‹ Dieu dans la natureChapitre 120 sur 167 · CAUSES FINALE · texte numérisé non relu

CAUSES FINALE

cédé incomplet. Mais c'est tomber dans une erreur d'un autre genre que de nier le plan de la création, par la raison que ce plan ne se rapporte pas à rhomme seul. Voltaire déplore, dans de beaux vers, le tremblement de terre de Lisbonne, et demande avec amertume où est cette puissance amie de l'homme dont on parle tant. Rousseau lui répond que ce malheur est la faute des hommes : car pourquoi ont-ils bâti sur ce terrain? Ni l'un ni l'autre ne sont dans le vrai. L'homme s'est trompé dans son égoïsme : nous l'accordons franchement et nous prenons même le soin de mettre en évidence la fantaisie de cette méthode. Mais de ce que cette méthode est fausse, ce n'est pas une raison suffisante pour en conclure que l'objet de cette méthode n'existe pas et que le fond de la doctrine est une erreur.

Or c'est précisément ce que font les matérialistes, sans d'apercevoir qu'ils se laissent séduire par une confusion étrange. Certes la causalité finale, la connaissance du plan de la création, n'est pas aussi simple que des esprits superficiels l'imaginent; elle est d'une extrême complexité et d'une difficulté presque insurmontable pour les esprits les plus clairvoyants. Nous n'avons pas assisté aux desseins de Dieu, et nous sommes bien igno^ rants devant cette grandeur. Mais franchement, en quoi notre incapacité touche-t-elle le principe des causes? En quoi nos erreurs diminuent-elles Vidée de la puissance et de la sagesse créatrice? Vous prenez donc l'homme pour un être bien

important, pour poser ainsi ce dilemme : que la nature gravite vers sa personije, ou qu'elle est en repos? Vous oubliez donc vos principes mêmes et votre dédain ordinaire des aspirations humaines pour nous mettre ainsi dans l'alternative de croire, ou que la destination générale desêtres converge tous ses rayons vers notre être, ou qu'il n'y aucun ordre, aucun dessein dans Tunion universelle? Mais non. Vous tenez trop a laisser Thomme dans les langes de la matière pour vous permettre un seul instant de rélever au-dessus du rang zoologique et pour mettre en évidence son aspect supérieur. Vous tenez trop à laisser dans Tombre son caractère intellectuel pour formuler un seul instant cette alternative. Mais comment expliquer votre négation absolue de tout plan dans la nature?

Voici cette prétendue grande explication, par laquelle on s'imagine supprimer toute idée de destination générale et particulière. Nous allons constater que cette explication est aussi frêle que les allégations contre les éternelles vérités de Tordre spirituel, et que ces savants hommes qui nous accusent à chaque instant de marcher dans des hypothèses ne font en réalité que les remplacer par d'autres plus compliquées. La principale différence entre eux et nous, c'est qu'ils s'embourbent dans leur obscur dédale, tandis que nous marchons directement à notre but lumineux.

Emmanuel Kant, dont la main gauche contenait autant d'erreurs que sa main droite contenait de vérités (balance enviable, du reste, pour les hommes

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