‹ Dieu dans l'histoireChapitre 47 sur 157 · Electre · texte numérisé non relu

Electre

Si c'est dans les tragédies tirées du cycle d*Œdipe que Sophocle prend son plus puissant essor, comme Eschyle dans in trilogie de r0rd5tte,dans son £/^c(f^, cependant, Sophocle lutte encore avec son prédécesseur et l'égale presque en ce qui regarde Texpression tragique de la conscience de Dieu. Sophocle, tout en resserrant ici l'action dramatique, a davantage approfondi les caractères, et donné par là une expression plus individuelle à la conscience de Dieu. L'£lectre de Sophocle est une création idéale comme son AiUigone : comme elle, elle a pour contraste, à côté d'elle, une sœur timorée et prudente (Chrysothémis). Nous tolérons chez Electre la soif outrée de la vengeance, parce qu'elle est résolue à ne tuer qu'Égisthe et à épargner sa mère, puis, parce qu'elle reste vraiment femme et que son cœur déborde d'amour filial et fraternel. Quand le chœur de ses femmes lui représente l'inutilité d*un chagrin excessif pour des faits passés, et lui dit :

Lorsqu'il n'y a ni salut dans le malheur, ni consolation, pourquoi nourrir une telle douleur?

Alors elle éclate dans tes touchantes paroles :

Insensé, qui peut oublier la mort funeste de ceux dont il reçut le jour! Mon cœur se compbit aux gémissements de Toiseau plaintif, messager de Jupiter, qui pleure Itjs, son cher Itys! 0 Niobé, la plus malheureuse des femmes, je t'honore à Tégal des dieux, toi dont le marbre dist'dle des pleurs éteniels !

Quand Electre va jusqu'à rejeter l'espoir du retour d'Orcste, le chœur lui conseille encore de garder la mesure, et de se confier à Dieu comme à un guide assuré :

Paix, ma ûUe, paix! Jupiter V\i encore au haut des cieux, Jupiter qui Toit tout, ordoime tout. Remets-lui ton ressentiment et tes douleurs, et ne montre h tes ennemis, ni trop d'indifférence, ni trop de haine.

Mais Electre fait vœu de ne jamais cesser ses plaintes, et prononce ce mot a jamais, » si peu fait pour la bouche de 1 homme.

Jamais je ne délierai les chaînes do la douleur ; mes lamentations n'auront point de terme; jamais je ne cesserai de pleurer.

Alors le chœur prononce le mot de Némésis :

, Ne fais point naître les malheurs des malheurs.

Mais tel est le sort de la maison infortunée des Âtrides, et jamais la calamité n'arrive sans être provoquée par quelque faute^ cette faute ne fût-elle que Texcès d'une généreuse passion.

La prudente sœur aussi dit plus loin :

Cède : il n*est pas pour les hommes de bien plus précieux que la pru» dence et un esprit sage^

Enfin le chœur lui donne encore ce même conseil : Obtiens la gloire do la sagesse avec celle de la piété filiale.

Ainsi, dans YÉlectre aussi, c'est la faute de Théroîne, c'est l'excès de sa passion qui attire le malheur : ce n'est point au sort qu'il faut l'imputer.

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