ANAPESTES
Heureux celui qui s'est dérobé à la fureur des flots, et qui a touché le port! Heureux encore celui qui a triomphé de toutes les épreuves! Les mortels se surpassent les uns les autres, tantôt en richesse, tantôt en puissance. Ils se bercent de mille flatteuses espérances : les unes aboutissent à la fortune, les autres s'évanouissent comme un songe : j'appelle heureux celui dont la vie est douce et tranquille.
Qu'est-ce que cela, sinon un splendide étalage de rhétorique; puis la griffe du tigre, la joie divine que Ton ressent à tenir son ennemi par les cheveux; enfin, cette maxîroc creuse :
Ce qui est beau plaît toujours.
La farce sanglante réussit à souhait. Bacchus alUfe de ses propres mains Penthée en délire, tandis qu'il fait incendier le palais de son nouveau disciple parles torches de sa suite. Tandis que Penthée se démène et court à travers le palais, une boucle de ses cheveux s'est dérangée. Bacchus la remet en ordre et rétablit l'égalité entre les deux bouts de sa robe flottante, il lui apprend à balancer le thyrse.
Tiens-le de la main droite, en le soulevant du pied droit. Je te félicite de ton changement de dispositions.
Au comique va succéder le tragique et le plus horrible.
Le dieu fait monter son compagnon au sommet d'un pin afin d'épier les bacchantes, puis il prend sa forme divine et appelle les bacchantes à la vengeance. Cette chasse effroyable, où Agave, la mère de la victime, donne le signal du meurlre, où les membres de Penthée sont arrachés un à un par ces femmes en proie à un délire furieux, cette scène monstrueuse, est racontée par un messager en grand détail, dans a plus belle langue et le plus éloquent récit. Agave revient de son vertige pour comprendre toute Thorreur de son malheur et de son crime. Il fallait qu'elle revint à la raison pour compléter l'effroyable vengeance de Dieu I
11 faut bien aussi que la pièce ait sa moralité pour le vulgaire : elle est dans les paroles du vieux Cadmus :
S'il est un homme qui se rit insolemment des dieux, qu'il Toiela mort de Penthée et qu'il se convertisse.
Enfin le chœur chante des paroles, que nous trouvions déjà nu dénoâment de YAlceste. Elles doivent avoir beaucoup plu à Athènes, probablement à cause de leur mélodie, puisqu'elles forment, mot pour mot, la fin de VHelènCj de YÂndromaque, et, à peu près, celle de la Médée.
Les destinées se manifestent sous bien des formes différentes : les dieux accomplissent beaucoup de choses contre notre attente, et celles que nous attendions n'arrivent pas ; mais la divinité fraye la voie aux événements imprévus : ce qui vient de se passer en est une preuve éclatante.
Que ce soit ironie ou banalité, rien n'est plus vide et moins applicable au sujet ; dans ïAlceste seul une pareille conclusion pourrait avoir un sens.
Euripide a donc orné de ces lieux communs la fin de trois de ses tragédies. Vlphigénte en Tauride se termine par des vers qui sont plutôt Tinvocation toute personnelle du pocle qui demande le prix à la Victoire :
0 glorieuse Victoire! sois la compagne de ma vie, et ne cesse pas de la couronner.
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Ainsi se termine Oreste^ ainsi les Phéniciennes. D'une pensée éthique, nulle trace; dans la seconde formule oiéme, la pensée est tout à fait étrangère au sujet de la pièce. Quant au sens de la première, le dernier vers d*Héeube en donne la clef :
La destinée règne toute-puissante.
Le sceptique, le railleur est naturellement fataliste. Peuttre aussi ne faut-il voir là qu^une affectation banale de vieilles croyances. Ce que demandent comme conclusion et Tart et le sujet d*une pièce, on peut l'apprendre chez Eschyle et surtout chez Sophocle. Mais, en général, Euripide ne sait que faire du chœur. Le chœur n'est à ses yeux qu'un décor, avec de beaux habits et une musique sonore; il a un autre avantage : il tire le poëte d'embarras, en remplissant la scène quand elle est vide d'acteurs.
Euripide n'a donc qu'un seul titre à obtenir une place dans l'histoire de la conscience de Dieu chez les tragiques, et ce litre tout négatif, c'est l'absence totale de cette conscience dans ses œuvres. La figure de ce poète a une grande importance , mais comme principe de décadence et de ruine; c'est de là que sort le mauvais art moderne.