‹ Dieu dans la natureChapitre 113 sur 167 · SURSUM CORDA · texte numérisé non relu

SURSUM CORDA

blessé, qui se consacrent avec la passion de lamour au soulagement des terrestres misères ; n'avez-vous pas avoué que le sensualisme et l'indifférence égoïste né renferment pas le cœur de Fhomme? Si vous avez senti quelque soir l'ivresse de la musique, en abandonnant votre âme au bercement de ces chefs-d'œuvre dont les maîtres illustres ont charmé le voyage de la barque humaine, n'avez-vous pas pensé qu'il est des paroles, qu'il est des harmonies que 1* oreille n'a point entendues, et dont les mélodies terrestres ne sont qu'un écho bien affaibli ? Si vous avez vécu de la vie de l'âme, enfin, de cette vie entrecoupée d'extases et de souffrances, de cette vie à la fois sensible et dominatrice, qui se laisse troubler par les peines du cœur et qui pourtant sait aussi fouler à ses pieds les préjugés vulgaires et dominer glorieusement les riens matériels ; si vous avez marché la tête haute et le front levé vers le ciel, n*avez-vous pas compris qu'il est vrai de dire que l'intelligence voit plus loin que la matière, que l'âme a d'autres besoins que le corps, et que notre dignité morale ne connaît point la poussière des places publiques, où les saltimbanques amusent un peuple de badauds par des tours de physique amusante?

Si, comme nous l'avons vu, la science du mondo physique perd, dans l'hypothèse de la non-existence de Dieu, à la fois sa base et sa lumière, et tombe dans l'incapacilé absolue d'expliquer la construction intelligente de l'univers, la science du monde

intellectuel perd plus complètement encore sa vie et son existence. Le vrai, le beau, le bien sont évanouis. Dans quelles ténèbres s'enfoncent alors les antiques principes de la philosophie, de Testhéjtique, de la morale? La contemplation des vérités éternelles n'est plus qu'un songe. Le savant, le penseur, Tarlisfe trébuchent dans Tombre et le chaos? En vain prétendra-t-on que Y art n'a d'autre objet ni d'autre but que la représentation des formes agréables, et que la sculpture, la peinture, la musique n'ont d'autres raisons d'être que de charmer nos sens. Erreur, erreur profonde I Quelle est la beauté que l'âme contemple dans les chefsd'œuvre de la statuaire, du dessin, de l'harmonie? quelle est la beauté qui nous attire à travers les lumières et les ombres des essais périssables? N'est-ce pas la beauté idéale, la vérité mystérieusement cachée dont notre être a soif et qu'il cherche en toutes les images? n'est-ce pas l'idéal pur, ineffable, translucide, souverain, aimant irrésistible, tout-puissant séducteur des intelligences? L'humanité ne s'est élevée au-dessus des autres espèces terrestres que par sa permanente ascension vers l'idéal, vers la vérité spirituelle. L'art serait un mythe, une écorce, un jeu, un néant, si sa source ne résidait pas dans la beauté suprême. C'est ici, c'est ici surtout, que l'homme se traduit par des caractères qui n'appartiennent pas à la matière, et qui touchent à la sphère derinfini ; c'est ici surtout qu'il est en communion avec les splendeurs impérissables et qu'il les fixe à jamais en d'immor-

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