‹ Dieu dans la natureChapitre 116 sur 167 · LES CAUSES FINALES HUMAINES · texte numérisé non relu

LES CAUSES FINALES HUMAINES

Dans le temps, un autre excellent homme, égale* ment animé des sentiments les meilleurs et les plus inoffensifs, M. Le Prieur, prétendait que les marées sont données à l'Océan pour que les vaisseaux entrent plus aisément dans les ports ^.

Ce à quoi Voltaire ajoutait qu'on aurait tort de prétendre que les jambes fussent faites pour êtro bottées, etlesnei pour porter des lunettes. Car, disait-il*, pour qu'on puisse s'assurer de la fin véritable pour laquelle une cause agit, il faut que cet effet soit de tous les temps et de tous les lieux. On aurait également un tort bien naïf à remercier Dieu d'avoir fait passer les grandes rivières par les grandes villes, et de faire éciiouer les navires aux régions polaires pour donner du bois de chauffage aux Groênlandais. On sent combien il serait ridicule de prétendre que la nature eût travaillé de tous temps pour s'ajuster aux inventions de nos arts arbitraires; mais il est bien évident que si les nez n'ont pas été faits pour les besicles, ils l'ont été pour l'odorat, et qu'il y a des nez depuis qu'il y a des hommes. De même les mains n'ayant pas été données en faveur des gantiers, elles sont visiblement destinées à tous les usages que le métacarpe et les phalanges de nos doigts et les mouvements du muscle circulaire du poignet nous procurent.

Uy a des théologiens qui, appliquant la causalité finale à la justification de l'existence des animaux nuisibles, comme à celle des maladies et des misères humaines, attribuent tout le poids de ces

* Spectacle de la nature, — * Dictionnaire philosophique,

590 UYRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES.

difOcùltés au péché originel. Selon les théologiens Meyer et Stiliing, les reptiles nuisibles et les insectes venimeux sont Teffet de la malédiction frappant la terre avec ses habitants. Les formes souvent monstrueuses de ces êtres doivent représenter l'image du péché et de la perdition.

L'auteur des Lettres à Sophie^ M. Aimé Martin , nous propose de croire que « TÉlernel, prévoyant que rhomme ne pourrait pas habiter la zone torride, y éleva les montagnes les plus hautes du monde pour en faire un climat agréable, » et il ajoute plus loin c( qull ne pleut pas dans les lieux sablonneux, parce que la pluie y serait perdue. »

Dans la basse Normandie, on a l'habitude de verser son petit verre de cognac dans son café ; j'ai souvent fait la remarque que si le bon Dieu a voulu que Teau-de-vie soit plus légère que le café, c'est évidemment afin qu'elle puisse brûler à la surface, et donner ainsi à l'excellente infusion coloniale un arôme de plus. Il y a encore un nombre considérable d'autres faits non moins importants qui font aimer les causes finales ; peutêtre devons-nous ajouter que tous ne doivent pas être rapportés à Dieu et que quelques-uns sont plutôt l'affaire du diable, par exemple celui dont nous parlait un jour un épicurien de nos amis : la condensation de la vapeur d'eau sur le verre, laquelle condensation jette le soir un voile discret sur la portière des voitures fermées.

Selon Bernardin de Saint-Pierre, les volcans étant toujours placés près des mers, sont destinés à con-

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