‹ Dieu dans l'histoireChapitre 74 sur 157 · Or, c'est le mal moral qui est le seul mal, et il est · texte numérisé non relu

Or, c'est le mal moral qui est le seul mal, et il est

la conséquence de l'abus que l'homme a fait de sa liberté. Cependant il sert à Tavénement du royaume de Dieu, tout comme Tégoïsme, sa source; en vertu de Tordre moral, le mal se détruit lui-même. Le mal dans le monde n*est autre chose que la somme des péchés que commettent les individus ; sa conséquence naturelle est la mort spiriluelle. Cette somme du mal constitue une puissance indépendante de l'individu, et à laquelle cependant l'individu participe. C'est cette somme du mal que, d'après le langage usité chez le peuple juif, Jésus appelle Satan. Les conséquences du mal sont détruites, dès que Phomme reconnaît le péché pour ce qui le sépare de Dieu. Ce qui est vrai de l'individu. Test aussi de la communauté ; toute diminution du péché diminue la puissance du mal ; et, cette diminution s'opérant par le sacrifice libre et conscient delà vie, ce sacrifice est l'acte de salut, et celui qui la accompli pleinement, Jésus, est le Sauveur par excellence de l'humanité. Si le sacrifice, au lieu d'être un acte de reconnaissance, était un acte d'expiation destiné à apaiser le courroux de Dieu, la religion du Christ ne serait qu'un retour déguisé au culte sanglant de Moloch.

6. Le sentiment de Dieu dans 'tout son développement antérieur à Jésus, avait tendu vers deux buts qui ne pouvaient être compris l'un et Tautre que pnr leur union: ces deux buts étaient le sacrifice complet d'une personne humaine pour l'humanité et la fondation du royaume divin par cette personne. C'est pourquoi l'Ancien Testament témoigne de Jésus, et ce témoignage extérieur est confirmé par le témoignage intérieur. Le fidèle lira donc TÉcriture qui témoigne du Christ, mais son but en la lisant ne sera que d'y chercher le témoignage intérieur, qui ne peut se passer du témoignage historique (la Bible), sans courir le risque de dégénérer en une foi d'imagination, dépourvue de fondement réel.

7. Loin donc d'inlerrompre la chaîne des révélations, depuis les patriarches jusqu'à la Loi et aux prophètes, Jésus ne fait que les rendre intelligibles ; car les fidèles ne doivent point renoncer à la révélation historique, et l'autorité de TAncien Testament est éternelle. Le Christ, c'est-à-dire la personnalité accomplie et le fondateur du royaume divin, est le but de la révélation de l'Ancienne Alliance, en même temps que le point de départ de l'Alliance Nouvelle.

8. Le sentiment de Dieu vit également, bien qu'en sommeil, dans les autres peuples et les autres religions ; et Tacccptation du message divin par ces peuples réalisera Tunion complète de l'humanité. « Je suis le bon berger..., et je donne ma vie pour les brebis. J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène; et elles entendront ma voix et il n'y aura qu'un seul troupeau et qu'un seul berger. » La séparation entre Juifs et Grecs, entre Grecs et Barbares tombe, et tous les hommes doivent se considérer comme frères. L'Évangile ne veut point établir une nouvelle Loi^ ce qui serait crucifier le Christ une seconde fois ; bien au contraire, afin que le christianisme puisse remplir sa haute destinée et devenir la religion universelle, la foi doit devenir de plus en plus intime et de plus en plus étrangère aux distinctions extérieures.

9. Il ne paraîtra point de nouveau Fils de Dieu ; mais, immédiatement après la mort de Jésus, son Esprit, qui est l'Esprit du Père et du Fils, se répandra sur toute la communauté, qui dès lors porte en elle TEsprit de Dieu et le transmet de génération en génération. Mais, sans Jésus, l'esprit n'eût pu se répandre; car rien n'est en esprit qui n'ait été auparavant dans une personnalité vivante.

10. Cette communauté humaine,danslaquelle, depuis lors, vit Tesprit divin, est libre et juge sujirême dans les choses religieuses* Elle est au-dessus des individus, mais elle re*

pose sur la foi individuelle; par conséquent la liberté individuelle est la première condition de la liberté de la communauté.

11 . La communauté repose donc sur la foi personnelle et n^a son existence divine que dans la conscience morale des (idèles, qui doivent être en rapport direct avec Dieu.

12. La vie éternelle, enfin, des membres du royaume divin s'achève par la mort corporelle, qui est l'union complète avec Dieu. L'achèvement du royaume divin lui-même ne peut donc être que la divinisation de ce qui est terrestre.

Il résulte de ces douze propositions que ce n*est point par Teffet du hasard que le Christ n'a donné aucune espèce de préceptes sur la constitution extérieure de la communauté ni sur la forme du culte, c'est-à-dire sur les points qui passaient pour essentiels dans les religions précédentes. L'omission était intentionnelle, et ne s'explique (pie par la pureté immaculée du sentiment de Dieu en Jésus. D'après ce sentiment, l'extérieur n'a de valeur et de place dans la vraie religion qu'autant qu'il manifeste l'esprit de la commiinanté.Toule prescription extérieure aurait anéanti l'aclion de l'Esprit. C'est ainsi que s'ajouta, à la révélation du Père par l'Ancienne Alliance, et à celle du Fils par l'Évangile, la révélation de l'Esprit. Cet Esprit, les fidèles doivent le reconnaître en eux-mêmes, c'est-à-dire dans la communauté, juge du monde jusqu'à la fin des choses.

L'apparition toute entière de Jésus serait vide de sens sans cette pensée, qui a toujours été le principe fécond du développement du chrislianisme. Elle devait l'être, si le christianisme est une vérité historique et éternelle; car rÉternel, le Fils et l'Esprit sont les seules réalités positives ; tout le reste est conventionnel, n'a qu'une valeur relative à certains temps et à certaines conditions, et ne par-

iicipc qu indirectement à la vérité. La foi chrétienne a donc deux points essentiels ; l'un extérieur, le témoignage de Jésus touchant son propre sentiment de Dieu, l'autre intérieur, le consentement de la conscience et de la raison. Comme la pensée cherche et trouve son expression nécessaire dans la langue, le sentiment de Dieu manifeste son existence au dehors dans la communauté.

Page 1