PREMIER RÉSULTAT
Le développement du sentiment de Dieu 4laos le temps suit celui des races humaines, et constitue une chaîne historique au moyen des langues. En d'autres termes, l'idée de la divinité est l'unité de l'histoire universelle, et celle-ci a suivi, d'une race à l'autre, une marche continue que l'on peut démontrer au moyen des langues.
Le développement des races, la linguistique comparée Fa prouvé, est parallèle a celui des langues.
La langue primitive et monosyllabique des Chinois suit deux courants de développements: d'un côté elle se transforme en langue chamitique (égyptienne), qui, à son tour, devient sémitique ; d'un autre côté, elle passe, par l'agglutination (le iouranisme) , à la langue flexible (aryanisme) . Un de ces courants se porte par le Caucase en Europe, l'autre
par te bassin de l'Euphrate et du Tigre en Arabie et en Afrique^.
Le parallélisme du développement de l'idée divine avec cette marche de la transformation des langues est évident.
Le sentiment de la présence de Dieu dans lunivers se révèle d'abord par la contemplation du firmament et par la famille. L'idée divine, de même que la langue des Chinois, est primitive et porte un caractère essentiellement substantiel. Comme la même syllabe est, pour le Chinois, substantif, verbe et adjectif^ le firmament est pour lui à la fois ordre et pensée, idée et volonté. Il croit à un lien entre les générations humaines et accepte comme un fait, sans s'en rendre un compte abstrait, la présence de la divinité dans les destinées humaines. Mais ces deux pôles, humanité et univers physique, sont sans rapport aucun entre eux, et simplement parallèles.
Le touranisme et le chamitisme représentent le degré suivant dans deux directions diverses. Le sentiment de Dieu, chez les Tourahiens, manque, comme leur langue, d'individualité. L'esprit a sans doute progressé; il se sent même de tenip.s en temps supérieur à l'univers matériel, comme puissance morale; mais ce n'est pas là son état normal, c'est une exaltation momentanée : on cherche la Divinité, non par la réflexion, mais par Textase. Un pareil principe ne saurait créer ni société politique, ni science, ni art. La langue des Chamiles (Égyptiens), au contraire, s'est déjà élevée à la création des parties du discours , comme leur sentiment religieux a déjà pour centre la destinée de l'âme dans l'univers.
C'est la réflexion qui caractérise la langue aussi bien que ridée de la divinité Qhez les Sémites. C'est une tribu sémi^
* Le Inducteur doit faire observer que cette théorie n'est pas tooeptée par le plus grand nombre des linguistes*
tique qui la première reconnait TÊteroel comme un principe séparé de tout ce qui est fini, tout en le retrouYant dans le cœur humain.
L'admirable organisation des langues aryennes, enfin, répond à )'état du sentiment religieux chez les Ârya$, comme à leur développement littéraire, artiste et politique.
n est donc certain que le sentiment de la présence de Dieu dans le monde se rencontre dans toutes les phases de l'histoire, et que la langue et la religion sont les créatioDs spontanées de l'esprit humain.
L'homme se sent amené, par l'intime organisation et par les besoins de sa nature, à former la religion comme il forme la langue, afin de réaliser la vie intellectuelle, latente dans son âme. Il n y a donc point de religion fondée avec intention, dans le but, ou de tromper, ou de servir rhumanité. La langue et la religion sont indispensables pour Tordre politique et peuvent être employées à tous les bons, comme à tous les mauvais desseins, mais elles ne sont pas le produit calculé de ces desseins réfléchis. Or, si le sentiment religieux est primitif et spontané, il s'agit de savoir quelle est la relation entre les formes religieuses premières et les formes religieuses postérieures. Y a-t-il en une tradition primitive qui, sortie du sein d'un peuple privilégié, se soit répandue sur le inonde, ou la religion vient-elle du dehors par voie d'inspiration? Nos recherches nous ont montré qu'il n'en est rien, et nous pouvons donner comme