L'ESPRIT. MAITRE DE U MATIÈRE
haute et pins solide. Lorsque le succès et la gloire sont venus couronner nos travaux, lorsque, après l'aclion longuement soutenue, la réaction vient nous inviter au repos, nous bercer et parfois nous assoupir, bien souvent nous nous laissons efféminer dans les délices>de Capoue, et l'ardeur avantcourrière de l'inspiration ne lève plus son aurore sur noire front. Le travail personnel de la volonté est la condition même de notre développement.
Dans une discussion sur Texistence de la volonté, la question si longuement et si vainement controversée du libre arbitre ne peut manquer de poser son point d'interrogation. Nos adversaires nient absolument le libre arbitre, et proclament, comme nous Tavons déjà suffisamment apprécié, que toutes les œuvres humaines sont le résultat nécessaire des causes ou des occasions qui les ont amenées, sans que la réflexion puisse en rien changer leur cours. La pensée n'est qu'un mouvement matériel de la substance cérébrale; ce mouvement provient du système nerveux qui a été affecté par un mouvement extérieur; le mouvement-pensée, à son tour, réagit sur les nerfs, les muscles, et produit nos actions. Dans toute celte succession, il n'y a que des mouvements matériels transmis. Je m'imagine volontiers qu'un chrétien rencontre un holbachiste dans Tarrière-boutique d une de ces officines dont l'atrium est protégé par la classique statuette d'ilippocrate, et qu'ils se tiennent à peu près le langage suivant :
— Que la pensée soit un mouvement de la matière, dit le second au premier, c*est ce qu'il est trop facile de démontrer. Yoici par exemple une locomotive qui arrive au galop sur tous. La yne de cette locomotive, ou, pour parler plus physiquement, le rayon lumineux parti de cet appareil et qui arrive à votre œil, excite un certain mouvement sur l'épanouissement de votre nerf optique. Par l'intermédiaire du nerf, ce mouvement est transmis au cerveau. Puis le mouvement du cerveau devenant cause à son tour, met en action les nerfs qui correspondent aux muscles des jambes, et vos jambes se mettent à courir et à porter votre personne hors de la voie ferrée. Il est clair, que vous n^avez usé là d'aucune espèce de liberté. Vos actions dérivent nécessairement de l'impression de la vue de cette locomotive sur votre cerveau.
— Mais pardon I répondra le spiritualiste; si, par une fantaisie de suicide comme on en voit trop, j'avais résolu de ne pas fuir, mais au contraire de me coucher en travers du rail et d'attendre que la locomotive me passât sur le corps? N'y aurait-il pas là un acte de volonté et de libre arbitre de ma part?
— Pas du tout. En admettant que vous ne soyez pas fou, que vous ayez lentement et froidement mûri et arrêté votre projet de suicide, ce suicide serait la. résultante de certaines causes qui vous y auraient conduit. Donc cet acte ne serait pas libre.
— Je l'admets bien un instant pour la résolution môme, car me tuer sans cause serait le fait