DE LA LIBEKTÈ. SOS
aspirations vers le beau et le bien seraient paralysées, si nous pensions différemment. Toutes les alTaires et toute la conduite de la vie, nos règlements domestiques, nos arrangements sociaux, nos institutions publiques, sont basés sur la notion pratique du libre arbitre. Où serait sans cela la responsabilité 7 Et à quoi servirait-il d'enseigner,
56i LITRE III. — L'ÂME.
une résolulion plus forte que celle que nous nous savons parfaitement capables de prendre, si nous voulons faire acte de volonté. C'est par le libre usage de notre raison que nous nous faisons ce que nous sommes. Si elle ne tend qu'aux jouissances sensuelles, une forte volonté est un démon dont rintelligence devient la vile esclave ; mais dirigée parle bien, cette même volonté est une reine qui a pour ministres nos facultés intellectuelles et qui, à leur tête, préside au développement le plus élevé dont la nature humaine soit capable.
Cet athéisme prétendu scientifique s'est donné pour mission de rabaisser et de détruire tous les caractères de la grandeur humaine. Mais il ne peut faire que l'âme n'affirme sa valeur, qu'elle ne domine la matière, qu'elle ne se fasse à elle-même avec énergie son milieu et son climat. Il ne s'aperçoit pas que si la personnalité de l'homme était le résultat des influences fatales de la nature, Tenfant et le sauvage, que ces influences gouvernent plus exclusivement, seraient plus hommes, plus complets, que le savant, le penseur, l'artiste. Une telle conséquence ruine à elle seule le principe de nos adversaires.
Moleschott se rit inconsidérément du spirituel et spiritualiste chimiste Liebig, parce que ce savant penseur a écrit la phrase suivante : « L*homme a un certain nombre de besoins qui prennetU leur source dans sa nature spirituelle et qui ne peuvent être satisfaits par les forces de la nature physique; ces besoins sont les diverses conditions de ses fonctions
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intellectuelles. » Il est clair, riposte Moleschott, que ces mots n*ont aucun sens. L'ambition humaine peut-elle imaginer un but plus orgueilleux que la prétention de s'élever à des besoins qui ne peuvent être satisfaits par les forces de la nature?
Sans doute Fauteur de /a Circulation de la vie n a jamais senti ces aspirations supérieures à la nature physique et aux forces qui la régissent ; il n'a jamais contemplé Tidéal du bien et du beau ; il n'est jamais sorti du cercle des fonctions corporelles : assimilation et désassimilation animales. Si cela est vrai, nous Fen plaignons, et nous nous attristons de savoir qu'il y a dans l'humanité pensante des êtres pour lesquels le monde intellectuel est entièrement fermé. Mais je m'adresse à vous, esprit pensif qui lisez ces lignes, qui que vous soyez, homme ou femme, vieillard ou enfant, jeune homme ou jeune fille : Êtes-vous d*avis que tous les besoins de l'âme, tous les sentiments du cœur, toutes les aspirations de la pensée ne tendent pas à un but étranger et supérieur aux transformations matérielles de la nature? Croyez-vous que toutes les tendances de notre personne humaine soient renfermées dans le cercle de la sensation et du sensualisme? Si vous avez aimé, aux heures charmantes de l'aurore de la vie ; si les rêves de votre printemps ont bercé sur leurs ailes un être idéal que votre âme ait entouré de ses embrassements ; si le ciel de vos jeunes années vous a laissé entrevoir, ne serait-ce qu'un instant, une étoile vraiment céleste dans son auréole atlraclivc : pensez-vous qu'il soit vrai de
prendre le mot de Stendhal comme Texpression de la réalité, et que Tamour ne soit autre chose qu'un « contact de deux épidermes? » Si vous avez étudié les œuvres de la nature, le Ciel, dont les mondes innombrables gravitent harmonieusement au sein de la lumière et de la vie ; la Terre, qui voit succéder à sa surface les brillants concerts des manifestations de la force vitale; Tatmosphère, dont les lois périodiques gouvernent le régime général; les plantes, parure et parfum de la terre, base de l'édifice des existences ; les êtres vivants, dont la construction montre à chaque pas la merveilleuse adaptation des fonctions aux organes ; si vous avez étudié les grandes lois et le mécanisme général de cette nature si riche et si féconde, vous êtes-vous refusés à saluer du fond de votre âme Tintelligence suprême qui se manifeste si impérieusement sousf le voile de la matière? Si pendant le silence éloquent des nuits étoilées, votre âme s'est laissée emporter dans un essor immense vers ces lointains foyers d'une vie inconnue, si vous vous êtes demandé parfois quelles peuvent être les formes delà vie future, et si vous avez senti que Tidéal de nos aspirations ne se trouve pas réalisé en ce monde, n*avez-vous pas tressailli à l'idée de Tinfini et de rélernité qui nous attendent? Si vous avez été témoins des œuvres sublimes de dévouement et de charité qui répandent le baume de la consolation sur le cœur de ceux qui souffrent, qui font eqpérer aux proscrits de la terre une justice dans le ciel, qui soutiennent les pas chancelants du