DU BEAU
tels chefs-d'œuvre... /'ai devant moi la poussière vile, la matière inanimée, un morceau d'argile. Mon âme inspirée a conçu le type visible d'une vertu surhumaine, la manifestation de rhéroisine, du dévouement, de Vamour, de Tadoration. Argile, terre ramassée en quelque fosse humide, en toi je vais transfuser l'inspiration de riion âme I en toi mon intelligence va s'incarner I en toi le type sublime que mon esprit contemple, va manifester sa visible splendeur I en toi vont tressaillir les palpitations de ma pensée 1 et tandis que ma dépouille misérable, tombée en une ignominie sans nom, sera depuis longtanps disparue du royaume des vivants, tandis que mon nom peut-être sera depuis longtemps effacé de l'histoire des générations, dans quarante siècles encore, les yeux qui te contempleront, contempleront ma pensée! des millions de cœurs auront battu et battront encore à Tunisson du mien ! et devant toi les âmes s'inclineront, pour saluer la vertu divine dont un rayon forma ton auréole impérissable 1
L'apanage le plus glorieux de la nature humaine ne serait plus qu'un leurre dans la théorie mécanique de Tunivers. Le Vrai et le Bien disparaissent comme le Beau. En vain nos adversaires nous opposent-ils leur conduite exemplaire et inattaquable. Il ne s agit pas ici des inconséquences de leur manière de vivre, mais des conséquences de leur doctrine. Eh bien , logiquement, sans contredire son propre principe, l'athéisme ne peut pas constituer une morcilc.<( Le matérialisme, dit judicieusement
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Patrice Larroque, n'est bon à rien qu'à ôter à la ^ie humaine tout sérieux et toute valeur... et qu'à donner raison à ces hommes, les plus méprisables de tous, qui font consister Thabileté à exploiter le plus sûrement possible les misères et les défaillances morales de leurs semblables. »
Nous voulons bien croire que tous les matérialistes ne sont pas pour cela des hommes corrompus, et nous ne nous faisons pas Técho de ceux qui les accusent de vivre « plongés dans Tivresse de la débauche. » Nous connaissons des hommes et des femmes dont la vie honnête et sans reproche est un modèle de moralité, quoiqu'ils ne croient ni en l'existence de Dieu ni en l'existence de Tâme. Mais nous ne pouvons nous empêcher d'avouer que dans leur propre système, cette honnêteté n'est qu'une affaire de tempérament, et que s'ils sont justes et bons, s'ils ont de la conscience, s*ils sont bienveillants et affectueux, s'ils résistent à certaines
(passions désastreuses, s'ils soulagent la misère, s'ils ne sacrifient pas au veau d'or, s'ils préfèrent l'intégrité et la pureté aux richesses équivoquement acquises, ce n'est pas à leur système qu'ils doivent cette valeur morale, mais à une conviction intime, qui les guide à leur insu, et qui pro-
5 teste contre leurs paroles et leur philosophie, lis
1 ne sont pas moraux parce çu'ils sont sceptiques ;
. ils le sont quoique sceptiques. Et en vérité, qu'estce qu'une moralité sans base, sans raison et sans but?
Certes, nous croyons à une morale indépendante