Le monde des dieux a son unité bien caractérisée, en
ce sens que le monde esl regardé comme un ioui bien ordonné, un cosmosJ
3. La pluralité des dieux, ou l'élément polythéiste, ne vient pas, comme les Elohim des Sémites, de Fidée abstraite de force et d'activité, mais bien du soleil, de la lune et de la terre, ainsi que des éléments, Tair, Teau, le feu. La religion est donc une religion physique, tirée principalement de la réalité.
4. Entre les dieux et les hommes se placent les héros, comme personnalités indépendantes.
5. Les Germains sont, sous un certain l'apport, en progrès sur les Grecs et les Romains. Ils n'ont point passé du monde mythologique dans le monde de la réalité, pour prendre place dans Phisloire : les Germains restent stationnaires dans une inertie qui a sa raison d'être et son sens profond. L'esprit germanique ne poile pas ses fruits dans cet état ; il n'a pas combattu encore le grand combat de la vie : aussi garde-t-il, en compensation, toute la fraîcheur de la première jeunesse.
6. L'esj)rit germanique fait son apparition dans Thistoirc sous la figure d'un barbare capable de civilisation, énerf-ique, foncièrement honnête, avec une société qui se gouverne elle-même. Les individus, liés par une confiance mutuelle, ne craignent rien, bravent tout. Leur danger est Tinlempérance; leur force réside dans leur conscience intime, leurs vices sont Tivrognerie et l'irascibilité.
7. Ce qui distingue particulièrement les Germains des Grecs, c'est que les premiers ont gardé toute la fleur de la jeunesse, c'est qu'ils restent attachés au réel et au simple, sans être indifférents au beau.
8. Ce qui les distingue particulièrement des Romains, c'est qu'ils repoussent essentiellement le formalisme juridique, les pompes du cérémonial, l'attachement aveugle à la lettre de la loi, ainsi que les subtilités du barreau.
9. Les Germains ont été les pères du monde moderne, et cela , soit en opérant, soit en subissant le progrès. Ils ont pris pied dans riiistoirc au milieu du quatrième siècle, par les établissements des Goths sur le bas Danube. Us ont embrassé alors le christianisme de Byzance et de Rome. Mais ils n^ont pas youlu recevoir le christianisme comme une religion fondée sur les décisions des prêtres : ils l'ont admis comme la religion de TÉvangile et de la Bible. Aussi, Ulphilas, leur compatriote et leur évéque, traduisit-il pour eux la Bible dans leur sain, rude et jeune langage.
A ce point de vue, on est frappé des révélations que renferme TEdda sur Faction civilisatrice et moralisante de cette religion de la nature. Il ne faut pas confondre avec Tidolâtrie le polythéisme qui admet une unité suprême.
Il est vrai que, comme nous l'avons vu chez les Grecs et les Romains, peu à peu le principe de la multiplicité prend le dessus, et Télément spirituel et moral de la religion s'en affaiblit. En même temps, Tintelligence de la mythologie va se perdant, et Pindifférence et le scepticisme pénètrent dans les esprits. Si tout ce qui est de tradition ou de convention exige une foi égale, peuple et individus finissent par ne plus rien croire. Le sens de la vérité périt, et avec lui périt la personnalité morale. C'est là qu'il faut chercher la cause principale de la ruine du paganisme. Il n'y a pas de religion qui puisse subsister dans les temps de science et de civilisation, dès que les âmes acquièrent la conviction que cette religion est un mensonge, utile si l'on veut, beau même et séduisant. La force peut bien la maintenir encore, mais elle n'a d'autre appui dans le peuple que l'indiiTérence et le doute ; car la foi dans Tordre moral est la condition et la base de toute religion; cette foi, nous l'appelons la Conscience de la présence réelle de Dieu parmi les hommes.
CONCLOSIOX
Nous avons parcouru un espace de trois mille ans en suivant les principales manifestations de la conscience humaine depuis les Bactriens jusqu'à Tacite. Nous avons vu le monde civilisé se transformer à mesure que se fortifiait la conscience de la présence réelle de Dieu dans l'histoire; ce ne sont pas seulement les limites de l'humanité qui s'élargissent : l'élément divin dans les actes des peuples grandit visiblement. Plus la raison voit la réalité remplie de raison, plus elle acquiert conscience de sa mission et foi dans la bonté divine; car, à considérer l'histoire dans ses grandes lignes, elle voit le bien triomphant et le mal puni ; aussi, le progrès que les Aryas d'Europe ont fait faire à r humanité semble-t-il immense quand on le compare à celui qu'on doit à leurs frères d'Asie. Ce qu'ils ont conquis pour toujours à Thumanité parait inappréciable. Les temps de la vraie idolâtrie sont passés pour toujours ; c'est dans ie cœur de l'homme que Dieu a sa demeure. C'est sur ce principe que sont fondées les républiques libres de l'antiquité ; c'est grâce à lui que l'art et la science y prennent une si haute place.
Peu à peu, cependant, nous voyons s'affaiblir cette su* blime conscience de la présence réelle de Dieu dans l'histoire : chez les Grecs, par l'idolâtrie de leur propre génie, chez les Romains, par l'orgueil de leur force irrésistible et de leur profonde poUtique. Le philosophe grec survit à la liberté de sa patrie ; le dernier des prophètes romains ressent déjà toutes les douleurs de la ruine qui approche, après que «on prédécesseur s'est vainement efforcé de se cacher l'abime sous des illusions.
L'instinct divin de l'humanité semble perdu : ceux-là mêmes qui cherchent la foi ne la trouvent pas, ou, du
moins, ne peuvent la faire revivre. Mais, tandis que le monde gréco-romain désespère, le regard du dernier prophète romain découvre, dans les forêts de la Germanie, le peuple de l'avenir.
Cependant, rien n'est plus difficile à dissiper que les illusions d'une civilisation qui se survit à elle-même. Il n'est pas besoin d'en chercher la preuve dans la Chine ni à Byzance, Rome et Athènes nous la donnent suffisamment. Comment le salut viendrait-il des Barbares? s'écrie Tacite, lorsqu'il voit le christianisme déployer ce courage qui réclame le respect de la conscience humaine ou la mort ; Tacite, lui qui, cependant, avait reconnu l'élément de l'avenir dans les Barbares.
Ici encore la sagesse humaine n'est donc que folie , et la sagesse divine doit seule vaincre. Aux sages du temps resta caché ce que surent voir les pauvres d'esprit. Voilà le châtiment de la fatale théorie qui sépare du bien la science et la vérité.
La personnalité est le principe divin dans l'histoire, et, Ton peut l'affirmer, dès le temps d'Auguste, ce qui manquait à l'humanité, ce dont elle avait soif, sans s'en rendre compte, c'était l'apparition de la personnalité. Celte apparition ne pouvait sortir de la race aryenne : il fallait l'attendre de l'humanité sémitique, du peuple d'Abraham, parce que, la seulement, sous une forme exclusive se conservait la religion de l'esprit. C'est Jésus de Nazareth qui relie le vieux inonde aryen au nouveau ; et ainsi s'accomplit l'antique prophétie germanique de la Voluspa^ qui prédit la ruine du monde ancien.