle sur l'ordre moral du monde, par les situations si diverses où il place son héros, et la manifestent avec une profonde harmonie. Œdipe nous apparaît d'abord comme le consolateur de la ville qu*il a sauvée autrefois et où sont venues s'abattre tout à coup la peste et la famine ; noble caractère, mais d'une irascibilité que rien n'a pu corriger , depuis ce jour où il a tué, sans le connaître, le roi Laïus, son père, bien qu'Apollon l'eût averti du sort qui le menaçait. Il a oublié ce meurtre au milieu de ses prospérités : il a délivré la ville du sphinx : il a hérité du trône et de la femme de Laïus. Aussi entre-t-il en fureur, lors que Tirésias lui laisse entrevoir qu'il pourrait bien être lui-même la cause du fléau qui ravage Thèbes. Il s'emporte, il chasse avec ignominie le devin inspiré des dieux. L'horrible secret commence à se dévoiler ; la catastrophe accourt à grands pas. Le chœur des vieillards thébains exprime en ces termes ses terreurs et ses espérances,

Puisse-t-il m'étre donné de conserver la sainte pureté dans toutes mes actions et mes paroles, fidèle à ces lois sublimes émanées des cieux, dont rOlympe seul est le père, qui n^ont rien d*humain ni de mortel, et que jamais Toubli ne peut abolir ! en elles vit la puissance divine qui jamais ne saurait vieillir.

L'orgueil enÊinte le tyran ; Forgueil, monte au comble de l'insolence, retombe dans un précipice d'où il ne peut se relever.

Si un mortel signale par Tarrogance sou bras ou sa langue, sans crainte de la justice, sans respect pour les images des dieux , qu'une mort funeste le punisse de ses passions coupables ! Si, pour élever su fortune, il ne craint pas de violer la justice; si dans son délire il ose se

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livrer à des actes impies ou porter une main sacrilège sur les choses saintes, comment un tel homme pourrait-il se préserver des traits de la colère céleste?

Bientôt éclate l'affreuse vérité : Jocaste se tue, Œdipe s'arrache les yeux et demande à quitter la ville, accompagné de ses filles : ainsi finit VOEdipe roi, et le chœur s'écrie :

Voyez, Thébains, voyez cet Œdipe qui expliqua les énigmes dn sphinx, qui était le premier parmi nous, dont tous les citoyens vantaient et enviaient le sort : voyez en quel abîme de misèare il est tombé. Sachez donc qu^aucun mortel, tant qu'il n*a pas vu son dernier jour, ne saurait se dire heureux, s'il n'a point atteint le terme de sa vie sans avoir éprouvé d'infortune.

Bientôt les fils d'Œdipe arrivent au pouvoir et chassent leur père.Une des filles du proscrit, Ismène, reste à Tbèbes, tandis que l'autre, Ântigone, accompagne le vieillard aveugle. Arrivé aux portes d'Athènes, à la colline de CoIodo, Œdipe s'assied, éjiuisé ; c'est le commencement de la seconde tragédie. Le lieu redoutable ou il se repose, sans le connaître, c*cst le bois sacré des Furies, le sanctuaire mystique des expiations. Ismcne vient apporter à son père la nouvelle de la guerre qui va éclater entre ses frères : elle lui annonce la décision de l'oracle qui promet la victoire à celui qui aura près de lui le corps d'Œdipe. Il maudit la guerre et prédit les catastrophes des deux partis, résolu h ne pas quitter son asile. C'est celte fatigue de la vie qui arrache au chœur le vieux dicton que nous connaissons déjà par Eschyle et par la légende de Midas (v. 1217).

Le mieux est de ne pas naître, et, une fors né, le second degré de bien est de retourner au plutôt là d'oii nous sommes venus.

Lhypocritc Polynice vient tâcher de gagner Œdipe à son parti et de réaliser Toracle. Œdipe lui reproche la dureté inhumaine avec laquelle il Ta cha.ssé naguères; il le maudit et lui prédit la ruine de ses confédérés. Polvnice dit à ses

sœurs un clcrncl adieu et marche au trépas. Alors le tonnerre éclate, et le dieu annonce à Œdipe que sa dernière heure est venue. L'infortuné se met en chemin sans vouloir d'autre compagnon que Thésée, le héros et le roi d'Athènes, qui a protégé ses derniers jours; il arrive à rentrée des enfers, et Pluton lui-même le reçoit doucement dans lei sein de la terre; Thésée seul sait le fatal secret. Sur cette tombe mystérieuse et inconnue repose pour Athènes une éternelle bénédiction. Les filles d'Œdipe puisent leur consolation dans la douceur de cette mort, et c'est sur leurs prières que Thésée les fait reconduire à Thèbes. Alors s'ouvre la troisième tragédie, la divine Antigone. La malédiction portée contre la race des Labdacides s'accomplit de point en point ; mais VAntigone de Sophocle soulage l'âme par cette sereine majesté et celte sublime liberté morale qui brillent en elle au milieu de toutes ces haines et de tous ces pleurs. Malgré les ordres du roiCréon, Antigonc donne la sépulture à son frère Polynice, tombe en combattant contre sa patrie. Mandée par Créon dont elle a brave la colère, et en face de la mort qui l'attend, elle avoue ce qu'elle a fait, et, quand Créon lui demande :

Tu as donc osé désobéir à mes ordres ?

Elle répond sans crainte par ces admirables paroles :

Ce n''e8t ni Jupiter qui me les a révélés , ni la Justice qui habile avec les divinités infernales, ces auteurs des lois qui régnent vraiment parmi les liommes, et je ne pensais pas que les décrets d'un mortel comme toi dussent prévaloir sur les lois non écrites, œuvre immuable des dieux. Celles-ci ne sont ni d'aujourd'hui, ni d'hier : toujours vivantes, nul ne sait leur origine.

L'innocente Antigone meurt donc aussi, enveloppée dans la catastrophe d'une race coupable, mais non pas dans ses forfaits ; la fatalité reparait la, sous forme de réversibilité, mais sans rien pouvoir sur la liberté de Tâme. Le roi Créon, qui a condamné Anligone, est châtié n son tour dans les

siens : son fils, qiii aimait la fille d'Œdipe, se poignarde ; sa femme se tue, et la punition de Créon, c'est de rester seul et de vivre. Le chœur termine ainsi la pièce :

La sagesse est le gage le plus certain du bonheur : il ne faut jamais oublier ses devoirs envers les dieui : Torgueil attire des châtiments terribles, et le présomptueux apprend à devenir sage sur la fin de ses jours.

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