‹ Dieu dans l'histoireChapitre 54 sur 157 · B. ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

B. ARISTOPHANE

Le véritable héritier de la conscience de Dieu, telle que l'avaient possédé les vrais tragiques, ce fut Aristophane ; Aristophane, qu'on a nommé le nourrisson indiscipUné des Grâces, et qui, comme poëte véritablement inspiré, ne le cède à aucun des prophètes de l'art.

Cette assertion n'étonnera personne qui connaisse et comprenne le fond sérieux de la vieille comédie. On aurait

grand torl de ne voir dans les attaques amères du grand comique que l'esprit de parti et d'y méconnaître cette conviction personnelle, honnête et profonde, en faveur de laquelle Platon lui-m^me pardonnait au poëte son injustice envers Socrate. C'était à son insu qu'Aristophane servait le parti superstitieux et rétrograde en confondant Socrate et Euripide, en identifiant Tespèce de naturalisme du poète avec les vues spéculatives du philosophe. Il suffit d'un coup d'œil sur le Socrate de l'histoire pour nous démontrer l'erreur d'Aristophane, et pour nous expliquer aussi le pardon donné au comique par Platon dans son Banquet, quoique dans les Grenouilles encore Socrate reçoive une légère piqûrç comme philosophe subtil. Aristophane s'était mépris, dans les Nuées^ sur la pensée de Socrate ; en réalité, sa victime et lui avaient le même but. C'est la saine morale, c'est le sentiment de Tart véritable qui dirige la férule d'Aristophane, surtout dans cette pièce des Grenouilles, où il attaque dans Euripide le sceptique falsificateur des plus beaux caractères de la tradition.

Que l'on compare seulement le chœur des Initiés dans les enfers avec ce que nous avons cité du chœur des Bacchantes (Grenouillesy v. 354).

Gardez un religieux silence, et qu'il s'éloigne de nos chœurs avec une horreur sacrée, celui qui n'a point part à la parole sainte, celui dont Fâme n'est pas pure, celui qui n'a jamais tu les orgies, entendu leur musique sublime et célébré les chœurs, celui qui aime les plaisanteries Tulgaires et indécentes, qui n'apaise point, s'il le peut, les disputes du peuple, qui» loin de réconcilier ses concitoyens, attise le feu et enflamme la discorde dans son propre intérêt : celui qui, dans une charge publique et lorsque l'état est hattu par les flots, se montre accessible aux présents, qui a trahi et livré aux ennemis un navire ou un château fort... Qu'il le sache : trois fois nous lui en répétons, nous lui en intimons l'ordre : qu'il s'éloigne du chœur mystique ; mais, vous, commencez les chants et les fêtes nocturnes, comme il convient hcette solennité...

Maintenant célébrons d'autres chants ! Allons, que pour la reine de la nature bienfaisante, que pour la déesse Gérés retentissent nos chœurs, pour lui donner de joyeuses louanges.

332 GONSCIEtIGE DE DIEU

Plus loin, Bacchus se pose comme arbitre de la querelle qui s'est élevée pour le premier rang entre Eschyle et Euripide. Euripide a demandé le trône, tandis que Sophocle se retire derrière Eschyle. Chacun des concurrents fait sa prière : Eschyle en invoquant, sa grande déesse, la déesse des mystères :

Cérès, toi qui nourris autrefois mon esprit, 6 fais que je sois digne de tes fêtes sacrées.

Euripide a de nouveaux dieux : aussi refuse-t-il nettement de prier. Enfin, en vrai philosophe de la nature, en vrai sophiste qu'il est, il s'écrie :

Ëther, mon dieu, ^t toi, aiguillon de ma langue, 0 mon savoir, et loi| mon nez au flair subtil,

Faites que je détruise à force d*argutic tout qu'on va m*opposer de |xio rôles.

Il expose ses titres et tâche de gagner la faveur de l'assistance :

Dès le premier vers, personne ne reste chez moi les bras croisés. Tout parle, femme, esclave, homme, jeune fille, vieille fenune, et tous de la même façon.

ESCHYLE

Mais tu méritais la mort pour cette impudence.

EtAIPinB.

La mort ! Allons donc ! mais mon procédé était très-démocratique.

Page 1