‹ Dieu dans l'histoireChapitre 68 sur 157 · LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME

LXtRODDCTlON

Ut Germaine de Tacite et les autres sources.

L'idée sur laquelle repose toute la Germanie de Tacite^ c'est la conviction et Tintelligence profonde de Toriginalité du peuple germain et des grandes destinées qui Tattendent. Tacite croit à l'originalité essentielle des Germains, et il exprime cette croyance au début de son ouvrage.

« Je me range à Tayis de ceux qui pensent que le sang des Germains n'a jamais été altéré par des mariages étrangers, que c'est une race pure, sans mélange, et qui ne ressemble qu'à elle-même. »

Les diverses peuplades des Germains se ressemblent tout à fait entre elles ; elles diffèrent de toutes les autres nations. Ce caractère commun explique tout naturellement pourquoi toutes les bandes tcutoniqucs qui franchirent le Rhin prirent le nom de Germains : ce nom signifie crieurs, hommes à la voix forte (gmm^ cri, en kymrique); c^est ainsi que les Celtes, habitants de la Gaule, appelèrent les Tongres, leurs formidables et victorieux voisins, quand ils entendirent pour la première fois le chant de guerre de ces envahisseurs d'outre-Rhin.

Ce nom, qui ne désignait d'abord que cette seule tribu, s'étendit peu h peu, et, créé par la victoire, il fut bientôt adopté par la race teutonique tout entière, afin d'inspirer plus d'effroi à ses ennemis.

Tacite a deviné juste, et, pour le reconnaître, il suffit d'examiner la langue ; il est bien clair que tous les dialectes suisses, flamands, hollandais et même Scandinaves, appartiennent à la même souche que notre langue allemande. La traduction gothique de la Bible nous montre, chez les races germaniques modernes, Texistence d'une littérature ininterrompue depuis quinze cents ans; VEdda Scandinave nous montre l'existence d'une littérature depuis plus de mille ans dans les branches du Nord. L'uniformité de la conscience de Dieu dans son sens le plus précis est un autre témoignage de cette originalité, et inspira uu intérêt tout particulier à Tacite. H trouvait là une religion tout opposée aux pratiques extérieures du peuple romain, une religion intime, et en même temps affranchie de ce caractère exclusif, dur, acerbe, qui faisait détester le judaïsme. Enfin les Ger. mains aimaient, conservaient la hberté ; ils étaient toujours prêts à se sacrifier pour le bien général, toujours prêts à suivre leurs princes à la guerre*, la guerre ime fois décidée

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par la nation. C'était bien là un peuple selon le cœur de Tacite. D'autre part ce peuple était capable d'instruction et de prudence politique, et c'était là ce qu'il y avait de plus grave pour l'avenir de l'empire romain. Tacite, en constatant les vertus des Germains, reconnaît aussi toutefois qu'on ne se contente plus, en Germanie, d'offrir des dons honorifiques aux personnages influents, pour s'assurer de leur amitié ; ils ont appris de nous, dit-il, à recevoir aussi de l'argent. On sait sur quoi se fondent les dernières espérances de Tacite pour le salut de l'empire romain. Ce n'est que sur les discordes des Germains et sur Taltoration de ce qu'il admire en eux.

Le philosophe, Thomme d'État, Thistorien de l'ère impériale a donc toutes les raisons du monde pour écrire celte monographie : ce sera la meilleure introduction pour ses Histoires et ses Annales. Pas un seul mot de la Germanie ne nous autorise à y chercher un but politique particulier, comme on Ta souvent prétendu. Nous ne croyons pas que Tacite ait songé à établir un contraste entre Rome et la Germanie ; quoi qu'il en soit, il n'y a pas, dans toute l'antiquité, de recherche plus exacte, plus consciencieuse, sur un pays étranger. Plus la science moderne pénètre dans le vieux monde germanique, plus elle voit se vérifier les assertions du philosophe historien. Chacun de ses pas lui donne l'occasion de rendre justice au premier peintre de TAllemagne.

Tacite n'est pas le seul écrivain étranger qui témoigne de l'originalité des Germains. César l'a déjà remarquée (de Bello Gallico^ i, 29, iv, 1). Quand, trois siècles après Tacite, les Germains, vainqueurs des Celtes et des Romains, reçoivent d'eux des présents, c'est-à-dire un tribut, et se font payer leur bonne amitié, ils sont déjà sous l'influence dangereuse de la civilisation romaine, et pourtant, à cette époque, Salvien remarque encore leur originalité.

Dès le milieu du troisième siècle, le rhéteur arricain Cominodien, dont le texte a été nouvellement retrouvé, pressent et proclame que les Goths païens sont destinés à franchir le Danube, à embrasser le christianisme, puis à renverser les murs de la ville éternelle, demeurée païenne et hostile aux chrétiens. Cent vingt ans après, un évéque de ces mêmes Goths, Ulphilas, traduisait la Bible pour ses compatriotes convertis, dont Tarmée devait, une génération plus tard, triompher de la superbe Rome. Rome prise, les Germains mirent bientôt fin à Tempire d'Occident, et jetèrent, par leurs établissements , les fondements du monde moderne.

Après ce que nous avons dit de Torganisation morale des races aryennes en Asie et en Europe, on comprend tout naturellement qu'un élément nouveau et original devait monter sur la scène du monde avec les Germains, dont Torigine était entièrement bactro-aryenne, et que cet élément devait se manifester aussi dans la conscience de Dieu. Les Romains n'étaient pas, au fond, une nationalité originale : la conscience de Dieu de Tltalie primitive avait été de bonne heure altérée par des déviations, des mélanges, et Rome était sortie des débris d'une société primitive déjà dissoute : sa force gigantesque lui vint de ces éléments absorbés, absorbants, qu'elle réunissait en elle; mais elle manqua de cette poésie native, de ce génie de première main, pour ainsi dire, qui distingue les Grecs. Les races germaniques! furent tirées par l'empire romain et par les Celtes de Teapècc d'assoupissement où est plongée la jeunesse des nations : elles entrèrent sur la scène de Thistoire universelle avec toute la fraîcheur, toute l'énergie du jeune âge. « lis aiment la nonchalance et haïssent le repos (de la paix), » dit Tacite (ch. 15). Cet amour de la nonchalance dura tant qu'ils n^eurent rien de grand à accomplir; mais ils aimèrent toujours à se délasser au coin du feu en chantant leurs vieilles

ballades : ils conservèrent par là toute leur verdeur première pour rappel de la destinée.

Étudions d'abord la conscience de Dieu chez les Germains dans les relations fondamentales de la vie ; nous aborderons ensuite la partie la plus difficile de notre tâche : nous prouverons l'originalité de leur conscience de Dieu dans le monde et dans les destinées de l'humanité : leurs traditions sacrées nous fourniront les éléments de cette étude.

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