‹ Dieu dans la natureChapitre 110 sur 167 · DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

DU LIBRE ARBITRE

péreniploires où nous croyons constater le libre arbitre, par exemple , dans Faction d'un homme qui, altéré d'une grande soif, au moment de porter le verre à ses lèvres, s'arrête lorsqu'on lui annonce que Teau est empoisonnée. Nous avons tort, paraitrait-il, de croire que cet homme s'arrête librement. « La volonlé ou plutôt le cerveau, se trouve alors dans Tétat d'une boule qui, quoiqu'elle ait reçu une impulsion qui la poursuit en droite ligne, est dérangée de sa direclion des qu'une force plus grande que la première l'oblige à en changer. »

Holbach nous a offert une formule arithmétique de la liberté : « Les actions de l'homme sont toujours en raison composée de sa propre énergie et de celle des êircs qui agissent sur lui et qui le modifient*. »

* Il est clair que sans HLerté il n'y a plus ni vertu ni morale. Après avoir parlé des forces maîtresses, des lois indestructibles qui contraignent, M. Taine ajoute : Qui est-ce qui s'indignera contre la gJomélrie : surtout qui est-ce qui s'indignera contre une géométrie vivante?

Ailleurs, l'auteur demande, à propos d'un passage de lord Byron sur les amoui^ d'ilaydée, comment on peut refuser de reconnaître le divin, non-seulement dans la conscience et dans l'action, mais dans la jouissance 1 < Qui a lu les amours d'Haydéc, s'écrie-t-il, et a eu d'autre pensée que de Venvier et de la plaindre? Qui est-ce qui peut, en présence de la magnifique nature, qui leur sourit et les accueille, imaginer pour eux autre chose que la sensation qui les unit 1... 9

Bayle admet par une autre voie que nos vertus ont la même origine que nos vices : la force des passions. Il ajoute à cette manière de voir, le casta est quam nemo rogavit, etc. La femme la plus vertueuse est plus arrêtée par la mauvaise réputation que par le fruit défendu. — Nous aiuions à penser que la vertu est plus folide que ces théories.

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Nous répondons à cette négation complèfe de la liberté par une doclrine qui, sans nous investir d'une liberté absolue, puisque les influences extérieures agissent constamment pour amoindrir cet absolu^ ne nous donne pas moins une liberté réelle, une responsabilité intime, un libre arbitre incontestable. Le sujet est plus complexe qu'il ne le paraît «aux profanes, et nous avons une manifestation permanente de sa difficulté dans la succession séculaire des croyances religieuses qui ballotlent .entre le fatalisme et la grâce divine. Mahomet arbore le drapeau du fatalisme. Calvin ne voit que la prédestination. Luther proclame l'absolu libre arbitre. 11 semble qu entre les deux extrêmes réside la vérité. Le nombre des livres théologiques écrits sur les variétés de la grâce divine ne pourrait être compté, et Ton comprend à notre époque que c'est un temps perdu que celui qu'on prête à ces sortes de scrutations. Mais il peut être utile de savoir à quoi s'en tenir sur la liberté. C'est du moins ce que nous pensons avec Spuriheîm, qui a écrit sur ce sujet quelques pages judicieuses, et qui niisonne comme il suit sur ce sujet si controversé *.

Le mot de liberté est employé dans un sens plus ou moins étendu. Il y a des philosophes qui donnent à l'homme une liberté illimitée; selon eux, l'homme crée, pour ainsi dire, sa propre nature ; il se donne les facultés qu'il désire, et il

* Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle ëi l'homme*

DU LIDRE ARUITUE. 5u0

agit indépendamment de toute loi. Une telle liberlé est en conlradiclion avec un élre crée. Tout ce qu'on peut dire en sa faveur se réduit à des déclamations emphatiques, vides de jsens et dépourvues de vérité.

D'autres admettent une liberté absolue en vertu de laquelle l'homme agit sans motif. Mais c'est supposer un effet sans cause, ou exempter Thomme de la loi de la causalité. Cette liberté serait contradictoire en elle-même, car l'homme pourrait^ dans un cas donné, agir raisonnablement ou déraisonnablement, bien ou mal, mais toujours sans motif. Enfm toutes les institutions qui ont pour but le bien de la société et de Tindividu seraient inutiles. A quoi serviraient les lois, la religion, les punitions, les récompenses, si rien ne déterminait l'homme? Pourquoi attendrions-nous de quelqu'un de Famitié et de la fidélité plutôt que de la haine et de la perfidie? Des promesses, des serments, des vœux seraient sans effet. Une telle liberté n'a donc rien de réel, elle n'est que spéculative et absurde.

Il faut au contraire reconnaître l'existence d'une liberté qui est d'accord avec la nature de l'homme, une liberté que la législation suppose, une liberté d'après des motifs.

La vraie liberlé est fondée sur trois conditions. Il faut d'abord que l'être libre puisse choisir entre plusieurs motifs. En suivant le motif le plus puissant, ou en agissant par contentement seul, on n'agit plus avec liberté. Le contentement n*cst

qu'une fausse apparence de la liberté. La brebis qui broule l'herbe avec plaisir ne fait pas une îclion de liberté, et l'animal ou Thomme qui suit le désir le plus énergique n'est pas libre non plus. La principale condition de la liberté est Tintelligence ou la faculté de connaître les motifs et de choisir parmi eux. Plus Tintelligence est active, plus la liberté est grande. Les idiots de naissance, les enfants avant un certain âge, possèdent quelquefois des désirs très-énergiques, mais ils ne sont pas considérés comme libres, puisqu'ils n'ont pas assez d'intelligence pour distinguer le vrai du faux. Les hommes qui ont reçu une bonne éducalion, ou qui sont doués d'une haute intelligence, sont plus blâmables pour leurs fautes que les gens ignorants et stupides. A mesure que les animaux s'élèvent plus haut dans la série des facultés intellectuelles, ils sont plus libres et modifient plus personnellement leurs actions d'après les circonstances exlérieures et les leçons de leur expérience préalable. Si l'on emploie la violence pour empêcher un chien de poursuivre un lièvre, il se souvient des coups qui l'attendent, et quoique l'ardeur de son désir lui cause des tremblements, il ne se hasardera plus à sa poursuite. L'homme, supérieur à tous ses aînés de réchelle zoologique, est par sa nature môme l'être qui jouit de la liberté dans le plus éminent degré ; lui seul cherche l'enchaînement des causes et des effets, il sait mieux comparer le présent avec le passé et en tirer des conclusions pour l'avenir ; il pèse la valeur des motifs

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