‹ Dieu dans l'histoireChapitre 62 sur 157 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

PROGRES DE LA CONSaBNCk DE DIEC CHES LES CftECS, DE l'hISTOIRE

A U PHILOSOPUIB

Le même progrès du sentiment religieux qui se révèle dans la poésie grecque, se manifeste dans le développement de la prose.

Hérodote écrivit son épopée avec la foi la plus entière dans la présence réelle de Dieu dans Thisloire. C'est sur celte foi que repose Tcnsemble de ses jugements sur les choses humaines : c'e^t pour glorifier cette idée qu*il ter> mine son œuvre par le tableau du triomphe de la liberté sur le despotisme asiatique.

Ce qui, chez Hérodote, porte encore le caractère d'une religion positive, prend, une génération plus tard, chez Thucydide, un cachet purement philosophique.

Avant même que l'histoire fût devenue une science et un arl, la science de la pensée s'était émancipée de la tradition symbolique en lonie et dans la Grande-Grèce.

Le Grec avait bien conscience de Tunité du genre hum..'n, puisqu'il reconnaissait comme dieux les dieux des Barbares, qu'il honorait même personnellement certains d'entre les héros et les sages des Barbares ; mais il n'allait pas au delà. Aucun sentiment d'un ordre supérieur n'identifiait la couscience hellénique avec la conscience générale de T humanité. Le Grec savait toutefois qu'il représentait l'humanité d'une façon divine et dans sa généralité : c'est celle conscience qui inspirait l'artiste, le poète, le citoyen libre, lorsqu'il

sacrifiait sa vie pour que la patrie n'obéit qu*à la loi seule. Ce n*est pas certes l'amour du genre humain, qui manqua aux Grecs, comme il manqua aux Juifs ; ce qui leur manqua, au moins durablement, c est le sérieux moral. Ce ne fut pas Socrate qui déversa le mépris sur les oracles, les mystères et les dieux de la patrie; la troupe légère et vaniteuse des sophistes avait, avant lui, par un creux rationalisme et par la morale de Tintérét bien entendu, ruiné le fond de l'esprit grec et de la foi commune. Socrate conseillait à ses disciples de s'attacher au divin et au vrai qui se révèle dans la conscience et dans la raison, plutôt qu'aux symboles et aux mystères, dont quelques-uns cachaient sans doute un sens profond, mais qui ne donnaient à l'âme ni connaissance claire, ni sérénité, et dont aucun n'enseignait le grand art de bien vivre et de bien mourir. Socrate, néanmoins, jeconnait, plus que tout autre philosophe de Tanti* qutté, le pressentiment de la vérité éternelle dans les mystères et même dans la religion populaire, et, parla, Socrate, tel que nous le montre Platon, le seul de ses élèves qui l'ait compris, est le fondateur de la vraie philosophie de l'humanité.

Comment se fait- il que ni Platon, ni Aristote, n'aient éprouvé le besoin de constituer la théorie de cette philosophie de l'humanité? C'est qu'après tout, ils étaient Hellènes. La philosophie dialectique suppose, il est vrai, l'unité morale de l'humanité, puisqu'elle réclame pour la pensée ressentiment général : la philosophie de Platon repose, en outre, sur la thèse que le vrai et le bien sont identiques en Dieu ; aucun philosophe ne s'est autant inspiré de l'idée de l'unité de l'humain et du divin ; l'Étal, pour lui, n'est que la réalisation du l)ien et du vrai dans leur plus grande puissance et leur plus grande étendue; c'est là le point lumineux de son œuvre, que ne sauraient obscurcir ses erreurs sur le lien de l'idéal et du réel. Mais ces erreurs

sont grandes ; car la Réptiblique de Platon brise non-sen* lement avec l'hellénisme, mais avec Thistoire universelle tout entière. On se trompe si Ton suppose que son respect de Tantique sagesse^égyptienne conduise Platon à un point de vue plus large que riieliénique, c'est-à-dire humain. 11 ne cherche de précédents que dans les originels Cretoises et pélasgiques, et dans leurs formes aristocratiques. Il ne voit, dans les divinités de TÉgypte, que d'obscurs pressentiments de celles de la Grèce. Le monde, pour lui, se résume dans rhellénismc; et, cependant, l'hellénisme est déjà en - pleine décadence. Platon ne songe guère à la question des rapports du peuple hellénique avec Thumanité antique : il n^ose se demander quel sera Tavenir de l'humanité.

La philosophie de l'histoire ne devance jamais de beaucoup la réalité historique. En voici une preuve frappante : Âristote, qui avait étudié avec une rare sagacité et une étonnante érudition les histoires et les constitutions de la Grèce, n'en dégage pas non plus Tidte d'une philosophie de l'histoire. Le passé manquait à la pensée grecque ; elle ne put donc voir l'avenir : par conséquent, elle ne ressentit même pas le désir de trouver l'unité du développement de rhumanité. Le cours de l'histoire universelle n'avait pas décrit encore une courbe assez étendue pour éveiller le désir de compléter le cercle par la pensée. La lumière n'éclairait d'autre développement historique que celui de la Grèce : tout le reste se cachait dans une nuit profonde. Bientôt après, il est vrai, l'horizon de la pensée grecque s'élargit par l'œuvre du grand conquérant macédonien ; mais, en même temps, s'écroulèrent à jamais la liberté et l'indépendance de la Grèce!

Quelles qu'aient été les lacunes de la philosophie grec- * que, si l'on considère dans son ensemble le développement des Aryas chétiens, héritiers de la Grèce, il faut convenir que tout ce qui s'est fait en Europe pour conduire

la conscience humaine de la foi on la tradition à la foi en Tesprit, ne saurait se comparer à ce que Socrate, Platon et Âristole ont entrepris et achevé. Ils ont fait franchir à Tesprit hellénique, et, par lui, à Tesprit humain, le gouffre qui sépare la foi de la science, sans entraîner ceux qui les suivaient dans Tabiine du panthéisme ou dans les marais du nihilisme et du matérialisme. Descartes, Spinoza, Bacon, et les philosophes allemands, depuis Leibnilz jusqu'à Hegel, ont ramené l'humanité dans la voie de l'observation (induction) et de l'étude de l'esprit (dialectique) ; mais ce serait illusion que de croire qu'ils aient épuisé la sagesse de ces maîtres anciens, qui ont ouvert la route et nous ont laissé leurs œuvres immortelles.

Socrate et les philosophes socratiques cnfit été les derniers héritiers des premiers prophètes grecs. Pour comprendre, dans toute son étendue, la conscience de Dieu chez les Grecs, après avoir étudié les cinq catégories de prophètes grecs dont nous avons parlé, il est nécessaire de nous faire une idée de la consciencede Dieu chez le sixième prophète, qui est la société grecque elle-même, avec les représentants de sa liberté.

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