‹ Dieu dans l'histoireChapitre 80 sur 157 · DEUXIÈME RÉSULTAT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RÉSULTAT

Que le sentiment de Dieu est la cause première de toute civilisation. Il ne s'y montre aucune influence des phases antérieures et des races plus anciennes sur les phases et les

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races qui suivent; mais il s'y révèle et Tunité de la torce divine agissant et progressant dans rhumanité,et Finfluence de grandes personnalités.

Ce qu'il faut écarter avant tout, c'est l'illusion d'une tradition secrète qui ait passé d'un, peuple historique à Tautre. Pas plus que Zoroastrene fut inspiré par Abraham, ou Abraham par Zoroastre, il n'y a eu pareille tradition antérieurement à ces deux prophètes. La relation se borne à ce qu'il y a de commun dans la nature humaine, à quelque race qu'elle appartienne. Il en est de même du Mosaïsme et de l'Hellénisme, qu'aucune transmission directe ne rattache l'un à l'autre, ou à une forme religieuse précédente. Les idées seules engendrent.une vie mdépcndante ; l'hiéroglyphe et le symbole ne transmettent que des usages. L'idée seule unit les esprits, les symboles séparent plus qu'ils n'unissent. Le progrès, qu'on ne peut méconnaître, ne s'explique donc point par une ancienne tradition transmise aux générations, mais par l'esprit de Dieu agissant dans rhomme.

La force créatrice de l'esprit conscient a été représentée dans l'histoire par deux grandes races, les Sémites et les Aryens. Tout ce qui les précède est religion naturelle.

Le progrès est dans le passage de l'esprit inconscient à 'esprit conscient, de la nécessité organique à la liberté morale, au moyen de l'individualité. Ce progrès du sentiment de Dieu dans une race confère à celle-ci la direction de la civilisation générale, et, partant, la domination du monde. Le but de l'ordre universel dans l'histoire est l'union et la fusion successive des races. En termes philosophiques, toute fusion de ce genre signifie la solution de la contradiction par le développement de l'idée ; cette solution est la formule du progrès. Mais les états maladifs ou pathologiques ont aussi bien une loi de développement que l'état normal. Ces deux mouvements sont analogues, malgré leur

MO DIBl) DANS L'HISTOIRE.

opposition. Comprendre à temps la crise de ces états pathologiques mène à la réforme ; mais cette réforme s'opère non par l'intelligence, mais par la conviction morale. Le seul salut est donc dans la religion intérieure, dans la religion do la vie, c'est-à-dire dans le christianisme cvangéliqne se développant librement.

TROISlàMB RESULTAT

La religion n'est autre chose que le sentiment de Dieu. Le sentiment de Dieu est tout ce qii*il y a d'essentiel en toute religion : la révélation n'est qu'une communicalion de ce sentiment par une individualité morale. Le symbole n*a absolument aucune valeur en lui-même; il n'est qu'image de Tidée. La personnalité, de son côté, ne trouva sa raison d'être et son droit que dans la vraie religion. Pour le christianisme, il n'y a de règle objective que la Bible, considérée comme histoire de Dieu et de Thumanité, ayant pour centre le Christ; or le christianisme de la Bible n'est point fondé sur des miracles. Une communauté chrétienne ne peut se maintenir longtemps sans engendrer une communauté politique analogue h sa constitution religieuse. Tandis que la contradiction entre rÊgliso et l'Etat, tels qu'on les a conçus, est insoluble, il n'existe point de contradiction entre une communauté religieuse et une communauté politique; au contraire, elles se complètent réciproquement. Dans toutes les époques critiques de l'histoire, il y a un signe infaillible de la ruine imminente, c'est lorsque, sur le domaine religieux, le mensonge est établi comme vérité sociale, et la tyrannie sur les âmes considérée comme condition d'existence de la religion.

LES UÊSULTâTS^ et LES CONSÉQUENCES. 5li

QOATRIÈME RESULTAT

Toutes les crises du sentiment de Dieu sont des crises politiques. La vie politique a prospéré partout où elle s'est montrée comme Tœuvre du sentiment de Dieu, soit sous une forme religieuse, soit en tant que sentiment du droit. Les conquêtes de Zoroastrc, Faction qu'a exercée Abraham, les républiques grecques et italiennes le prouvent, et, à la durée du sentiment religieux, a toujours correspondu la durée delà puissance politique des peuples; aussi les crises politiques ont-elles toujours eu pour signe précurseur Pexcès du despotisme ou le dépérissement de l'esprit public, c'est-à-dire Taccroissement de Fégoïsme.

CINQUlèMB RésCLTlT

La vraie civilisation est le sentiment de Dieu incarné dans le peuple. Aucune histoire ne le montre plus évidemment que celle du peuple grec. La civilisation , sans ce sentiment, n'est qu'upp barbarie vernie, qui tâche en vain de masquer le mensongt ».t la mort. Dans Tart même, le sentiment de la forme et de la mesure meurt avec l'esprit; la science dégénère en érudition de détail, la littérature met l'exagération à la place de la force , l'emphase à la place de Tenthousiasme. Mais c'est surtout dans la famille et dans le commerce des hommes que se manifeste l'impiété d'une fausse civilisation. Cette décadence a sa source dans la décadence de l'individu et se décèle surtout dans le dépérissement de la foi et de la responsabilité personnelle. On peut donc dire que la ruine de la religion est la ruine des nations; les gouvernements immoraux provoquent une grande partie du mal qui apparaît sur la terre, et les hautes classes se préparent i elles-mêmes une lourde responsabilité, et à l'Etat la ruine, en perdant par leur

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exemple les classes laborieuses. Tous les arii6ces de la tyrannie civilisée sont impuissants contre ce mal. Ou elle essaye d' étouffer tout ce qu'il y a de noble et d'élevé en favorisant et en facilitant les jouissances matérielles, et alors le luxe devient une prétendue nécessité; la mode prend la place des mœurs ; l'indifférence s'appelle humanité ; le vice, une aimable faiblesse; le servilisme, dévouement; la licence des instincts animaux, sous la surveillance de la police, s'appelle liberté. C'est ainsi que les choses se soijt passées dans les empires despotiques de l'Asie et surtout dans la Rome des Césars. Une conduite analogue ne saurait porter que des conséquences pires encore dans le monde chréiien.

Ou bien la tyrannie se fait hypocrite; alors on calcule que la dévotion est un grand bien pour les peuples, que la religion est le meilleur moyen dé discipline. Au lieu de pousser à la renaissance morale parTexemple, on rétablit les cérémonies extérieures, on flatte le clergé, on lui donne la direction spirituelle du peuple, et Ton tombe dans Tabime précisément lorsqu'on croit s'être assuré le point d'appui le plus sûr. Ainsi firent plusieurs empereurs romains. Tôt ou tard la crise arrive : justice se fait, et peuple et gouvernement s'écroulent; celui-ci sans aucune chance de salut, celui-là avec la chance de se sauver en écoulant de nouveau la voix de Dieu qui parle dans son cœur.

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