DU VRAI KT DU BIEN
du catholicisme, du christianisme mèinc, et en général de toute forme religieuse ; mais nous ne croyons pas à une morale indépendante de Tidée même de Dieu. Si les vérités de Tordre physique existaient seules, si les vérités que nous tenons pour appartenir à l'ordre moral n'étaient que des mythes, nous avouons qu'à nos yeux la morale elle-même serait une utopie, et Tbonnéteté une
naïve sottise.
Mais il y a d'autres affections que celles de la matière. « L'homme qui passe ses jours dans une condition supportable, ou plutôt qui ne consume pas tout son temps à pourvoir à son existence physique, dit un grand astronome S éprouve des besoins où les sens n'interviennent pas ; il éprouve des peines, des jouissances qui n'ont rien de commun avec les misères de la vie. El si une fois ces peines, ces jouissances se sont manifestées avec une certaine force, il ne peut plus les confondre avec celles que donnent les appétits animaux : il sent qu'elles sont d'une autre espèce, qu'elles appartiennent à un ordre plus élevé. Ce n'est pas tout. L'homme n'est pas seulement sensible aux jeux de l'imagination, aux douceurs des habitudes sociales, il est de sa nature spéculatif. Il ne contemple pas ce inonde, les objets qui l'entourent avec un froid élonnement, comme une série de phénomènes auxquels il ne s'intéresse que par les rapports qu'ils
* Discourse &n tbe iiudy of natural pkilosophy, by J. F. Vf. UcrscheL
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ont avec lui. Il les considère comme un système disposé avec ordre et dessein. L'harmonie des parties, la sagacité des combinaisons lui causent l'admiration la plus vive. Il est ainsi amené à Tidée d'une puissance, d'une intelligence supérieure à la sienne, capable de produire, de concevoir tout ce qu'il voit dans la nature. Il peut appeler cette puissance infinie, puisqu'il n'aperçoit pas de bornes aux œuvres par lesquelles elle se manifeste. Loin de là : plus il examine, plus il étend ses observations, plus il découvre de magnificence, plus il discerne de grandeur.
« Il voit que tout ce que la plus longue vie et la plus forte intelligence peuvent lui permettre de découvrir par ses propres recherches, ou lui donner de temps pour profiter de celle d'autrui, le conduit au plussurleslimitesdela science. Est-ilétonnantqu'un être ainsi constitué accueille d'abord l'espoir , arrive ensuite à la conviction que son principe intellectuel ne suivra pas les chances de l'enveloppe qui le renferme, que l'un ne finira pas quand l'autre se dissoudra ? Est-il étonnant qu'il se persuade que loin de s'éteindre, il passera à une nouvelle vie, où, libre de ces mille entraves qui arrêtent son essor, doué de sens plus subtils, de plus hautes facultés, il puisera à cette source de sagesse dont il était si altéré sur la terre? »
L'hypothèse matérialiste exclut toutes ces grandeurs morales, toutes ces aspirations élevées, toutes ces hautes espérances. Mais nos adversaires en prennent facilement leur parti. « Faisons abs-
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traction, dit l'auteur de Force et Matière^ de toute question de morale et d'utilité. La nature n'existe ni pour la religion, ni pour la morale, ni pour les hommes. Ne serions-nous pas ridicules — écoutez! — ne serions-nous pas ridicules, si nous voulions pleurer comme des enfants parce que nos tartines ne sont pas assez beurrées? »
Comment trouvez -vous la... tartine? Nous avouons ne pas bien comprendre la plaisanterie dans un sujet de celte importance.
Devant les grands faits de Tordre nioral et intellectuel, il nous semble qu'il faut avoir perdu tout sentiment de vérité pour asservir ces vertus, ces « virtutes » aux mouvements de la matière. Comment, sous leur éloquente domination, ose-t-on balbutier avec Molescholt, que a l'homme doit en partie le rang privilégié qu'il occupe par rapport aux botes à la faculté qu'il a tantôt de ne se nourrir que de végétaux, tantôt de ne vivre que de viande? » Autant dire avec Helvétius que « l'homme ne doit qu'à la conformation de ses mains sa supériorité sur les bêtes. » Comment approuverait-on fiùchner de prêcher que la matière est la base de toute force spirituelle, de toute grandeur humaine et terrestre, -- que celui qui a reconnu l'égalité de la matière et de l'esprit partage l'enthousiasme sur la dignité de cette matière, — et que le titre de matérialiste est un titre dlionneur^ car c'est à lui que l'humanité doit sa grandeur ^
* Force et Matière^ ch. t : Dignité de la matière.
Comment s'unirait-on à Herbert Spencer dans les déclarations suivantes : « Ce que nous appelons quantité de conscience est déterminé par les éléments constitutifs du sang ; on le voit clairement dans Texaltation qui survient quand on a introduit dans la circulation certains composés chimiques, tels que l'alcool et les alcaloïdes végétaux. » Comment partagerait-on Topinion de Littré, déclarant que « la volonté est inhérente à la substance cérébrale comme la contractililé aux muscles, et que le libre arbitre n'est pas autre chose qu'un mode d'activité cérébrale*? » Comment réduit-on aux proportions de la chimie et de la physique des corps, aux phénomènes de la nutrition et de l'assimilation, ces œuvres gigantesques de la vertu et du génie? En terminant ce chapitre, reportonsnous aux vues qui l'ont ouvert, et constatons Tinconséquence de ces philosophes qui s'imaginent fièrement avoir jeté un pont entre la matière et l'esprit, et qui ne s'aperçoivent pas qu'ils n'ont fait que jeter des cailloux dans l'abîme. Ils décrivent les mouvements atomiques des substances, les métamorphoses de combinaisons, les procédés d'assî* milation et de désassîmilation, et prétendent que ces transformations qui font passer une molécule de fer du poumon dans le cerveau expliquent clairement la formation de la pensée. Et puis ils ne craignent pas d'ajouter : « Nous avons de ces vérités des preuves si sûres, qu'une profession de foi ma-
* Dictionnaire de Nysten, article Vownrf,^
L'ESPRIT ET LE CORPS. îi75
térialtsfe ne peut pas être considérée comme un pressentiment d'une grande portée, ni comme une prophétie hardie, mais comme Veffet d*une conviction profondément enracinée^. »
Voilà qui est hardiment posé. Ainsi, sachez tous, d moralistes et philosophes! que Fhomme est le résultat de sa nutrition, de sa paternité, de son climat, de sa terre, de son éducation ; et si vous êtes animés du noble désir de préparer un progrès dans l'humanité, ce n'est pas précisément d'élever le degré moral et intellectuel de chaque individu que vous deviea vous préoccuper, mais de voir comment il vit et de quels aliments il se nourrit : s'il y a assez de fer (car le défaut de fer est un des signes fâcheux de notre temps, et les jeunes flUes en ont grand besoin — Lett. XI) ; s'il y a assez de phosphore (car le sang, le cerveau, les œufs et le sperme, en un mot toutes les parties du corps qui occupent les rangs les plus élevés dans l'échelle de la vie, doivent à la graisse phosphorée * leurcaractère le plus essentiel — Lett. XI) ; s'il y a assez de sel dans Tesprit et de sucre dans le cœur. La question fondamentale est de bien se nourrir et d'établir une harmonie convenable entre le régime animal et le régime végétal. Choisissons dans les éléments de ce der-
• Moleschott, Circulation de la vie^ t. Il, p. 57.
* A propos de cette exaltation des aliments phosphores, nous demanderons à ceux qui les préconisent avec tant d'enthousiasme, slls pensent que les pêcheurs qui habitent les côtes de la Picardie, de la Normandie et de la Bretagne, et qui se nourrissent de ]^issonS| brillent par une intelligence exceptionnelle.
m LIVRE m. — L'AME.
nier, ceux qui sont le plus riches en substances alimentaires et surtout ceux qui brillent par ) 'abon* dance du phosphore. U ne faudrait pourtant pas aller aux extrêmes et avaler des allumettes chimiques. Mais à la pomme de terre, au riz, aux carottes, aux navets, aux oignons, aux salsifis, aux asperges, aux artichauts, aux choux, aux choux-fleurs, préférons « les Pois^ les Haricots et lesljentilles. » Voilà les trois restaurateurs de l'esprit humain ! et c'est avec une joie «ans pareille que l'on fait Fàrlicle pour ces trois excellents légumes. Donnons-nous le plaisir d'écouter un instant la tirade : a Les Pois^ les Haricots et les Lentilles continuent à fleurir sous nos yeux. Les Pois^ les Haricots et les Lentilles contiennent approximativement autant d'albumine (lëgumine) que notre sang, et deux ou trois fois plus de matières adipogènes que de légumine ; bien qu'ils coûtent plus cher, et que leurs préparations soient plus dispen» dieuses, les Pois^ les Haricots et les Lentilles reviennent à meilleur compte que les pommes de terre. Ils sont en é(at de produire un sang de bonne qualité et de fortifier les muscles et le cerveau. Les pommes de terre ne le peuvent pas ; les Pois, les Haricots et les Lentilles, à cause de leurs qualités nutritives, sont à meilleur marché que les pommes de terre, de même que le fer est à meilleur marché que le bois, quand il s'agit de faire des rails pour les chemins de fer. Les Pois, les Haricots et les Lentilles donnent de la force pour le travail, ils se gngnent eux-mêmes, tondis qu'un régime de
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pommes de lerre soulenu entraîne infailliblemenl après lui la faiblesse et le dépérissement. L'homme qui, durant quinze jours, ne vit absolument que de pommes de lerre, n'est plus en état de les gagner lui-même'.»
L'orateur doit avoir signé un traité avec un jardinier (ou peut-être un restaurant) exclusivement voué à ces omnipotents légumes. Puissent-ils lui
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continuer à soutenir de pareilles erreurs. Quels que soient le caractère, le but, le soutien des grandes volonfés dont nous avons parlé, leur exemple esl bon à opposera ces affirmations insensées. Voici le grand apôtre des Indes, François Xavier. Suivonsle sur le bateau envoyé par Jean III dans les Indes portugaises, descendant le Tage, velu d'une soutane rapiécée, et n'ayant pour tout bagage que son bréviaire, car ce généreux gentilhomme, d'une illustre famille, savant et déjà (22 ans) professeur de philosophie à l'université de Paris, avait tout aban* donné pour suivre un ami. Le jour, il travaille avec les matelots et les soigne; la nuit, il dort sur le pont, se faisant un oreiller d'un rouleau de corde. Il arrive à Goa au milieu d'une misérable population et n'a d'autre ambition que de la tirer de sa misère physique et morale. Plus tard, poursuivant sa mission d'abnégation, il descend le long de la côte de Comorin, et va fonder une église au Cap. Plus tard encore, on le retrouve à Malacca et au Japon, en présence de nouvelles races et de nouveaux climats. On sait que sa vie entière fut une suite de souffrances corporelles et d'œuvres spirituelles. La faim, la soif, la nudité, les violences meurtrières, barrèrent le chemin à ce vaillant soldat de la foi. Mais il marchait, poussé en avant par une indomptable résolution : « Quelle que soit la mort ou la torture qui m'attend, disait-il, je suis prêt à la souffrir mille fois pour le salut d'une seule âme. » La mort, précédée par la fièvre, l'arrêta sur la frontière de la Chine. — Que
devrent devant ces sortes d'exemples Targumentalioti physiologique qui précède sur les pois, les haricots et les lentilles? En quoi le régime alimentaire de Xavier gouverna-l-il son âme? Trouva-t-il en ces régions inconnues cette balance méthodique que Ton propose au citadin, et que le rentier paresseux peut commander à son Va tel? Quel rapport Brillât-Savarin et Grimod de la Reynière ont-ils avec Ignace de Loyola, François Xavier ou Vincent de Paul? Les grands voyageurs, à la tète desquels brillent les noms de Dumont-d'Urville, Cook, Livingslone, tous ces hommes auxquels le lecteur peut en ajouter beaucoup d'autres, n'ont-ils pas suivi le but de leur ambition dans les conditions physiques les plus variées, les plus opposées? Peut-on soutenir qu'en changeant de sol, de nourriture, de climats, de société, de nation, d'éléments, en changeant même de corps en vertu de la transformation incessante des molécules, peuton soutenir qu'ils aient changé d'âme, de foi, d'espérance, de courage, de volonté? et n'ont-ils pas poursuivi leur but idéal à travers les vicissitudes les plus profondes, dominant les obstacles les plus puissants*? En vérité, insister
* H. Moleschott continue de professer les mêmes opinions qu'en 1852, et ne s'aperçoit pas encore de son erreur. H ferait bien de suivre jusqu'au bout l'exemple de Cabanis. Après les exemples que nous venons de citer, conçoit-on qu'un observateur de bonne foi pose encore la proposition suivante en principe général : a Dans toute la série animale, nous voyons les fonctions multiples de la vie cérébrale correspondre aux phases diverses de la croissance et de la décroissance du cerveau ; nous voyons la sensibilité, le
serait faire injure au lecteur. A part nos systématiques adversaires, nul esprit sain ne doute que la matière et Tesprit soient deux choses distinctes; nul n'ignore que si Fassimilation corporelle agit sur notre pensée, comme la beauté ou la tristesse du jour agit sur la sérénité de notre âme, elle n'empêche pas que cette âme soit un être personnel, qui parfois pleure quand les oiseaux chantent et quand les fleurs ouvrent leurs parfums, et qui parfois s'abandonne tranquillement aux captivantes études de la science, tandis qu'un ciel orageux fait retentir Féclat de la foudre et déchire l'atmosphère par les sillons enflammés et les lugubres tempêtes ^
Qu'on nous comprenne bien, et que les adversaires du spiritualisme ne viennent pas interpréter faussement nos allégations. Nous ne disons pas que la matière ne soit douée d'aucune influence sur Pesprit ; nous ne disons pas que l'âme humaine soit absolument indépendante de l'organisme, et nous ne nous unissons même pas à Platon, prétendant que l'esprit est étranger au corps et qu'il y a antipathie entre les deux principes. Certes, qui doute qu'un homme qui meurt de faim ne soit pas disposé à chanter? Qui doute qu'aux heures de fatigue
jugement, la conscience, le courage et Tamour changer avec la nourriture et avec l'état de santé. » Cours de 1865 à TUniversitô de Zurich.
* La philosophie ne se laisse pas dominer par de tels mystères, c 0 vitae philosophia dux! disait Cicéron \Ju9C. quxst.), 0 Tirlulls indagatrîx expultrixque \iliorum. — Tu urbes peperisti; tu invcntrix Icgum, tu magisira morum et disciplinée fuisti : ad te confugimus, a te opem pctimus. •
OÙ l'on tombe accablé de sommeil, on n a guère la fantaisie de danser? Ne savons-nous pas tous que notre âme est impressionnée par les aspects extérieurs, qu'un jour lumineux et splendide verse la gaieté dans notre sein, qu'une matinée sombre et pluvieuse nous attriste, que la sérénité des beaux soirs nous pénètre intérieurement et nous procure de calmes jouissances? Est-ce que les rêveries profondes de la musique, ces délicieuses symphonies, ces sonates qui parlent avec tant de passion, ces bercements ou ces transports de la pensée chantante n'ont jamais produit la moindre action sur vos nerfs? Est-ce que dans vos dispositions habituelles, aussi bien que dans les songes qui viennent peupler vos nuits vous n'avez pas éprouvé les effets divers de votre nourriture et de votre genre de vie? Est-ce que la manière dont vous avez terminé votre soirée n'influe pas sur vos rêves? En un mot, est-il possible à l'observateur de nier l'influence permanente et variable que le monde extérieur, la société, les relations, les repas, la chaleur, le froid, la lumière, robscurilé, la ville ou la campagne, et mille autres causes indépendantes de nous exercent sur l'état de notre esprit, sur nos impressions et sur nos pensées? Non. Ces influencée sont réelles. Nous les admettons et nous les indiquons. Montesq^ieu, dont la déclaration est moins exclusive qu'on ne le suppose, a écrit : c< Dans les pays froids on aura peu de sensibilité pour les plaisirs; elle sera plus grande dans les pays tempérés; dans les paya
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chauds elle sera exlrèmc. J'ai vu les opéras d'Anglelerre et d'Italie; la même musique produit des effets si différents sur les deux nations, Tune est si calme et l'autre si transporlée, que cela parait iaconcevable. Il en sera de même de la douleur... Les grands corps et les fibres grossières des peuples du Nord sont moins capables de dérangement que les fibres délicates des peuples des pays chauds ; Tâme y est donc moins sensible à la douleur. 11 faut écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment. » Mais il ajoute plus loin que parmi les choses qui gouvernent Thomme, il faut distinguer « la religion, les lois, les maximes, les exemples. » Nous ferons avec l'auteur de VEsprit des Lois la part de chaque influence ; nous admettons celles de l'extérieur ; mais de là à consentir qu'elles seules produisent l'homme, il y a loin. Autre chose est de dire que Yàme e§t impressionnée par des causes situées en dehors d'elle, et de dire que cette âme n'existe pas. Nous nous demandons même comment nos adversaires s'entendent pour concilier ces deux propositions, et au fond ils pensent que l'âme n'existe pas et que nos pensées ne sont que des produits de la substance cérébrale, produits variables selon lesdites impressions. Et voilà à quoi se réduit l'homme!
A défaut de toutes les preuves accumulées précédemment, l'affirmation de notre liberté viendrait donc encore à la fin protester en faveur delà force pensante qui nous anime. — Le panthéisme, en faisant de l'âme une partie de la substance de Dieu,
la rend esclave de la volonté divine et mène inévitablement au fatalisme absolu. — L'athéisme, en niant Texistence de Tesprit, fait de l'âme Tesclave de la matière et mène par une autre voie au fatalisme.— Nous pourrions donc procéder par élimination, et, montrant l'invalidité de c^s doctrines, contraindre à recevoir la nôtre comme la seule qui concilie les diverses convictions de notre conscience. Ainsi le sort a voulu que nos adversaires fussent battus dans tous les sens, et que leur négation de notre personnalité soit gardée au pilori par tous les éléments de notre certitude.
Affirmons-le en terminant ce plaidoyer sur l'existence de l'âme : La dignité humaine ne permet pas leur attentat contre sa plus haute lumière. Elle proteste contre ces tendances exagérées. Les influences extérieures agissent plus ou moins sur nous, selon notre sensibilité nerveuse, mais pas plus que ia composition chimique du cerveau elles ne constituent notre valeur morale et intellectuelle. Pour renverser cette hypothèse comme la précédente, il suffit de réfléchir à la puissance de notre vigueur mm^taie. Nous pouvons, par notre seule force mentaloi affronter toutes ces influences,et passerdédaigneux, la tête haute, au milieu des adions et.des réadions du monde extérieur. Quand notre âme est accablée sous le poids d'une profonde douleur, nous ne nous préoccupons guère de l'état du ciel, et qu'il pleuve ou qu'il vente, ce nous est ibrt indifférent. Lorsque cette même âme s'abandonne à l'ivresse de certaines joies intimes, nous ne pensons guère au
mois, ni à Tannée. Lorsque des études laborieuses absorbent notre attention, nous oublions l'heure du dîner et celle du sommeil. Lorsque la liberté remplit de ses fanfares la \ille retentissante, nous n'examinons pas si c'est février ou juillet qui sonne au cadran du ciel. Lorsque la patrie est en danger, le drapeau français ne s'informe pas de la date ou de la girouette. La volonté virile méconnaît ces prétendues causes. Les émotions profondes du cœur n'en font pas plus grand cas. Si la santé est une excellente condition pour le travail et pour les affections de Tâme, elle ne constitue pas pour cela Fétat de cette âme. Il est dans la vie des heures plus délicieuses et plus charmantes que celles des banquets les plus succulents, des heures où l'on oublie ces mets grossiers qui font la délectation des palais insatiables, où Ton oublie les appartements somptueux, les parures éclatantes, la vaniteuse coquetterie, où Ton oublie le monde entier pour des jouissances plus intimes et plus vives... Ceux qui ont goûté ces instants de bonheur sur la Terre savent qu'audessus de la sphère matérielle il est une région inaccessible aux tourmentes inférieures, une région où les âmes éprises de Tidéal se rencontrent dans la communication avec la Beauté spirituelle et incréée.
m.AM DC LA NATURE — OONSmUCTION DC8 ÊTRES VIVANTS
Erreur et ridicule de ceux qui rapportent tout à l'homme. — Erreur semblable de ceux qui nient l'existence d'un plan dans la nature. — Les lois org^anisatrices de la tie révèlent une cause intelligente. — Construction merveilleuse des organes et des sens. — L'œil et l'oreille. — Hypothèse de la formation des êtres vivants sous la puissance d'une force instinctive universelle. — Hypothèse de la transformation des espèces, — Que toutes les hypothèses ne détruisent pas la sagesse du plan de la nature.
Par une douce soirée d'été, je tratérsais, à la sortie d'un village, un carré de vieux tilleuls, aui pieds desquels s'entre-croisaient les courses d'une dizaine de petites filles. Ces joyeuses enfants couraient à qui mieux mieux sous les arbres séculaires, qui sans doute avaient vu un grand nombre de jeunes générations se succéder sous leurs fronts silencieux. A quoi rêvaient ces arbres immobiles '^ Combien de soleils avaient-ils vu se lever sur leurs têtes? Songeaient-ils aux splendeurs de la végétation antique dont la Terre fut glorieusement parée
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