‹ Dieu dans la natureChapitre 117 sur 167 · LES CAUSES FINALES HUMAINES. SOI · texte numérisé non relu

LES CAUSES FINALES HUMAINES. SOI

sumer les matières corrompues qu'elles charrient, et qui risqueraient d'infecter Tair ; les tempêtes ont la vertu de rafraîchir l'atmosphère, etc. Le môme auteur pensait que si les puces ont été 'créées noires, c'est afin qu'on pût les distinguer sur les bas blancs et sur les chiens blancs. Si les corbeaux furent revêtus de la même teinte, c'est, d'après M. Martin, afin que les perdrix et les lièvres dont ces animaux se nourrissent sans doute pendant l'hiver, puissent les apercevoir de loin sur la neige. L'éloquent auteur du Génie du christianisme dit qu'en voyant le serpent fuir en ondoyant comme une petite flamme bleuâtre, on reconnaît visiblement que c'est lui qui a séduit la première des femmes. L'auteur des Lettres nommées plus haut nous assure que tous les insectes venimeux sont laids, afin que l'homme s'en méfie.

Vraiment les sentiments religieux et la doctrine sur la Providence n'ont pas toujours été bien servis par leurs prosélytes. Quand on appuie ces sentiments sur des raisons aussi puériles et aussi frivoles, on risque fort de compromettre la cause aux yeux des demi-savants, c'est-à-dire de la majorité dés esprits. Ces tentatives n'ont abouti qu'à la caricature de l'Être suprême. A propos de certains philosophes compromettants de son temps, Duclos disait: « Ces gens-là finiront par me faire aller à la messe, x» A propos des mauvaises raisons mises en avant par certains dévots d'aujourd'hui, on se fait parfois la réflexion que : « Ces gens-ci

finiront par nous faire douter de la Providence. » Ces idées ont non-seulement le malheur d'être fausses, mais encore l'impardonnable tort d'être ridicules. Elles ressemblent aux paysans dont parle iRiehl *, qui n'imaginant rien au monde de plus beau que les robes du dimanche des grandes dannes de leur pays, en revêtent les images de leurs saintes à certains jours de fêtes.

Fénelon lui-même n'est pas à Tabri de ce reproche. Il nous représente par exemple le soleil comme réglant expressément le travail et le repos, nos besoins et nos plaisirs. Grâce à son mouvement diurne et annuel, un seul soleil, dit-il, suffit à foute la terre. c< S'il était plus grand, dans la même dislance, il embraserait tout le monde; la terre s'en irait en poudre : si, dans la même distance, il était moins grand, la terre serait glacée et inhabitable ; si, dans la même grandeur, il était plus éloigné de nous, nous ne pourrions subsister dans le globe terrestre, faute de chaleur. Quel compas, dont le tour embrasse le ciel et la terre, a pris des mesures si justes? Cet astre ne fait pas moins de bien à la partie dont il s'éloigne pour la tempérer, qu'à celle dont il s'approche pour la favo* riser de ses rayons... Ainsi la nature, diversement parée, donne tour à tour tant de beaux spectacles, qu'elle ne laisse jamais à l'homme le temps de se dégoûter de ce qu'il possède. Mais parmi les astres j'aperçois la lune qui semble partager avec le soleil le

* Die burgerliche GesèHschafl.

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