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(Ynn imbécile; mais quant au choix du genre de mort, n*aurais-je pas pu choisir de me pendre, de me noyer, de m'asphyxier, de m'empoisonner, de me jeter du haut d'une tour, de me laisser mourir de faim, do me faire sauter la cervelle, de m'ouvrir les quatre veines dans un bain, etc., etc., aussi bien que de me mettre en travers d'un rail? N ai-je pas eu au moins la liberté de choisir?
— Pas le moins du monde. Si vous vous êtes décidé pour Técrasement, c'est que vous demeuriez à proximité d'une voie ferrée, ou que vous pensiez pouvoir y rendre l'âme plus tranquillement, ou que les autres genres de mort vous répugnaient, ou, etc.
— Mais enfin, je constate que j'ai choisi...
— Du tout 1 Certains mouvements se sont opérés dans Torgane de votre réflexion. Celui-ci était causé par l'aspect d'un pendu, celui-là par la morgue, cet autre par un crâne fracassé, cet autre par les douleurs d'un coup de pistolet à demi manqué, cet autre par les angoisses de la faim, etc. Et c'est le mouvement qui représentait l'écrasement par un wagon, qui vous sembla le moins désagréable, domina tous les autres, et finalement a décidé de votre sort.
— Mais si au lieu de me placer moi-même en travers du rail, j'avais eu des griefs contre mon frère ou ma sœur, et que ces griefs, déterminant ce même mouvement dans mon cerveau, arec cette légère variété de signifier homicide au lieu de suicide, i'avais porté pendant la nuit Sf«r le rail
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le corps de cette sœur ou de ce frère, aurais-je é4é libre et serais-je coupable?
— N'entrons pas dans ces petits détails de jurisconsultes, je vous prie.
— Ah ! très-bien, je suis fixé. Or, pour en revenir à notre suicide, vous dites que celui qui choisit un genre de mort s*est déterminé par quelque cause. C'est clair, car autrement, et à parler clairement, choisir sans cause déterminante serait stupide. Mais comment ces causes forcentelles matériellement?
— Par un revers soudain de la fortune, vous avez subitement perdu votre aisance et votre bienêtre. Accoutumé à bien manger, bien boire et bien dormir, vous vous trouvez tout d'un coup dans la misère. La déception de votre organisme agit sur votre cerveau qui, se sentant dans la perspective de succomber, préfère succomber de suite. Ce sont toujours là des mouvements physiques.
— Mais si ce sont des chagrins de famille, des peines de cœur, la crainte d'un déshonneur, en un mot, des causes de l'ordre moral?
— U ordre moral n'existe pas.
— Nous nous attendions à cette réponse. Et vous avez l'audace de prétendre que vous n'affirmez rien sans preuves, et que vous vous contentez d'interpréter fidèlement l'enseignement de la science? Prenons un dernier exemple. Tenez! Voici ma main droite à l'état de repos. Rien ne me force à la lever. Je le veux pourtant. Je la lève. Est-ce là une action libre
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— Non. Vous la levez pour une raison : pour me convaincre que vous êtes libre. Ce désir de me convaincre vient de notre conversation précédente. Celle-ci des faits qui l*ont précédée. Et ainsi de suite jusqu'à votre naissance. La vie mentale comme la vie physique, ou pour mieux dire la seule vie, n'est qu'une succession nécessaire de causes et d'effets s'enchaînant naturellement.
— Voyez encore : ma main est levée. Je ramène par un mouvement curviligne l'intérieur de celte main vers mon visage, et je la renvoie par le retour du même mouvement curviligne appliquer sa surface extérieure sur votre joue. Vous recevez un soufflet. Vous rougissez, vous vous fâchez, vos yeux s'enflamment, vous allez vous exclamer. De grâce! Qu*avez-vous ? De quoi vous étonnez-vous? Étais-je donc libre de vous donner un soufflet ? Et cette claque n'est-elle pas la suite inévitable du mouvement de ma main, de la fantaisie du lobe cérébral qui fonctionne au-dessus de mon oreille, vers les régions que protègent l'apophyse mastoïde et la suture occipito- pariétale, etc., etc., et ne rcmonte-l-elle pas de proche en proche jusqu'au commencement du monde?...
— Monsieur, vous avez vraiment des exemples frappants, et vous me touchez fort par votre procédé. Il est bien évident pour moi que tout ceci n'est qu'une suite nécessaire du mouvement du dipotasshydorylhydroxamine dans votre lobe frontal, et s'il arrivait que,par suite de ces mouvements, vous preniez votre couteau pour m'écorcher vit,
j'aurais mauvaise grâce à m'en formaliser. Maïs pour en Unir avec celte discussion, car je me sens le besoin de me retirer, ne croyez-vous pas avec Spinosa que notre prétendue liberté n*est qu'une apparence, et que a si nous avons conscience de nos actes, nous n'avons pas conscience de la cause de nos actes? » N'admettez- vous pas avec Hume que « l'homme a conscience, non du principe de ses actes, mais seulement de ses actes môme, en tant que purs phénomènes? » Tout mouvement du cerveau vient du dehors, par les sens, et Texcitalion du cerveau, la pensée, est un phénomène matériel comme le mouvement lui-même. « La volonté est Texpression nécessaire d'un état du cerveau produit par des influences extérieures. Il n'y a pas de volonté libre; il n'y a pas de fait de volonté qui soit indépendant de la somme des influences qui, à chaque moment, déterminent l'homme, et posent, autour même des plus puissants, les limites qu'ils ne peuvent franchir. »
Ainsi parlerait, et ainsi parlent en réalité les disciples d'Holbach. Selon celui-ci * : « La liberté n'est que la nécessité renfermée au dedans de nous-mêmes. U n'y a aucune différence entre un homme qu'on jette par la fenêtre et un hommo qui s'y jette lui-même, sinon que l'impulsion qui agit sur le premier vient du dehors, et que l'impulsion qui détermine la chute du second vient du dedans de sa propre machine. » Il y a des cas
* Syttèmc de la nature, pari. I, clap. «, p. 223.