‹ Dieu dans la natureChapitre 107 sur 167 · L ESPRIT, MAITRE DE LA MATIEUE · texte numérisé non relu

L ESPRIT, MAITRE DE LA MATIEUE

la maticre brûle et aveugle et si l'on nie l'existence de l'esprit? Qu'est-ce que la chimie, la physique, la mécanique devant la volonté qui fait plier le monde sous sa loi et qui dirige à son gré la matière obéissante? Ose-t-on soutenir que la valeur morale, la puissance intellectuelle, Taffection profonde des cœurs, Tenthousiasme des âmes ferventes, l'immensité du regard de l'intelligence, les investigations de la pensée qui scrute l'espace et fait resplendir les lois organisatrices de l'univers, ose-t-on soutenir que les contemplât ions, les découvertes et les chefs-d'œuvre de la science et de la poésie sont explicables par des transformations chimiques — et chimériques — de la matière en la pensée? Est-ce que, pour supporter celte énergie de l'âme, il ne faut pas qu'une force souveraine, supérieure aux changements de la substance, capable de dominer tous les obstacles, et dont la portée s'étende bien au delà de Fœil physique, soit la base môme de cette force mentale, son substratum, son soutien, et la condition de sa puissance? Est-ce que la vertu réside ailleurs que dans l'âme? dans l'âme indépendante que les tergiversations du monde matériel ne touchent pas ; dans Vûme spirituelle^ qui entend la voix de la vérité, et qui marche droilement à son but idéal, quels que soient les obstacles qui traversent sa route, quelles que soient les difGcultés que l'on oppose à sa marche triomphante?

L'humanité tout entière proteste contre ces folles allégations^ et elle proteste, non pas de ce

jugement basé sur robservation des sens, qui pent se tromper comme elle Ta fait pour le mouvement du ciel, mais de ce jugement intime, basé sur Taffirmaf ion de noire conscience même. La nationalité, le climat, la nature des aliments, Téducalion ne suffisent pas pour constituer des volonlos intelligentes et insurmontables I Dans le caractère humain, l'énergie est véritablement la puissance pivotale, Taxe de la roue, le centre de gravité. C'est elle seule qui donne l'impulsion à ses actes, l'âme à ses efforts. Cette force raenlale est la base môme et la condition de toute espérance légitime, et s'il est vrai que Tespérance soit le parfum de la vie, la puissance mentale est bien la racine de cette plante aimée. Lors même que les espérances sont déçues et que l'homme succombe en ses efforts, c'est encore une grande satisfaction pour lui de savoir qu'il a travaillé pour réussir, et surtout que loin d'être l'esclave de la puissance matérielle, il est resté dans les règles parfois ardues imposées par l'honnêteté. Est-il un spectacle plus beau et plus digne d'éloges que celui de voir un homme lutter énergiquement dans l'adversité, montrer par son exemple qu'une force impérissable vit dans sa poitrine, opposer la patience à la douleur, triompher par la grandeur de son caractère, et, « quand ses pieds saignent et que ses genoux fléchissent, marcher encore, soutenu par son courage 1 »

Dans un ordre moins général que celui des grands faits qui précèdent, on a vu des exemples

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particuliers de volontés puissantes effectuant des miracles. Nos désirs ne sont souvent que les avantcoureurs des desseins que nous avons la faculté d'exécuter, el parfois il suffit d'une intense aspiration pour transformer la possibilité en réalité. Si d'un côté les volontés de Richelieu, de Napoléon rayent du dictionnaire le mot impossible, à 1 opposé, les esprits vacillants trouvent tout impossible, a Sachez vouloir fortement, disait Lamennais à une âme malade, fixez votre vie flottante, et ne la laissez plus emporter à tous les souffles comme le brin d'herbe séchée. d Nous avons personnellement connu des personnes ferventes, arrivées au bord de l'autre vie, qui déjà avaient un pied dans la tombe, et qui, se reculant d'effroi en contemplant l'éclat séduisant de la vie qu'elles allaient quitter, résolurent de garder cette vie — et la gardèrent. Ces exemples sont rares, puisqu'ils ne sont possibles que lorsque le corps n'est pas encore touché par la main de la moi t, mais ils existent. Un écrivain anglais, Walker, auteur de rOriginàl (et qui ne manqua pas de prouver une certaine originalité par cette détermination), résolut un jour de dominer la maladie qui rabattait, et de se bien porter, ce qu'il fil dorénavant. Les fastes militaires nous offrent l'exemple de plusieurs chefs qui, vieux ou malades, apprenant, au moment décisif de la bataille, que leurs soldats lâchaient pied, se jetaient hors de leurs tentes, les ralliaient, les conduisaient à la victoire, et, aussitôt après, tombaient parfois

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épuisés et rendaient le dernier soupir. L'histoire a enregistré un nombre éloquent de ces traits remarquables. Non-seulement la volonté, mais Vimagination elle-même domine la matière, contredit le témoignage des sens et cause parfois des illusions absolument étrangères au domaine physique. Que Ton explique comment un homme peut mourir lorsque des médecins lui ayant faiblement piqué les veines, lui font croire que son sang coule et qu'il meurt, (Ce fait et d'analogues sont judiciairement constatés.) Que Ton explique comment l'imagination se crée un monde de chimères qui agit souvent activement sur Torganisme et la santé? Au surplus, la volonté est si forte et si indépendante, les influences qui nous entourent suffisent si peu pour expliquer la marche de notre vie intellectuelle, que la plupart du temps ces influences ne dérangent pas cette vie, et, qu'au contraire, nous agissons avec une puissance d'autant plus évidente que les obslacles à surmonter sont plus considérables. Tous ceux qui travaillent des labeurs de la pensée diront avec nous que l'époque de leur carrière pendant laquelle ils ont le plus travaillé est précisément celle où ils avaient le plus de difficultés à vaincre, et que, si nos volontés, comme les fleuves, suivent, lorsqu'elles le peuvent et lorsqu'elles les distinguent, les passages ouverts à leur cours, elles n'obéissent pas pour cela aux digues qui leur sont imposées, s'irritent parfois, et deviennent d'autant plus puissantes que la barrière qu'on prétend leur opposer est plus

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